‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 19 sur 173 · Le Consulat et VEtnpirc, t. VI, p · texte numérisé non relu

Le Consulat et VEtnpirc, t. VI, p

préoccupée de la sécheresse que des périls d'une royauté prussienne en Espagne, ne désirant pas la guerre, ayant néanmoins un vague instinct que la Prusse était bien arrogante et que cela ne pourrait durer longtemps ainsi ; du reste, plus que jamais pénétrée d'une confiance sans bornes en la sagesse de son Empereur et prête à lui donner ses enfants quand il le croirait nécessaire. Néanmoins, le parti de la guerre, qui, jusque-là, malgré sa force dans l'armée et dans le cercle de l'Impératrice, était resté sans action dans le pays, y acquérait tout à coup une influence prépondérante. Car si les campagnes demeuraient silencieuses, elles n'opposaient aucune manifestation au mouvement qui, du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest, dans toutes les villes grandes ou petites, commerçantes ou militaires, animait ceux qui pensaient, lisaient, parlaient, écrivaient, faisaient du bruit d'une manière quelconque. La partie flottante du public, celle qui se porte d'un côté ou de l'autre suivant l'impression du jour, et qui, par son poids, forme la majorité, était entraînée dans un mouvement de révolte nationale, grossissant d'heure en heure, qui finit par devenir irrésistible et emporter toutes les timidités et toutes les résistances.

Je constate cet état de l'opinion avec d'autant plus de liberté d'esprit que je n'entends pas l'invoquer à la décharge de ma responsabilité. L'opinion doit être la règle et la loi d'un souverain constitutionnel : comme il est inamovible

et que son abdication serait un mal pire qu'un acte de mauvaise politique, que, d'ailleurs, c'est à la nation, non à lui, que doit appartenir le dernier mot, il est contraint de se plier à l'exigence nationale, ne fût-elle pas conforme à ses vues personnelles. Parfois on a pensé que la situation des ministres constitutionnels et des députés n'était pas difTérente, et qu'eux aussi étaient condamnés à être les serviteurs de l'opinion du peuple même contre la leur. En 1772, dans un discours que Burke prononça sur la loi relative à l'importation des grains, il dit: — « Dans cette occasion, je vote pour le bill proposé, non parce que j'approuve la mesure, mais parce que je crois prudent de céder à l'opinion. Le peuple le veut ainsi et ce n'est pas à ses représentants à dire non. Je proteste cependant contre les principes généraux de la politique sur laquelle cela s'appuie, parce que je les pense extrêmement dangereux ^ » Bismarck, lors de l'affaire du Luxembourg, a réclamé un droit de garnison, à son avis douteux et caduc, d'un avantage stratégique minime-, uniquement « pour tenir compte et agir en conformité du sentiment national de l'Allemagne^ ». Je comprends autrement le devoir des ministres. Les ministres étant amovibles, et la stabilité de l'État ne dépendant pas de leur permanence au pouvoir, ils ne sont

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