‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 18 sur 173 · juillet · texte numérisé non relu

juillet

2. Gazette de France : « La Prusse, maîtresse de l'Allemagne, pesant sur la question d'Orient et inquiétant l'Autriche par l'intronisation d'un HohenzoUern dans les Principautés

Puis arrive la série des journaux républicains; les anciens comme le Siècle et le Charivari; ceux qui viennent de naître, grâce aux libertés nouvelles : le Rappel des fils Hugo et de Yacquerie, r Avenir National, de Peyrat le Jacobin, le Réveil de Delescluze, le Paris- Journal du spirituel Assolant, le Ce>2^re^rt?/c^^ de l'Oriental Baragnon, luttent entre eux à qui flétrira de plus de sarcasmes et de mépris le gouvernement surpris par le complot bismarckien^

danubiennes, se disposant à tendre les mains à l'Italie à travers les Alpes, c'était déjà beaucoup. L'arrivée d'un autre prince de Hohenzollern sur le trône d'Espagne serait trop. La Prusse nous presserait et nous menacerait de tous les côtés. » (6 juillet.)

1. Le Siècle : « L'Empire a favorisé la prépondérance de la Prusse en Allemagne; il n"a su ni prévoir Sadowa ni se tenir en garde contre ses conséquences; il s'est laissé jouer par M. de Bismarck; il s'est aliéné l'Italie, il a jeté cette puissance, notre alliée naturelle, entre les bras de la Prusse; et,pour comble de maladresse, il aurait permis à l'Allemagne prussienne de se créer une cliente nouvelle en Espagne! La France, enlacée sur toutes les frontières par la Prusse ou par les nations soumises à son influence, se trouverait réduite à un isolement pareil à celui qui motiva jadis les longues luttes de notre ancienne monarcbie contre la maison d' Autriche. La situation serait, à beaucoup d'égards, plus grave qu'au lendem^ain des traités de 1815. Un pareil résultat, survenu après dix-neuf ans d'un régime qui s'était donné pour mission de relever l'influence française à l'étranger, constituerait au préjudice de l'Empire un argument contre lequel échoueraient misérablement les plus bruyantes majorités plébiscitaires. » — Le Charivari : <( La Prusse a déjà la Roumanie à sa dévotion; elle a un pied en Italie par ses alliances, un pied en Suisse par le chemin du Saint-Gothard, et c'est maintenant le tour de l'Espagne. Pendant ce tempslà, décontenancée, hésitante, isolée, la France regarde sans pouvoir agir. Croyez-vous qu'il y ait vraiment là de quoi être

Un seul écrivain de renom ne partagea pas l'émotion publique, Jolm Lemoine, du Journal

fier d'être Français, même en regardant la colonne? — VÉRON. » — Paris- Journal : « Cette fois, c'est trop, le gouvernement actuel lui-même ne peut supporter en silence un pareil affront. Bismarck s'est trompé, nous ne sommes plus en 1866... La France républicaine ne le supporterait pas, la France monarchique ne doit pas le supporter davantage. » — Alfred Assolant. » — Le Centre gauche : « Nous sommes cernés. M. de Bismarck a produit son contrat de mariage avec l'Espagne... Mais l'armée? L'armée française? L'armée? Elle doit attendre, les fusils en faisceaux, que le Prince impérial PUISSE MONTER A CHEVAL. Sera-t-il temps alors? Pauvre France! » — Le Réveil ne sait pas comment exprimer sa joie du péril de l'Empire : « ... Parions que le Holienzollern est un beau matin installé en Espagne, sans plus de tambours ni de trompettes que son cousin n'en a employé pour prendre possession de la Roumanie. Deux bien jolis succès : ça et le Saint-Gothard! Mais vous êtes investis, mes braves gens! La Prusse a Forbach, la Prusse derrière le Rhin, à Kiel! la Prusse derrière les Alpes, la Prusse derrière les Pyrénées. Ceux qui aiment la Prusse peuvent se régaler, on en a mis partout. Les éclats de rire rouleront à droite, à gauche, au nord et au midi, à la frontière luxembourgeoise, derrière Wissembourg, sur le Rhin, sur les Alpes, sur les Pyrénées, partout. Si c'est cela la revanche de Sadoica, eh bien! elle est complète... » — François-Victor Hug-o résume avec l'insistance d'une haine implacable le sentiment public dans le Rappel : « Enfin, aujourd'hui, la voilà qui ourdit une intrigue avec le cabinet de Madrid, pour offrir la couronne de Charles-Quint au prince Léopold de Hohenzollern, lieutenant au premier régiment de la garde', La Prusse étend ainsi ses avant-postes sur tous les points du continent, au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, à l'embouchure du Danube, à l'embouchure de l'Escaut, au delà des Pyrénées, au delà des Alpes. Fiers d'avoir réalisé au profit de leur ambition dynastique cette patriotique et généreuse idée, — l'unité germanique, — les Hohenzollern en sont venus à ce point d'audace qu'ils osent méditer ce monstrueux projet de domination universelle qu'ont vainement rêvé Charles-Quint, Louis XIV et Napoléon. Il ne leur suffit plus d'avoir conquis l'Allemagne. Ils aspirent à domi-

