‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 38 sur 173 · Correspondant du 10 juillet 1870, Léon I,aveJan · texte numérisé non relu

Correspondant du 10 juillet 1870, Léon I,aveJan

suadé qu'il y est étranger. » Dréolle interrompit aussitôt son attaque : par haine des ministres, il s'était déclaré contre la guerre ; par servilité envers l'Empereur, il en devint un des partisans les plus emportés.

Olozaga télégraphiait au ministre de la Guerre à Madrid : « Loin d'avoir exagéré les effets de la première impression, la déclaration du gouvernement et l'attitude du Corps législatif peuvent être considérées comme le présage certain d'une guerre contre la Prusse si un prince prussien devenait roi d'Espagne. » Lyons, dont aucun parti pris ne troublait le clair jugement, a écrit : « Quelque forte qu'elle ait été, la déclaration ne va pas au delà des sentiments du pays. Il n'est que trop évident que, sans considérer jusqu'à quel point les véritables intérêts de la France peuvent être en jeu, la nation a considéré le projet de placer le prince de Hohenzollern sur le trône d'Espagne comme une insulte et une provocation de la pari de la Prusse. La blessure infligée par Sadowa à l'orgueil français n'avait jamais été complètement fermée ; cependant le temps commençait à réconcilier les esprits avec le fait accompli qu'il fallait accepter tel que ; l'irritation s'apaisait. Maintenant cette malheureuse affaire a réveillé toute l'ancienne animosité. Le gouvernement et le peuple se sont fait également un point d'honneur d'empêcher l'avènement du prince et sont allés trop loin pour reculer. Je pense cependant que nï F Empereur, ni ses ministres ne désirent

la guerre, et qu'ils ne l' attendent pas. Jusqu'à présent, ils espèrent qu'ils parviendront, sans faire la guerre, à empêcher le prince de porter la couronne d'Espagne. » Le même jour, dans une autre dépêche, il disait : « Les sentiments du peuple français ne permettraient pas maintenant au gouvernement, dans le cas même où il le voudrait, de consentir à l'élévation du prince Léopold au trône d'Espagne. »

La déclaration que la France accueillait, dans son immense majorité, par une adhésion passionnée, ne suscita en Europe ni surprise, ni révolte, à l'exception de quelques diplomates timorés qu'effraie tout ce qui s'élève au-dessus de leur caquetage habituel; elle y fut parfaitement comprise. Le Times, dans son leader article du 8 juillet, jugeait sévèrement la politique agressive de Bismarck : « Il n'existe, disait-il, qu'une seule explication possible d'un procédé semblable. C'est que, pour une raison ou pour une autre, les parties contractantes (l'Espagne et la Prusse) désiraient empêcher le gourernement français de manifester son opinion avant que l'affaire ne fût terminée et l'élection du prince devenue irrévocable. Nous ne savons pas combien de temps ont duré les négociations, mais aucun des représentants des puissances étrangères n'a reçu à ce sujet la moindre ouverture, et cette conduite, nous n'hésitons pas à le dire, est contraire à toutes les lois de la courtoisie habituelle. Toute la transaction pjorte le caractère d'un coup d'État vulgaire et impudent, d'une

de ces entreprises qui ne doivent pas réussir. L'élection d'un prince à un trône comme celui de FEspagne devrait être un acte digne et solennel, accompli ouvertement à la face du monde et accompagné de communications franches et loyales avec les puissances amies... Le mystère, comme de raison, engendre le soupçon. S'il n'y avait rien d'hostile à la France dans cette négociation, pourquoi la cacher? Ce raisonnement, des milliers de Français loferont, et il ne sera pas facile de détruire cette impression. Il faut aussi faire la part de la susceptibilité légitime du gouvernement et de la nation. Il n'est pas dans la nature humaine de ne pas ressentir vivement une perfidie, et cette afTaire est, pour les Français, une perfidie des plus désagréables. »

L'organe des conservateurs, le Standard, se prononce comme le Times : « Depuis bien des années, aucune déclaration aussi importante que celle du duc de Gramont n'est sortie de la bouche d'un ministre des Affaires étrangères. La modération de la forme, ne fait qu'augmenter la gravité du fond. Nous ne chercherons pas si le gouvernement français a le droit de tenir ce langage, mais c'est certainement un langage naturel dans la bouche du ministre. L'élévation d'un cadet de la famille royale de Prusse au trône d'Espagne doit paraître une insulte et une menace au peuple français. On aurait pu y consentir si le gouvernement espagnol avait consulté celui de France ; mais cette surprise ou

intrigue, à ce qu'il semble, est parfaitement calculée pour irriter la nation française sans distinction de partis ^ »

Le Daiiy Telegraph, journal d'une immense publicité, reconnaissait notre bon droit : « Si un Hohenzollern s'établissait une fois solidement sur le trône d'Espagne, par l'appui de la Prusse et en défiance de tous les politiques français, chaque année augmenterait le pouvoir qu'il aurait de jouer une partie meurtrière dans toute lutte qui s'élèverait sur le Rhin. Humiliation immédiate, péril futur, voilà ce que le succès du prince prussien signifierait réellement pour la France. » La Pall Mail Gazette se moquait de la prétention du roi de Prusse d'être considéré comme étant étranger à l'affaire: « Peu de personnes seront assez naïves pour croire que le maréchal Prim aurait offert la couronne au prince, avant de s'être assuré, quelque indirectement que ce fût, de quelle manière cette démarche serait envisagée par le gouvernement prussien, et le prince devait posséder une singulière confiance en lui-même s'il avait consenti à poser sa candidature sans la certitude que ses ambitions ne seraient pas vues de mauvais œil par le puissant chef de sa famille. Le respect profond pour l'indépendance du peuple espagnol est assurément poussé jusqu'à l'exagération quand on en fait une excuse pour ne pas empêcher un prince prussien de mettre le

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