Discours du 20 janvier
4. Guizot, Mémoires, ch. xxi. Palmerston disait : « Nous serions désolés qu'à propos des affaires d'Orient, vous vissiez quelque chose de blessant dans ce qui a été fait très naturellement, sans aucune intention blessante de notre
o56 L'EMPIRE LIBERAL.
dit tout net à Loftus que (( c'était ce qu'il se proposait. » Si un Napoléon, en présence d'un affront aussi grossier, avait montré une résignation qu'on n'avait pas pardonnée à Louis-Philippe devant une offense discutable, la nation l'aurait fait sauter en l'air. L'Empire était au bout du crédit de pusillanimité que notre pacificomanie lui avait ouvert. 11 avait subi déjà deux humiliations amères : au Mexique, il avait reculé devant les sommations américaines ; au Luxembourg, devant celles des vainqueurs de Sadowa. Les sommations du gouvernement de Washington s'étaient perdues dans le bruit des objurgations de l'opposition française; la reculade du Luxembourg, quoique couverte par l'ombre d'une négociation secrète, avait été beaucoup plus sensible à la fierté nationale ; elle avait créé cette irritation sourde que nous avions eu tant de peine à contenir lors de l'incident du Saint-Gothard, et qui venait d'éclater d'une manière si impérieuse à l'annonce de la candidature Hohenzollern. Une nouvelle répétition plus humiliée, parce que cette fois tout s'était passé en public, d'une défaite pareille, eût fait tomber l'Empire plus bas dans l'impossibilité de vivre que le gouvernement de Juillet après 1840. Si l'Empereur avait dévoré l'affront, l'opposition aurait repris l'apostrophe de Berryer qui souleva l'assemblée tout entière : a Eh quoi, messieurs, il y a un pays au monde où les ambassadeurs entendent de telles paroles et où
part, et comme on avait fait dans des circonstances analogues. ))
CONXLUSION ET RESUME. o.j7
ils les écrivent... Non, ce n'est pas de la France qu'on a dit cela. Non, quoi que vous ayez fait, on n'a pas dit cela de la France, et ceux qui, aux jours de nos plus grands désastres, ceux qui, à Waterloo même, ont vu comment tombaient nos guerriers, n'ont pas dit cela de la France... Ce n'est pas d'elle qu'on a parlé. »
Thiers lui-même, qui n'avait pas laissé passer une session sans évoquer contre l'Empire le souvenir de Sadowa, eût repris ses propres discours contre un désastre d'honneur auprès duquel 1840 eût paru un triomphe; Gambetta eût fulminé des harangues autrement allumées que celles du procès Baudin; Jules Favre nous eût magnifiquement conspués et .Jules Simon doucereusement déchirés; tous auraient fait des variations sur le mot prêté à Gortchakow : « L'homme de la Seine ne se tient en équilibre que par les soufflets que Bismarck lui donne sur les deux joues. » Aucun obstacle n'aurait plus contenu la subversion : les irréconciliables devenus les héros de rindignation publique auraient fait de l'Etat leur proie, et l'armée, si on eût voulu l'acquérir contre eux, aurait confirmé les paroles d'un de ses chefs les plus illustres, le maréchal Niel : << Notre peuple est extrêmement sensible à l'outrage et le plus grand malheur qui pourrait lui arriver, ce serait de recevoir un outrage s'il était désarmé. Il renverserait tout autour de lui, il s'en prendrait au gouvernement et il aurait raison ^ »