La Guerre et la Paix, t. II, p
péril affronté, quand on n'a jamais à défendre la patrie, les idées d'honneur s'abâtardissent; une nation dégénère en une ignoble race, incapable de la générosité de la résistance et de l'énergie du sacrifice ^ » — « Mieux vaut oser de puissantes choses, remporter de glorieux triomphes, fussent-ils entrecoupés d'échecs, que de prendre rang avec ces pauvres esprits qui ne jouissent ni ne souffrent beaucoup parce qu'ils vivent dans le gris crépuscule qui ne connaît ni la victoire, ni la défaite-. » Tout peuple qui, dépourvu de la notion du sacrifice, ne préfère pas la gloire de bien mourir à la honte de mal vivre est condamné à être asservi. On doit considérer comme déjà morte une nation au-dessus de laquelle surnage la lie sordide qui crie comme l'Athénien d'Aristophane : u Buvons à outrance et faisons joyeuse vie; rien n'est plus aimable que le ventre ; le ventre, c'est ton père et ta mère. Vertus, ambassades, commandements, vaine gloire et vain bruit du pays des songes. » De même la grandeur est refusée à tout homme d'État qui ne met pas la guerre au nombre de ses moyens diplomatiques et qui, aux larmoyeurs, ne sait pas fièrement riposter : « Oui, j'aime la paix, mais je déteste encore plus l'affront et la honte. »
La guerre est divine en ce sens qu'elle est une des lois indestructibles de l'espèce humaine. Plus ou moins, d'une manière ou de l'autre, on s'est toujours battu, on se battra toujours. Au phy-