Empire libéral, t. V, p. o
2. Rochefort : « J'ajouterai qu'aux Tuileries, la conviction de Timpératrice, alors toute-puissante, était que ma sortie de Sainte-Pélagie serait le signal d'une révolution qui emporterait l'Empire, et que cette crainte a été 1?. cause principale de la déclaratiou d'une guerre étrangère qui, en
guel-apens, deux peuples de leurs foyers pacifiques et de les avoir précipités l'un sur l'autre ^ La guerre a surpris l'Empereur et ses ministres dans des a3u\'res et des pensées de paix ; la candidature Hohenzollern n'a été ni un prétexte, ni même une occasion ; elle a été la cause unique du conflit, et si Bismarck ne s'était pas vengé par un outrage d'un désistement opéré à son insu et malgré lui, s'il ne nous avait point placés entre le déshonneur et le champ de bataille, nous n'aurions jamais commencé les hostilités-.
Le véritable auteur de la guerre, celui qui l'a voulue, cherchée, préméditée, préparée, rendue inévitable à son heure, c'est Bismarck. On a souvent prêté à l'Impératrice ce mot : « Cette guerre est ma guerre ^ » Si elle l'avait prononcé, elle se serait vantée, car cette guerre n'a pas été sa guerre, mais celle du chancelier prussien. \\ avait réussi, comme en 1866, en obligeant l'adversaire à l'attaquer, à entraîner son
créant un dérivatif et en rétablissant le prestige impérial ruiné jusqu'auxmoelles, pouvait seule retarder la culbute. » Mémoires.
1. Les histoires se sont multipliées, se répétant toutes les unes les autres, conformes en ceci qu'elles s'acharnaient toutes également à la critique injuste des actes du gouvernement de leur pays; en se donnant beaucoup moins de peine, ils auraient pu les défendre, les excuser, ou au moins les comprendre et ainsi ils se seraient assuré le mérite de l'originalité.
2. La France et la Prusse devant V histoire, chez Amyot, 1874, 4^ édition.
3. Gambetta a^ait prétendu que Lesourd avait répété ce propos de l'Impératrice. Lesourd a nié de l'avoir entendu.
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roi hésitant, et, suivant son expression, « à faire sauterie fossé par sa rosse ». Il a amené sur le champ de bataille deux souverains pacifiques, qui, ni Fun ni l'autre, n'eussent voulu de la guerre. C'est le cas de répéter : Voilà ce que peut une volontés
Maintenant que nous avons scruté jusque dans leurs moindres replis tous les faits particuliers, confondu la légende de mensonges qui les a enveloppés ou altérés, il nous reste à nous éle-
1. Rendons un témoignage plus reconnaissant auxhommes de cœur et de courage qui n'ont pas flatté la crédulité publique et ont su se placer au-dessus des partis pris de la haine. Un Suisse, Tallichet, au lendemain de notre défaite, a publié des articles excellents dans la Revue de Lausanne. L'historien Legrelle a défendu la cause nationale dans un beau livre. Il n'a pas tout dit parce qu'il n'a pas tout su, mais presque tout ce qu'il a dit est vrai. Et son témoignage est d'autant plus grave qu'il se déclare résolument contraire à la restauration de l'Empire et qu'il juge très sévèrement sa politique. Et l'illustre auteur de la Cité antique, Fustel de Gouianges, a refusé de l'attaquer. Thiers lui demanda d'écrire le récit de la guerre de 1870. A ce moment tout le monde répétait en France que la responsabilité de cette guerre retombait exclusivement sur Napoléon III et son entourage ; et l'intérêt de parti voulait que cette thèse prévalût. Fustel se mit immédiatement à l'œuvre, et quoiqu'il ne fût pas bonapartiste, il se convainquit que la guerre, obstinément souhaitée et préparée par la Prusse depuis 1815, avait pour auteur véritable M. de Bismarck : du coup, il dut renoncer à la tâche dont Thiers l'avait chargé dans une tout autre intention.
ver au-dessus des détails, à embrasser d'un coup d'œil à vol d'oiseau l'ensemble de l'événement et à résumer la conduite de notre Cabinet dans cette crise redoutable.
