‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 115 sur 173 · Chateaubriand, 23 février · texte numérisé non relu

Chateaubriand, 23 février

plébiscite, mais il nous faudra trente ans d'efforts pour effacer les effets d'une campagne heureuse sur le Rhin. ^) Kératry a également révélé les motifs de cette attitude de son parti : « J'ai été blâmé d'avoir voté la guerre parce qu'un succès pouvait réconforter l'Empire. » Ce témoignage d'un dissident a été confirmé beaucoup plus tard par celui d'un des orateurs éminents de la gauche, Jules Simon : « Nous ne voulions pas de guerre, et ce qui prouve bien notre sincérité, c'est qu'à ce moment personne ne regardait comme possible une défaite. Malgré cela nous ne voulions pas de guerre, ce qui voulait dire, étant donnée notre infatuation, que nous ne voulions pas de victoire ^ » Il n'existait pas, en effet, un seul homme ayant autorité auprès des membres de l'oppositioQ qui ne fût fermement convaincu de notre triomphe. Le prince de Joinville n'avait-il pas écrit: « De ce que les Prussiens ont si promptement et si facilement mis l'Autriche à merci, y at-il raison de conclure que toujours et partout ils trouveront la fortune aussi favorable? Ou nous nous trompons, ou nous avons fait voir que ce succès si merveilleux a été dû à un ensemble de circonstances exceptionnelles dont la plupart n'ont guère de chances de se reproduire. La Prusse n'est encore arrivée à égaler ni la population ni les ressources de tout genre de la France... et il ne nous semble pas que le soldat français de nos jours ait témoigné qu'il a dégénéré de ses

1. Dieu, Patrie, Liberté, Bilan, p. 386. Voir aussi Chute de VEmpire, p. 211.

devanciers*. » — « Défîons-nous des engouements irréfléchis, ajoutait avec plus d'autorité le général Changarnier. Appuyée sur une vaillante garde mobile qui, avant l'appel de la loi, n'aurait rien coûté au Trésor, une armée d'un effectif relativement médiocre, fortement constituée, instruite, commandée par des généraux désintéressés de tout, sauf de la patrie et la gloire, saurait faire repentir de leur témérité ceux qui, confiants en leur nombre, manqueraient de respect à notre pays, dont le renom ne date pas d'hier^. » Le plus pessimiste et le plus dénigrant de nos généraux, Trochu, ayant été interrogé par deux de nos collègues, Rigault de Genouilly et Plichon, sur les chances de la lutte : « Soyez sans inquiétude, répondit-il, rien ne résiste au premier coup de dent de l'armée française. Le péril ne commencera que lorsqu'il faudra soutenir un long effort ^ »

Thiers, l'oracle des oracles, avait plus que personne contribué à cette confiance dans les succès certains de notre armée : « Toutes les

i. Brochure sur Sadowa, p. 49.

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