Schultze, p
d'une guerre offensive faite dans un but de défense. Je pense néanmoins qu'une semblable défense au moyen de l'offensive est très fréquente et la plus efficace dans la plupart des cas , et que pour un pays placé dans une telle position centrale en Europe, qu'il a trois et même quatre frontières sur lesquelles il peut être attaqué, il est très utile de suivre l'exemple donné par Frédéric le Grand avant la guerre de Sept ans, lorsqu'au lieu d'attendre que le fdet où il devait être enlacé s'étendît jusque sur sa tête, il le brisa en portant luimême rapidement le premier coup. A mon sens, ceux-là fondent leurs calculs sur une politique bien inhabile et entraînant une grave responsabilité, qui admettent que l'Empire d'Allemagne, en certaines circonstances, vis-à-vis d'une attaque qui serait préparée contre lui, peut-être par une coalition supérieure en forces, peut-être par telle puissance isolément, pourrait attendre tranquillement que le meilleur moment d'attaquer et le plus propice semblât être venu pour son adversaire. En pareil cas, c'est le devoir du gouvernement, et la nation a le droit de le lui demander — que, si une guerre réellement ne peut être évitée, il choisisse lui-même pour la faire ce moment où, pour la nation, elle peut être faite avec les moindres sacrifices et le moindre danger. — Je pourrais citer encore, comme exemples, d'autres cas où il n'a pas été jugé bon pour l'État prussien d'attendre dans une position purement défensive le complet armement de ses adversaires, la complète réalisation de leurs
plans, mais où une prompte offensive a épargné au pays de très grands sacrifices, peut-être même la défaite. » (4 novembre 1871.) Cette justification ne manque pas de vraisemblance et elle a été adoptée par un certain nombre d'hommes d'État et d'écrivains anglaise Plus tard. Bismarck, n'ayant plus besoin de cette thèse, l'a condamnée lui-même en termes rudes : u Figurezvous, messieurs, ma situation si j'étais venu devant vous il y a un an, — et que je vous eusse dit : « Il nous faut faire la guerre; je ne (( saurais, il est vrai, vous en donner une raison « bien précise, nous ne sommes ni attaqués, ni « offensés, mais la situation est dangereuse; « nous avons plusieurs puissantes armées pour « voisines ; l'armée française se réorganise d'une « façon qui est réellement inquiétante, je vous (( demande donc un emprunt de 200 millions de (( thalers ou de 500 millions de marcks pour les (( préparatifs de guerre. » N'auriez-vous pas été très disposés à envoyer tout d*abord chercher le médecin [On rit) pour faire examiner comment j'en étais arrivé, avec ma longue expérience politique, à pouvoircommettre cette ineptie colossale de me présenter ainsi devant vous et de dire : Il est possible qu'un jour, dans quelques années, nous soyons attaqués, c'est pourquoi nous devons dès à présent prendre les devants; tombons vite sur nos voisins et taillons-les en pièces avant qu'ils se soient complè-
1. On la retrouve notamment dans un excellent article de VAthendsum.
tement relevés! — En quelque sorte, un suicide par la crainte de la mort. — Et cela au milieu d'une situation toute satisfaisante, toute paisible, où personne n'aurait su quel pouvait être réellement le ra.^i/6' ^^/// *. » (9 février 1876.) Il eût fallu, en effet, appeler un médecin si l'offensive tactique de Bismarck en 1870 avait été déterminée par la crainte d'une attaque de la France au printemps, car une telle crainte n'eût été qu'une folle hallucination. Bismarck était parfaitement informé des dispositions pacifiques de l'Empereur, surtout depuis que le plébiscite et l'interview de la Gazette de Cologne lui avaient appris, comme à toute l'Allemagne, que les miennes étaient encore plus certaines. Quels que fussent les sentiments belliqueux qu'à tort ou à raison on prêtait à l'Impératrice, il n'y avait pas à en tenir compte, car l'Empereur ne pouvait décider une guerre sans l'avis de son conseil, et l'Impératrice n'exerçait aucune influence sur les membres qui le composaient, tous notoirement dévoués à la paix. Les projets de triple alliance n'avaient qu'un caractère préventif, en quelque sorte académique, et n'ont jamais revêtu une forme pratiquement exécutoire. Le voyage de l'archiduc Albert à Paris n'avait pu inquiéter sérieusement Bismarck, car il n'ignorait pas combien mince était son influence sur la marche politique des affaires. Eût-il attaché quelque importance aux velléités de Beust, qu'il ne prit jamais