Ottokar Lorenz, p
oi>'i L'EMPIRE LIBERAL.
cale, et pour empêcher qu'une paix boiteuse pût intervenir. Les historiens timorés ont coutume de ne rien dire, ou ne mentionnent que d'une façon très atténuée la décisive habileté diplomatique que Bismarck mit en œuvre pour attiser l'excitation belliqueuse en France. Tandis qu'il montrait par des résolutions hardies que les traditions de la politique prussienne, comme celle du (( Grand Fritz », qui savait au besoin passer le Rubicon, n'étaient pas tombées dans l'oubli, ces historiens timorés lui font encore jouer le rôle de l'agneau que menace le loup sur le bord du ruisseau. Mais, heureusement, le tableau est fort changé le 13 juillet; et c'est Bismarck qui se trouve le loup sur le bord du ruisseau \ »
Hans Delbrûck a très bien caractérisé la fin de non-recevoir sophistique de Bismarck : « Bismarck a cru couvrir son acte du voile d'une affaire privée de la famille Hohenzollern ; Sybei a accepté simplement cette fiction dans son ouvrage et a vivement reproché aux Français de ne pas consentir à l'accepter de même. Je crains qu'avec cette façon de narrer les faits nous ne puissions pas faire figure dans l'histoire du monde et que les Français se moquent de nous tout simplement2. » Rathlef juge sans liypocrisie la dépêche d'Ems : « Ceux qui admettent que les
1. Ottokar Lorenz : Kaiser Wilhelm iind die Begrùndiing des RpÂchs, p. 270-271.
2. Hans Delbrûck : Preussische Jahrhiicher, octobre 1895 p. 34.
affaires de leur pays soient dirigées par un Bismarck doivent aussi accepter, avec les grandes choses que l'Allemagne a reçues de lui, ce qu'ils ne peuvent pas justifier, ce qu'ils blâment peutêtre au fond du cœur. Mais il y a dans cette circonstance une injustice faite à l'adversaire plus ou moins grande. Précisément pour la grande cause de l'Allemagne, nous ne pouvons que déplorer sérieusement l'ombre que projette sur elle la dépêche d'Ems; nous ne pouvons la nier et nous ne le voulons pas, et plus cette heure est considérable dans l'histoire de TAllemagne, plus les Allemands et les Français y attachent d'importance, plus nous avons de motifs d'atténuer par un aveu honorable ce qu'il y a là de notre faute, non seulement parce que nous le devons à nos adversaires, mais parce que nous nous le devons à nous-mêmes. Et chacun de nous, qui ne se dérobe pas à cet aveu, travaille — d'autant mieux qu'il est plus haut placé — à contribuer pour sa faible part à retirer de la blessure l'aiguillon d'amertume qui menace la paix de l'Europe'. »
Johannes Scherr n'admet pas qu'on attribue aux Français seuls la responsabilité de la guerre. (( Des gens que leur patriotisme pétrifie dans l'ignorance, ou que leur étroitesse d'esprit empêche de rien comprendre, peuvent seuls croire que la France seule, ou l'Empereur des Français sont responsables de la guerre. Sans
1. Rathlef. La dépêche cV Ems, Jahrbucli, année 1896, p. 438.
doute, le bonapartisme la désirait pourplusieurs motifs, et la vanité gauloise comme l'illusion chauvine des grandeurs y poussait aussi, mais la Prusse, agrandie jusqu'au Mein, n'en avait pas moins besoin et ne la désirait pas moins. Elle devait vouloir la guerre afin de remplir sa mission allemande, c'est-à-dire d'arriver à la prussifîcation de toutel'Allemagne qu'elle voulaitréaliser.La guerre était, par suite, dans ses causes originelles, une de ces nécessités historiques qui ont leur fondement dans la nature des hommes et dans l'existence des peuples, etdont toutes lesphrases ronflantes des prôneurs de paix éternelle, de solidarité des peuples, ne changeront pas un iota. On sentait, de part et d'autre, très nettement, à Berlin comme à Paris, cette nécessité inéluctable et l'on ne pouvait par là considérer que comme une question de temps le recours aux arguments suprêmes ^ » — « Sans l'action de M. de Bismarck, et nonobstant la dépêche d'Abeken, les négociations se seraient terminées à l'amiable, non seulement à cause des événements d'Ems, mais parce que l'on se montrait de divers côtés, en France, disposé à laisser l'épée au fourreau^. » Schultze, discutant pas à pas dans un remarquable écrit d'honnête homme et d'historien, les documents et faits incontestés, établit mieux que personne « que la candidature Hohenzollern a toujours eu le caractère anti-français que Bismarck lui a contesté et que,