Roosevelt, La Vie intense
sique comme au moral, selon le philosophe du Portique : Vivere est militare, ou selon le suave stoïcien du cloître : militia est vita hominh super terram. Le rêve de la paix universelle est une utopie, et je ne suis pas certain qu'elle soit désirable. Les guerres civiles de la Grèce nous ont valu le siècle de Périclès; celles de Rome et de Florence les siècles d'Auguste et de Léon X. Dante n'aurait pas écrit la Divine Comédie dans les mollesses épicuriennes des iMédicis, ni Michel- Ange peint la Chapelle Sixtine aux jours de quiétude de Benoit XIV; Montaigne a composé son chef-d'œuvre au milieu des fureurs de la guerre civile; le siècle de Louis XIV a été rempli par la gloire des lettres autant que par « le noble tumulte des batailles^ » : Bossuet et Molière sont inséparables de Turenne et de Condé, et Fincomparable explosion littéraire, artistique, historique, scientifique du xix^ siècle est due aux enfants conçus pendant l'épopée grandiose de la Révolution et de l'Empire.
Vous aurez beau vous façonner aux humiliations, aux défis, aux outrages, et, lorsqu'on a souffleté une de vos joues, l'essuyer et offrir l'autre ; pour éviter la mort du champ de bataille, échapperez-vous aussi à celle du lit d'agonie? Il y a, à la porte de nos villes, des champs de carnage, nommés des cimetières, sur lesquels tombent plus de combattants que dans les guerres les plus meurtrières. Savez-vous, ô