‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 120 sur 173 · juillet · texte numérisé non relu

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la manière dont elle a engagé cet incident qui a déterminé la guerre, comme par sa politique tout entière, par l'inexorable logique de la situation qu'elle s'est faite... La France, quant à elle, n'a fait que se défendre et relever un défi. . . En réalité, la France n'a fait que prendre les armes pour sa défense, pour sa sécurité, pour repousser un système qui se présentait à elle sous la double forme d'un incident blessant et d'une menace permanente, pesant sur ses frontières. Elle n'a pas cherché une occasion, à laquelle elle ne songeait pas la veille, qu'elle ne pouvait pas même prévoir, elle l'a subie ^ »

La province ne sentit pas autrement que Paris ; l'ardeur fut aussi grande dans les villes commerciales, comme le Havre et Marseille, [que dans les villes militaires, dans celles où le plébiscite avait eu la majorité comme dans celles où il avait été en défaveur. « A peine, disait le Gaulois, peut-on trouver cinq ou .s^.r journaux en France qui condamnent le Gouvernement. » Le

1. Revue des Deux-Mondes du l"^'' août 1870. — Il est vrai que le Mazade historien a écrit tout le contraire de ce qu'avait signé le Mazade chroniqueur. Dans son histoire de la guerre, <^ la promptitude obligée et salutaire » de notre action n'est plus qu'une « frivole impétuosité, un défi de guerre précédant toute explication, un acte qui compromet tout », l'insulte de Bismarck devient « un simple coup d'aiguillon de plus », etc. Tout ce qui était tourné contre le Prussien est retourné contre nous. Ne nous refusons pas quelquefois, en passant, le spectacle de ces tristes palinodies, car elles enseignent aux politiques ce qui est vraiment le commencement et la lin de la sagesse d'État : le mépris de l'opinion de la plupart des hommes 1

Français, journal ami de Thiers, donnait les mêmes informations : « Les nouvelles qui arrivent de province sont excellentes; les esprits accueillent l'idée de la guerre contre la Prusse, non avec cette effervescence tapageuse qui éclate sur les boulevards, mais avec une confiance calme et une résolution virile. On comprend beaucoup mieux les raisons de la guerre actuelle qu'on ne comprenait celles de la guerre d'Italie. » — (( Ce n'est point Paris seulement, dit le Figaro, qui a acclamé la guerre ; nos 89 départements sont aussi soulevés que la capitale contre la Prusse. »

Les Prussiens avaient moralement commencé la guerre le 13 juillet et ils la considéraient comme déclarée dès le 15 dans la journée, quoiqu'elle ne l'eût été par nos Chambres que le 15 dans la nuit. En cet état de choses, nous n'avions pas à attacher d'importance, pas plus d'ailleurs que la Prusse le fit elle-même, à une seconde offre de médiation faite par l'Angleterre en vertu du 23^ protocole des conférences de Paris de 1856^ (15 juillet). Tant que le conflit resta limité à la question

1. <( Les plénipotentiaires n'iiésilent pas à exprimer, au nom de leurs gouvernements, le vœu que les États entre lesquels s'élèverait un dissentiment sérieux, avant d'en appeler aux armes, eussent recours, autant que les circonstances r admettraient, aux bons offices d'une puissance amie. »

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matérielle, nous n'avions pas hésité à accepter la médiation : depuis que l'outrage du 13 avait suscité la question d'honneur, nous n'avions pas à la prendre même en considération : c'était une de ces circonstances prévues par le 23'' protocole qui ne l'admettait pas.

Une déclaration de guerre même était une superfluité. En 1866, les Prussiens s'en étaient passés : laSaxe, le Hanovre, l'Électoratde Hesse- Cassel se trouvèrent occupés en quelques jours ; des parlementaires prussiens furent envoyés aux avant-postes de l'armée de Bohême pour signifier a que l'attitude prise par l'Autriche à Francfort était, par le fait, un commencement d'hostilités, et que les troupes prussiennes avaient reçu l'ordre d'agir en conséquence )). 11 n'y avait qu'à suivre ce précédent, à jeter au plus tôt nos troupes sur le territoire prussien, sauf à envoyer un parlementaire aux avant-postes dénoncer l'ouverture des hostilités.

Mais il y a, en dehors des belligérants, les neutres. La neutrahté, constituant un état juridique spécial, ne peut résulter que d'un fait apparent, régulier, sur l'existence et la nature duquel il ne puisse y avoir aucun doute. De là, même après que les pouvoirs réguliers d'une nation ont publiquement décidé la guerre, la nécessité d'une déclaration officielle notifiée à l'ennemi. Les ministres ne contestaient pas l'obligation de cette formalité; seulement ils eussent préféré n'en pas prendre l'initiative : « Xous devrions, disait notamment Le Bœuf, la laisser à l'en-

nemi. » Mais Rigault de Genouilly, dont la rare intervention était toujours impérieuse et déplorable, invoqua les dispositions du traité de Paris sur les prises maritimes, comme si notre flotte en allait être embarrassée. Il y mit une telle insistance que, craignant d'amener une dislocation ministérielle, nous lui concédâmes la déclaration de guerre. Elle fut libellée d'une manière assez maladroite par les commis des Affaires étrangères et elle ne fut pas même lue au Conseil. Elle fut communiquée uniquement pour la forme et sans discussion aux assemblées et envoyée à la Prusse le 19 juillet. Au fond elle ne nous donnait pas Finitiative de l'attaque: nous l'avions prise à la tribune dès le 15.

Saint-Simon indique au nombre des causes qui amenèrent les ruines de la guerre de la succession d'Espagne (1701) « cette délicatesse de ne pas paraître agresseur et de s'opiniâtrer à se laisser attaquer. Avec un parti pris, et le courage et la célérité du début des autres guerres, on les aurait déconcertés et réduits à l'impossible avant qu'ils se fussent arrangés... » Le Saint-Simon futur n'aura pas à nous adresser des reproches semblables : nous n'avons pas été arrêtés par la délicatesse de paraître agresseurs; nous eûmes, nous ministres civils, le parti pris du courage et de la célérité du début, et notre déclaration de guerre était le préliminaire d'une action offensive immédiate ; entre elle et la première bataille, il ne devait pas plus y avoir d'intervalle qu'entre l'éclair et le bruit du tonnerre. On nous donna

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Tassurance qu'il en serait ainsi, et ce n'est pas notre faute si elle n'a pas été suivie, comme on nous l'avait promis, d'une entrée rapide en campagne.

Le 15 au matin le Roi partit pour Berlin K Quoique nous n'eussions encore manifesté aucune intention belliqueuse, l'Allemagne était en effervescence comme si la mobilisation avait déjà été ordonnée. Depuis quelques jours il y avait eu •dans l'esprit public allemand une secousse que Saint-Vallier a notée, non sans quelque exagération selon sa coutume, mais cependant d'une manière saisissante : « Les populations nous étaient beaucoup plus favorables que leurs gouvernements et manifestaient l'intention de se tenir en dehors du conflit s'il venait à éclater. Malheureusement ces dispositions ont subi depuis lors un changement considérable provoqué par le langage violent de nos journaux parmi lesquels deux surtout, le Pays et la Liberté, ont fait le plus grand mal. Les articles de ces feuilles ont excité la fibre nationale, fait taire la voix de la haine contre la Prusse, qui dominait jusque-là, étouffé la sympathie qui se manifestait pour notre cause. Le vieil esprit germain s'est réveillé sous l'action des défis belliqueux et hautains qui emplis-

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