‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 127 sur 173 · Dur Chancelor. t. I · texte numérisé non relu

Dur Chancelor. t. I

motivions la guerre. Dans ses Pensées et Souvenirs, il décrit la scène de la fabrication de la dépêche d'Ems et en fait un tableau égal aux plus terrifiantes réalités de Macbeth, d'un grandiose dramatique sous la simplicité des paroles, qui se fixera à jamais dans la mémoire de la postérité. Vanité ! — a-t-on dit de ces graves déclarations si intentionnellement multipliées. — Non; elles ont été le calcul juste d'une raison maîtresse d'elle-même, fatiguée de voir d'autres s'approprier la récompense quand ils n'avaient pas été à la peine. Peut-être s'y était-il mêlé involontairement quelque impatience de la sottise publique. Il n'est pas bien sûr que, fatigué d'entendre tant de niaisoude fourbes répéter doctoralement, malgré l'évidence contraire, que la guerre a été préparée et cherchée par la France, il n'ait éprouvé quelque malin plaisir à leur crier : « Eh bien! puisque vous vous obstinez à l'ignorer, je vous apprends que cette guerre a été mon œuvre propre! )>

Cependant il est un point sur lequel il persiste à n'être pas véridique. C'est sur l'origine et l'organisation de la candidature Hohenzollern. Il s'en tient à sa fable du premier moment, sans doute parce que la vérité eût été trop vilaine à révéler. Il y a même eu un accord entre lui et ses complices pour que l'Histoire ignorât toujours la vérité. Le principal serviteur de la machination, Bernhardi, s'il ne fut pas ostensiblement récompensé par Bismarck, reçut de Moltke une distinction flatteuse. Quand les Allemands entrèrent à

Paris, quatre cavaliers se détachèrent de la troupe et s'élancèrent à fond de train pour passer les premiers sous F Arc de Triomphe; à leur tête était le lieutenant Bernhardi, du 14'' hussards : il touchait la récompense que son père avait gagnée en organisant la candidature Hohenzollern et en amenant les Allemands à Paris. Les Mémoires de cet agent eussent dévoilé le mystère : la partie puhliée ne contient sur sa mission en Espagne que les détails anecdotiques et pittoresques; la partie politique a été supprimée et, dit-on, ne verrajamais le jour. D'autre part, les papiers de Lothar Bûcher, autre confident, ont été brûlés. Nous étions donc condamnés à ignorer les débuts de ce guet-apens si le prince Charles de Roumanie n'avait rendu à la vérité le service d'éclairer, d'une lueur qu'on n'éteindra plus, le seul recoin ténébreux de cette ténébreuse affaire. On m'a raconté qu'il avait été vivement incité à cette publication par la reine Augusta. Quelques historiens d'une invincible mauvaise foi, tels qu'Oncken, persistent dans les rengaines démodées. Mais les critiques sérieux tels qu'Ottokar Lorenz, Delbrùck, Rathlef, Lenz, Schultze, ont eu le courage méritoire de s'affranchir du mensonge convenu.

Sur l'origine même du conflit, Ottokar Lorenz dit : (( Considérée au point de vue du droit des

gens, la théorie de M. de Bismarck était à peine soutenable. Toutes les candidatures au trône qui se sont déroulées dans le xix" siècle, en Espagne, en Portugal, ont été constamment l'objet de négociations internationales, et les Cobourg en Belgique comme les Danois en Grèce et les Hohenzollern en Boumanie, ont fourni d'indubitables exemples que de tels établissements dynastiques onl toujours été précédés d'une entente entre les puissances intéressées dans les négociations. Personne n'aurait pu nier que la prétention du gouvernement prussien de ne pas s'occuper d'une telle affaire se manifestait et devait paraître comme un principe nouveau dans l'histoire diplomatique. Le refus de ce gouvernement de faire connaître sa manière de voir sur cette question, sous prétexte qu'elle ne concernait pas l'État, augmentait les difficultés de la tâche de Benedetti, parce qu'il devait puiser, dans les assertions de M. de Thile, le soupçon qu'il se tramait quelque chose que l'on voulait dissimuler, du côté prussien \ »

Il apprécie non moins justement les péripéties du 13 : (( Mais à la date du 13, Dieu soit loué! un esprit digne du grand Frédéric s'était déjà éveillé dans la nation allemande. On était non seulement résolu à se battre, mais on désirait écraser les Français et les anéantir. C'était l'esprit de 1813. Le grand homme d'État fit tout pour déterminer une lutte décisive, prompte et radi-

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