‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 150 sur 173 · La France et la Prusse avant la guerre, p · texte numérisé non relu

La France et la Prusse avant la guerre, p

lègues, je dois faire céder mes souvenirs personnels. Je me réserve cependant de vous entretenir, à notre prochaine rencontre, de l'ensemble des circonstances sur lesquelles ces souvenirs étaient basés. »

— IV. — Exemples de déclarations semblables à la nôtre. — Quelque correcte qu'ait été la conduite d'un vaincu, elle est critiquée et les prophètes d'après l'événement lui reprochent de n'avoir pas suivi la conduite opposée, quoique probablement il en fût advenu pire. Notre déclaration si bruyamment acclamée dans le Parlement et au dehors, et qu'on eût continué à célébrer comme un acte mémorable si elle avait été suivie de la victoire, est devenue, par l'effet de nos malheurs, « l'acte irréfléchi et téméraire de ministres inexpérimentés ».Même parmi ceux qui la louèrent le plus fort, c'est à qui la condamnerait le plus sévèrement. En réalité, aucun acte n'a été plus réfléchi et ne suppose une plus sérieuse connaissance des précédents diplomatiques.

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. D'autres s'étaient trouvés dans la situation difficile d'où nous essayions de sortir, et, avant de nous décider, nous avions recherché comment ils s'en étaient tirés. Voici ce que leur exemple nous avait appris. En 1829, Ganning, résolu de contre-balancer l'intervention absolutiste de la France en Espagne par une intervention libérale en Portugal, n'avait rien à attendre de négociations avec notre cabinet: il monte à la tribune et annonce publiquement son projet. Les adversaires de Canning se récrièrent : « Il a jeté le gant à la France, la guerre est certaine. >) Il répondit : « Si j'avais été moins expli-

cite, nous aurions eu la guerre, tandis que nous l'avons évitée, grâce à mes franches déclarations. »

En 1840, Thiers est décidé à empêcher la déchéance prononcée par la Porte contre Mehemet Ali. Que fait-il? 11 déclare, dans une célèbre note rendue aussitôt publique, que la déchéance du viceroi d'Egypte, mise à exécution, serait aux yeux de la France une atteinte à l'équilibre général de l'Europe, que, disposée à prendre part à tout arrangement acceptable qui aurait pour base la double garantie de l'existence du Sultan et du Vice-Roi d'Egypte, la France ne pourrait consentir à la mise à exécution de l'acte de déchéance prononcé à Constantinople. Les auteurs de cette déclaration ne se méprennent pas sur sa portée : « Nous avons entendu, dit Rémusat, le ministre de l'intérieur du cabinet Thiers, jeter un cas de guerre à l'Europe en disant que si l'Egypte était attaquée nous étions prêts à la défendre (1). — C'est la guerre, s'écrie effaré le parti de la peur. L'Europe rejettera cette hautaine sommation. » Elle y fit droit et rassura la France sur l'existence de Mehemet Ali.

En 1844, une sentinelle française ayant été attaquée à Taïti dans la nuit du 2 au 3 mars, en représailles, le capitaine d'Aubigny fait arrêter le missionnaire anglais Pritchard, et déclare que ses propriétés répondent de tout dommage occasionné à nos valeurs par les indigènes insurgés et que, si le sang français vient à couler, chaque goutte en rejaillira sur sa tête. On ne touche pas impunément à ce qui appartient à la religion. A cette nouvelle, une véritable fureur saisit l'opinion

Page 1