‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 162 sur 173 · CŒUR LÉGER · texte numérisé non relu

CŒUR LÉGER

Littré définit ainsi le mot léger dans le sens oii je l'ai employé : 4° Qui ii accable j^cis par un poids ynoral; et à titre d'exemple, ce passage de la lettre 8® de Pascal à M'^*' de Roannez: «Sachez, dit-il (Jésus-Christ), que mon joug est doux et léger (Mathieu, XI, 29, 30), il n'est léger qu'à lui et à sa force divine. » A ces exeiuples de Littré, on en peut ajouter un très grand nombre. En voici un, particulièrement adapté à la circonstance : Lerminier [Lettres à un Berlinois, Revue des Deux-Mondes, l'^' juillet 1832) : « Si la guerre éclate, il faudra bien que la France s'y résigne et la soutienne; elle ini au combat la tête haute, le cœur léger, la conscience nette, elle retrouvera ses plaisirs militaires en défendant la plus juste des causes. »

Lamartine [Confidences) : « Après que ma mère avait prié, on eût dit qu'elle avait déposé un fardeau de tristesse et d'adoration et quelle marchait plus légèrement. »

Victor Hugo [La prière pour tous) :

Lorsque vers Dieu pour moi ta voix s'est envolée, Je me sens plus léger, et ce fardeau de peines, De fautes et d'erreurs qu'en gémissant Je traîne. Ta prière en chantant l'emporte dans sa main !

Lamennais [Les iiaroles d'un croyant, xviii) : « Quand vous avez prié, ne sentez-vous pas votre cœur plus léger? »

« Son âme sereine et haute (de Jésus) se trouvait légère sous le poids des préoccupations qui l'assiégeaient. (Renan, Vie de Jésus, ch. xx.)

Ce sens du mot léger se retrouve dans tous les temps et dans toutes les littératures : Sénèque [Consolation à Marcia, XXIII) : « Facilius est ad superositer est animis cito ab humana conversatione divissis : minus cuim fœcis poude?nsq?ie iraxeruni. . . et leviores ad originem suam revolant. »

Dante [Pui^gatoire, cantique XI, v, 3o) : « Si che, mondi e lievi Possan uscire aile stellate ruote. »

Joinville met les paroles suivantes dans la bouche de saint Louis mourant : u Si tu as aucune mesaise de cœur, dis le tantôt a ton confesseur, tu le porteras plus légèrement. »

Henri IV à la comtesse de Gramont (XXI d'octobre 1388) : « Bonsoir, mon cœur, je m'en vais dormir, mon âme pAus légère de soin que je n'ai fait depuis vingt jours. »

Fénelon écrivait au chevalier Destouches (l^'^ décembre 1714) : « C'est à Cambrai qu'on est sain, sobre et léger. »

Marie-Thérèse à sa fille Marie-Antoinette (5 novembre 1777) : « Je vous suis bien obligée de ce que vous me dites de votre santé et de Lassone (son médecin), j'ai le cœur bien léger sur ce point en vous sentant en de si bonnes mains. »

Dickens [David Copperfield, t. II, ch. ix) : « Je n'hésitai pas plus longtemps, je me sentais le cœur plus léger, quoique très pénétré de l'immense importance de ma tâche. »

Ouïda [Ariane) : <' J'aurais dû reprendre mon tra-

vail le cœur plus léger, mais je ne le pouvais pas. » « Yvon reçut la bénédiction de son père, embrassa ses sœurs et partit le cœur léger. » (Laboulaye, Contes bleus,)

« Demain sera le dernier jour de labeur. Je pourrai après-demain, le cœur léger, accompagner Votre Seigneurie à Bar. » (Sienkiewicz, Par le fer et par le feu, p. 270.)

Que d'autres citations je pourrais ajouter à cellesci, que j'ai notées au hasard de mes lectures, mais j'en ai déjà trop dit pour une chose aussi évidente. Ceux qui ont cru m'affliger en me jetant cette expression à la tête ont perdu leur temps. N'eusséje pas dit ce mot, ils en auraient fabriqué un autre et m'auraient poursuivi de même. Que de fois Bismarck n'a-t-il pas protesté contre cette maxime qu'on lui prêtait : La force prime le droit! Et cependant il n'est pas. de jour que l'on n'accole à son nom ce non sens qu'il a tant de fois désavoué. Je ne me suis arrêté à cette misère que par coquetterie de doyen de l'Académie française, afin de prouver que, même dans les heures les plus terribles, je n'ai pas démérité de notre langue.

c'est ma guerre

La Volonté nationale , feuille de province qui passe pour l'organe accrédité du prince Napoléon, raconte de l'Impératrice ce qui suit : « Il y a bien peu de temps, un de nos diplomates les plus distingués,

qui représente la France en Orient et qui eut, en 1870, la triste mission de remettre à M. de Bismarck la déclaration de guerre, faisait devant quelques amis le récit d'une entrevue qu'il eut avec Tex-Impératrice, à son retour de Berlin. Il la trouva radieuse, confiante, reconnaissant hautement et avec orgueil que c'était elle qui, dans l'intérêt de son fils, avait déterminé son mari à chercher la revanche de Sadowa.Mais le mot caractéristique de l'entrevue fut celui-ci : « C'est ma « guerre, enfin ! » s'écria l'ex-Majesté. »

Le diplomate indiqué dans cet article, Lesourd, écrivit à son ancien chef de Berlin : « Mon cher Monsieur Benedetti. Rentré hier soir à Paris, après une courte absence, je lis dans le FrançaU du 5 avril un article extrait du journal la Volonté nationale, rapportant l'entretien que j'ai eu, à Saint-Cloud, avec l'Impératrice, à mon retour de Berlin, le samedi 23 juillet 1870. Ce récit est absolument inexact. L'Impératrice n'a pas tenu, en ma présence, le langage, ni le propos final qu'on lui prête. Il me semblerait inutile et même fâcheux de recourir à un démenti par la voie de la presse, mais je souhaiterais qu'à l'occasion l'Impératrice sût que je désavoue entièrement le récit de fantaisie qu'on s'est plu à m'attribuer. Aidezmoi, si vous le pouvez, à réaliser mon désir et agréez l'expression de mon sincère et bien respectueux attachement.

(( Georges Lesourd, »

Paris, 9 avril 1874.

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