Bibliothèque universelle de Lausanne, mars
n'eut consenti à tramer une agression contre leur puissant voisin.
Quant à l'argument que la guerre était inévitable et que dès lors il y avait intérêt à la brusquer^ il est sans portée. Qui dispose assez do l'avenir pour déclarer qu'un événement est inévitable ? Que d'événements déclarés inévitables ne se sont jamais produits I Après les mariages espagnols, Palmerston déclarait inévitable une guerre avec la France, et l'on sait ce qu'il en a été. Le probable était, au contraire, que la consolidation du régime libéral aurait pour conséquence de faire tomber cette agitation créée par les anciens partis contre le développement unitaire de l'Allemagne. Je m'étais promis pourmon compte d'y travailler de toute ma force, et ainsi l'inévitable aurait été évité.
Cette explication d'une offensive tactique nécessitée par nos menaces, quelque spécieuse qu'elle paraisse, n'explique ni ne justifie la provocation incontestable de Bismarck. La véri table explication est autre; nos lecteurs la savent déjà^ et je dois y revenir. Guillaume et Bismarck, assistés par deux organisateurs de premier ordre, Koon et Moltke, avaient résolu une dernière fois de terminer la conquête de l'Allemagne commencée par Frédéric. Le premier acte avait été la rupture de la Confédération germanique et l'exclusion de l'Autriche de l'Allemagne. La victoire de Sadowa n'avait assuré ce premier résultat qu'en compromettant le but final : des Allemands avaient vaincu des Allemands,
ce qui n'était pas de nature à faciliter leur réunion sous un même Empire; le seul moyen de les réconcilier était de les associer à une victoire commune contre l'ennemi héréditaire. « Cette guerre, avait dit Guillaume en juillet 1866, sera suivie d'une autre. )>Dès ce moment, le ravisseur des duchés et du Hanovre avait accepté la guerre contre la France comme une nécessité historique aussi inéluctable que celle contre l'Autriche. (( J'étais convaincu, dit Bismarck^ que l'abîme qu'avaient creusé, au cours de l'histoire, entre le sud et le nord de la patrie, la divergence de sentiments, de race et de dynastie et la différence du genre de vie, ne pouvait pas être plus heureusement comblé que par une guerre nationale contre le peuple voisin, notre séculaire agresseur. Je me souvenais que déjà, dans la courte période de 1813 à 1815, depuis Leipzig et Hanau jusqu'à Waterloo, c'était la lutte, livrée en commun et avec succès contre la France qui avait permis de faire disparaître une antinomie, je veux dire l'antithèse qui existait entre une politique docile d'Etats vassaux de la France de par la Confédération du Rhin et l'élan national allemand... Ces considérations politiques, touchant les États de l'Allemagne du Sud, pouvaient aussi s'appliquer mutatis mutandis à nos relations avec la population du Hanovre, de la Hesse, du Sleswig-Holstein-. » Depuis le succès, il est revenu maintes