des Débats. Selon lui, il ne fallait attacher aucune importance à des questions de dynastie et de personne royale. Il ne serait pas du tout étonné que M. de Bismarck fût tout à fait étranger à ce nouveau projet espagnol. « Décidément Sadowa est d'une digestion difficile. Il faut garder ses griefs pour de meilleures raisons ou de meilleurs prétextes... La France prend feu. C'est une erreur que nous ne voulons pas encourager. » Toutefois, en restant froid, John Lemoine constate que a la France prend feu » et son journal écrit le même jour : « Les journaux parisiens se montrent en général fort peu favorables à cette candidature à quelque parti qu'ils appartiennent. » (7 juillet.) Et le journal de Clément Duvernois n'était contredit par personne lorsqu'il prenait acte de cette quasi-unanimité constatée également par le journal des nouvelles du monde et de la grande publicité, le Figaro^.

De tous les journaux dont je viens de repro-

ner l'Europe! Ce sera pour notre époque une éternelle humiliation qu'un tel projet ait été, nous ne disons pas entrepris, mais seulement conçu. L'outrecuidance démesurée de la monarchie prussienne est le châtiment logique et fatal de toutes les fautes accumulées depuis quelques années par le gouvernement personnel qui nous régit. Jamais, depuis le règne de la Pompadour, jamais, depuis Rosbach, la France n'avait expié plus durement l'incapacité de ses maîtres. » (13 juillet.)

1. «Nous signalons avec une vive satisfaction la communauté étroite de sentiments exprimés par la presse sur la candidature du prince de HohenzoUern au trône d'Espagne; nous avons rarement vu régner un tel accord entre les organes des ditiérents partis. — Francis Magnard. » (8 juillet.)

du ire l'opinion, il n'en est pas un qu'on puisse dire gouvernemental. Le seul auquel on pouvait accorder cette qualification était le Constitutionnel, que son propriétaire Gibiat avait mis à notre disposition, et dont le rédacteur en chef, Mitchell, mon ami, était dévoué à la politique pacifique par conviction. La Patrie nous soutenait habituellement, mais avec moins de solidité puisqu'elle s'était prononcée contre le plébiscite et que son rédacteur Saint-Valry ne possédait pas notre confiance. Dans les autres iournaux, je comptais quelques relations plus ou moins amicales, telles que Dalloz au Moniteur universel, Pessard au Gaulois et même Nefftzer au Temps, Hervé au Journal de Paris, qui, malgré leur bienveillance, n'étaient pas du tout inféodés à ma politique et suivaient des idées personnelles sur lesquelles je n'exerçais aucune influence. J'étais en désaccord sur la question de paix et de guerre avec Girardin, celui-là un ami dont j'avais éprouvé le dévouement. Il venait de céder la Liberté à son neveu par alliance, Léonce Detroyat, ancien officier de marine, homme de cœur et d'intelligence, que je connaissais peu, et il s'était réservé la faculté d'y exprimer son opinion quand il lui conviendrait. Et cette opinion, dès qu'il s'agirait des affaires extérieures, continuerait à être contraire à la mienne.

Parmi les reproches injustes qu'on nous a adressés, il n'en est donc pas que nous méritions moins que celui d'avoir excité la presse ou

de ne l'avoir pas contenue. Comment aurionsnous pu y arriver? Nous n'avions aucune action sur elle et souvent elle ne nous épargnait pas plus que la Prusse. Bismarck y avait bien plus d'influence, puisque, dans chaque journal, il comptait au moins un écrivain soldé tout à ses ordres. Comme nous savions le nom de quelques-uns d'entre eux, ce nous était un moyen de connaître les intentions de leur soudoyeur. De plus, Bismarck tenait dans sa main, non seulement presque toute la presse prussienne, mais une grande partie de la presse allemande et de la presse autrichienne, et il avait ainsi, plus que nous, les moyens de déterminer, soit en France, soit en Europe, le mouvement d'opinion qu'il lui plaisait.

Combien cette animation de cœur du pays, dont la presse fut alors l'expression, serait plus sensible, si l'on pouvait ressusciter les propos qui s'échangeaient sur les places publiques, dans les salons, dans les ateliers ! L'opinion était au delà des dernières résignations. « Il y avait dans tout ce qui se passait à Berlin à la veille d'Iéna, a écrit Thiers, quelque chose de vrai et d'honorable, c'était le patriotisme allemand, humilié des succès de la France, éclatant au premier prétexte fondé ou non^ » Le même mouvement en sens inverse s'opérait chez nous. Au-dessous de la portion politique de la nation, la masse agricole restait paisible, beaucoup plus

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