Leguet-apens avait été merveilleusement organisé. Aucun de nos agents ne l'ayant deviné, il nous réveilla en sursaut, en pleine illusion pacifique. Il y eut unanimité dans tous les partis et aussi dans le parti impérialiste à ne vouloir à aucun prix, dût la guerre en résulter, d'un Hobenzollern en Espagne. Une seule dissidence dans les désirs: les belliqueux souhaitaient que la candidature persistât pour que la guerre s'ensuivît, les pacifiques faisaient leurs efTorts pour écarter la candidature et la guerre. Conformément à la tradition internationale constante, nous ne demandons rien au peuple qui allait élire ; nous nous adressons au chef de la famille à laquelle appartenait le candidat; nous interpellons sans fracas et verbalement le cabinet prussien. Bismarck s'étant confiné à Varzin afin d'être inabordable, son substitut Thile nous répond ironiquement : c( Le gouvernement prussien ignore cette affaire, adressez-vous à l'Espagne. » Nous devinons le piège : on compte nous amuser jusqu'à ce que l'élection des Cortès,, fixée au 20 juillet, nous ait placés en présence d'un fait accompli et mis aux mains avec l'Espagne. Nous déjouons cette ruse par la netteté et la résolution d'une déclaration publique à la tribune le 6 juillet. Notre déclaration ne devant pas recevoir de réponse officielle de Bismarck,
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nous envoyons Benedetii à Ems auprès du Roi de Prusse; nous l'appuyons par d'habiles négociations et, pour nous mettre tout à fait en sûreté du côté de TEspagne, nous détachons Serrano du complot. Enfin nous faisons plus et mieux, nous mettons la candidature à néant par la suppression du candidat. Le prince Antoine, à l'insu de Bismarck, sous l'action d'Olozaga et de Strat encouragé par l'Empereur, retire la candidature de son fils. Bismarck, parti de Varzin pour aller à Ems obtenir du Roi la réunion du Parlement et la mobilisation, est terrassé par la nouvelle imprévue et s'arrête à Berlin : toutes ses fourberies sont devenues vaines, le casus belli lui échappe, c'est un échec colossal qui va le rendre la risée de l'Europe. Le sang seul pouvait le sauver de ce désastre: il notifie au Roi que s'il ne se décide pas à la guerre, il donne sa démission. Le Roi refuse de s'associer à ses fureurs et d'interrompre les conversations pacifiques avec Benedetti. Bismarck n'a plus qu'à se retirer à Varzin ; le monde va respirer. Mais voilà que Napoléon III lui-même, à qui était due cette victoire pacifique, a subi un affaissement de volonté, et que, sous la pression de la Cour et de la Droite, sans prendre le temps de réfléchir, sans consulter ses ministres, il rouvre l'affaire et ordonne à Gramont d'adresser au Roi une demande de garanties pour l'avenir. Les ministres, informés de cette demande, s'inquiètent; ne pouvant la retirer puisqu'elle était un fait consommé au moment où ils en sont informés, ils croient écarter le péril en décidant que
quelle que soit la réponse du Roi de Prusse, ils l'accepteront etjugeront l'incident clos. L'Empereur et Gramont se rallient à ce pas en arrière. Que Bismarck ne sorte pas des voies normales de la diplomatie, qu'il fasse rejeter par son Roi une demande inconsidérée, etla paix est sauvée ! Mais si la paix était sauvée, Bismarck ne l'était pas. 11 profite, en organisateur d'embûches, de l'occasion qu'on lui avait rendue, et au lieu d'un refus diplomatique, il annonce iirhi et orbi aux journaux et aux gouvernements que le Roi a refusé de recevoir notre ambassadeur et rejeté les demandes de la France. On a dit qu'en répondant à cette injure par une déclaration de guerre, nous étions tombés dans un piège. Je ne m'explique pas en quoi aurait consisté ce piège. Il n'y a rien qui y ressemble : dans cette seconde partie de l'action de Bismarck, il nous en avait tendu un lorsqu'il essayait de nous fourvoyer dans une lutte avec l'Espagne. Mais ici, il ne nous en tend pas, il nous soufflette : un soufflet n'est pas un piège, c'est une brutalité contre laquelle aucune habileté ne vaut, qu'on subit ou qu'on rend.
Tandis que le ministre prussien avait mal commencé et mal fini, les ministres français avaient correctement commencé et correctement fini. Ni au début, ni à la fin, ils n'avaient saisi euxmêmes la passion publique et porté à la tribune des faits qui devaient susciter une surexcitation dangereuse. C'était le télégraphe qui avait lancé dans l'Europe l'annonce de lacandidature; c'était l'interpellation conseillée par Thiers lui-même
qui avait porté à la Chambre rémotion publique ; c'était le télégraphe, mis en mouvement par la communication provocatrice de Bismarck, qui avait jeté dans les rues de toutes les villes d'Europe la nouvelle du refus du Roi de recevoir notre ambassadeur. Les ministres français avaient subi le choc du torrent; ils n'avaient point ouvert les écluses. Depuis le commencement de l'affaire, quoique battus par le flot ému de l'opinion, ils n'avaient cessé d'incliner aux concessions. Ils avaient fait une concession, lorsque se trouvant tout à coup en présence d'une candidature organisée ténébreusement, ils avaient négocié au lieu de déclarer tout de suite la guerre ; ils avaient fait une concession lorsque, renvoyés ironiquement deCaïphe à Pilate, du ministre au Roi, ils étaient allés au Roi, au lieu d'aller au champ de bataille; ils avaient fait une concession lorsque, traînés par le Roi pendant plusieurs jours pour une réponse qui aurait dû être donnée en vingtquatre heures, ils avaient attendu et patienté ; ils avaient fait une concession lorsque, recevant une renonciation signée par le père et non par le fils, ils avaient, malgré le précédent Augustenbourg, considéré la renonciation comme valable. Us allaient faire une dernière concession en n'insistant pas sur la garantie pour l'avenir, demandée par l'Empereur sous l'effort du parti de la guerre. Pouvaient-ils encore plier la tête sous l'acte de « bravade provocante^ » et offensante