‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 37 sur 173 · Carnets du maréchal VaiUant, 7 juillet · texte numérisé non relu

Carnets du maréchal VaiUant, 7 juillet

DÉCLARATION xMINISTERIELLE DU 6 JUILLET. H9

ouvrait sa large main pour saisir la France, à Louis XIV par l'Europe quand il tenta de bâtir une monarchie universelle, à Napoléon par les pavés de Madrid et les ruines de Saragosse, quand il voulut toucher à l'Espagne... »

Louis Veuillot, peu suspect de complaisance envers qui que ce fût, si ce n'est envers le Pape, n'était pas moins explicite dansï Univers : « Cette déclaration était, hier soir, dans les cercles et les lieux publics, l'objet de toutes les conversations. Le ferme langage du gouvernement était unanimement approuvé et même applaudi. Les agents prussiens pourront donc faire savoir à Sa Majesté Guillaume et à M. de Bismarck que nos ministres ont incontestablement été dans cette circonstance les organes contenus de l'opinion générale. » Les Débats, si approbatifs jusque là pour nous, s'étaient montrés froids ; cependant un des rédacteurs principaux, Saint-Marc Girardin, avec un embarras visible exprima une approbation : « Quant à nous, nous croyons que le gouvernement a bien fait de parler, — nous nous trompons, — a bien fait de répondre. Qu'aurait-on dit si le gouvernement avait gardé un silence que le public aurait trouvé timide et suspect? On l'aurait accusé de baisser une seconde fois la tête devant le canon de Sadowa. Il fallait savoir que le gouvernement parlementaire était prêt et décidé à suffire à toutes les nécessités de la grandeur nationale ; qu'il n'en appelait aucune de gaieté de cœur, qu'il n'en refusait aucune, et surtout que ces néces-

sites seraient toutes soumises au jugement des Chambres, que la France ne se trouverait plus en guerre, un beau matin, sans le savoir et sans le vouloir. Gela assurément était bon à dire, ne fût-ce que pour séparer le présent du passé. » L'article le plus remarquable fut celui inséré dans le Correspondant par Lavedan, un des publicistes renommés de son temps. On y trouvait un résumé lumineux de la question et l'effet en fut considérable : « C'était assez, c'était trop d'avoir les canons prussiens braqués sur la cathédrale de Strasbourg; il était impossible de les tolérer en face de Perpignan. Quoiisque tandem ! Tant que la Prusse est restée en Allemagne, sur le vrai terrain de son action, nous avons respecté ses mouvements, bien qu'ils ne fussent pas toujours conformes à la lettre des traités. Mais le jour où elle sort de la sphère naturelle de sa politique pour s'ingérer dans la destinée des races latines, nous avons le droit de nous lever pour défendre à la fois notre légitime influence et notre sécurité menacée. La France a des intérêts de premier ordre engagés dans la constitution politique de l'Espagne; la Prusse n'a aucun intérêt avouable dans la Péninsule, et elle ne saurait y intervenir sans faire un acte de véritable provocation. Aussi, sommes-nous de ceux qui applaudissent à la ferme attitude adoptée par le gouvernement. Depuis trop longtemps notre complaisance était au service des agrandissements d'autrui ; nous sommes soulagés de nous sentir enfin redevenus Français ! Toutes

les âmes patriotiques ont salué comme la Chambre la déclaration du pouvoir en y retrouvant avec joie le vieil accent de la fierté nationale^ ! »

Il n'y eut d'opposition vraiment retentissante que dans le journal du vieux parti bonapartiste, le Public, rédigé par le député DréoUe, sous la haute inspiration de Rouher : a Nous ne partageons pas l'émotion que cause l'acceptation du trône d'Espagne par le fils aîné du prince de Hohenzollern... Ce qui vient de se passer entre Madrid et Berlin nous paraît tout naturel... Sur qui donc alors doit retomber l'émotion populaire ressentie en France ? Sur les ministres. C'est aux ministres qu'il faut demander compte de leur conduite. Et quand nous voyons que M. Prim s'agite en Espagnol et que M. de Bismarck se conduit en Prussien, ilfautsavoir siMM. Ollivier et de Gramont se sont conduits en Français. On nous dit que le Cabinet va résister au projet de AL Prim. Comment résistera-t-il? L'Angleterre l'approuve, la Prusse l'accepte, et il n'est pas impossible que l'Espagne, précisément parce que nous n'en voulons pas, y souscrive. Que feront alors nos ministres? La guerre à la Prusse? Ce serait monstrueux. A l'Espagne ? Ce serait insensé. » Aucun intransigeant n'avait osé parler de la sorte. Aussi l'étonnement fut-il général. L'Empereur s'en émut, et il écrivit à Gramont : « J'ai été très peiné de l'article du Public et je l'ai fait savoir à Rouher, quoique je sois per-

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