Paul de Cassagnac, Pays du 8 juillet
fusil qui la menaçait, elle aura laissé retomber l'agneau qu'elle emportait dans ses serres, que fera-t-elle? Ce qu'elle fera? Elle guettera une autre occasion plus favorable, où, tous les regards étant portés ailleurs, elle pourra sans péril enlever cette fois, non plus seulement un agneau, mais un mouton. Enivrée par le succès, poussée parla forfanterie, l'aigle prussienne a commis la faute de venir se placer au bout de notre fusil; à notre tour d'en profiter. Ne perdons pas notre temps à chercher des alliés; laissons à l'écart l'Autriche et l'Italie, afin de laisser debout la politique de neutralité, sous laquelle l'Angleterre et la Russie ne demandent qu'à s'abriter ; ne nous occupons aucunement de l'Espagne, qui ne bougera pas; ne songeons qu'à localiser étroitement la guerre entre la France et la Prusse ! Mais plutôt que de compromettre l'œuvre du comte de Bismarck, la Prusse refusera de se battre. — Eh bien! alors, à coups de crosse dans le dos, nous la contraindrons de passer le Rhin et de vider la rive gauche. » A une représentation de l'Opéra, il s'était levé debout dans sa loge, demandant le Rhin allemand de Musset. On lui avait répondu qu'on ne le savait pas. « Il est donc plus difficile à apprendre qu'à prendre », s'était-il écrié au milieu des bravos frénétiques de toute la salle ^
1. Girardin, après avoir renié toutes les violences belliqueuses qui nous gênèrent tant, a été nommé, après 18~0, député de la Seine, tandis que nous étions frappé d'ostracisme.
Le Constitutionnel avait dit sur mon indication : (( Si le peuple espagnol refuse spontanément le souverain qu'on prétend lui imposer, nous n'aurons plus rien à demander au Cabinet de Berlin. » — « Pas du tout, lui répond Léonce Détroyat dans la Liberté : nous pensons qu'il resterait à la France et à l'Europe à demander au Cabinet de Berlin des garanties qui le lient étroitement. »
Le Moniteur imiversel, nullement suspect de connivence avec la Droite, écrivait : « La question doit s'agrandir et il ne suffirait plus aujourd'hui de la renonciation du prince Léopold à la couronne d'Espagne, car ce ne serait de la part du comte de Bismarck qu'un procédé habile pour nous désarmer, sauf à prendre dans quelques mois une position diplomatique meilleure et à nous jeter, après avoir préparé ses forces militaires et l'opinion de l'Allemagne, dans de nouveaux et plus graves embarras. Ce serait donc toujours à recommencer. Le moins qui puisse aujourd'hui nous satisfaire et que nous devons demander, c'est la confirmation formelle et l'exécution absolue du traité de Prague dans sa lettre et dans son esprit, c'est-à-dire liberté des États du Sud de l'Allemagne ; par conséquent, évacuation de la forteresse de Mayence qui fait partie du Sud, renonciation de toute influence militaire au delà du Mein et règlement de l'article 5 avec le Danemark. » (8 juillet.) Cet