Discours du 19 juin
aux acclamations de la foule. Le moindre incident était occasion à manifester le sentiment public : un hussard et un guide traversent le boulevard, on les porte en triomphe; un sergent de ville est renversé par une voiture, on le relève aux cris de : Vive l'Empereur! Le langage peu patriotique de l'opposition était vivement blâmé. Une bande se rendit même place Saint-Georges, devant l'habitation de Thiers, criant : Vive la France! A bas Thiers! A bas la Prusse! Si la police, toujours accusée d'avoir provoqué les mouvements qu'elle a paralysés, n'était pas intervenue vigoureusement, l'attroupement se serait grossi et la sécurité personnelle de l'orateur anti-national aurait pu être en danger.
Cependant, ce jour-là, les républicains organisèrent une contre-manifestation pour appuyer les discours de leurs orateurs à la Chambre. A partir delà Porte Saint-Denis, sur le terre-plein du Gymnase, surtout devant le café de Madrid, à l'entrée du faubourg Montmartre, se massèrent de forts groupes qui hurlaient : « Vive la paix ! vive Bismarck ! » Tout le personnel des réunions publiques était là, ainsi que tous les rédacteurs de la presse démagogique. Un moment ils parurent dominer, par leur ensemble et leur discipline, les manifestations opposées ; mais ces manifestations ne tardèrent pas à s'accentuer, une collision s'engagea, le café de Madrid ferma ses portes et les excitateurs disparurent. Ces misérables tentatives ne rendirent que plus signiticative l'adhésion pas-
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sionnée de l'immense majorité du peuple de Paris. Dans les entraînements irréfléchis de ce peuple il y a toujours une idéalité généreuse, jamais il n'a laissé éteindre en lui la flamme sacrée du patriotisme; parfois attiédie ailleurs, elle a toujours brûlé au même degré en son âme intrépide. Aussi les meneurs de X Internationale , poussés par les agents secrets de Bismarck, eurent beau multiplier leurs menées, les ouvriers prirent ouvertement parti pour le Gouvernement et approuvèrent son langage et ses actes. C'était très sensible à l'importante Usine Cail, gagnée cependant aux idées révolutionnaires. Il en était de même au faubourg Saint-Antoine. Les ouvriers en cuivre et autres refusaient presque unanimement de signer une adresse aux ouvriers de France et de Prusse préparée par deux cents meneurs, u Quoique la guerre, écrivait un informateur ouvrier, soit considérée par les travailleurs comme une calamité, l'arrogance de la Prusse froisse notre patriotisme, et le peuple de Paris renouvellera certainement ses démonstrations de i 859 ^ » — « D'après ce que je vois et ce que j'entends, écrivait un informateur placé dans le monde politique, je crois pouvoir affirmer qu'il faut se reporter à 1792 et 1793 pour se faire une idée de l'élan national. L'enthousiasme de la France pour venger tant d'années d'humihations est égal à celui qui existait, il y a quatre-vingts ans, pour défendre nos fron-