LE GUET-APENS HOHENZOLLERN ECLATE SON EFFET EN FRANCE ET EN EUROPE
Salazar arrive à Madrid tout bouillonnant de joie au jour télégraphié par lui (26 juin). Il va chez Prim, ne le trouve pas et court au ministère de l'Intérieur. Rivero lui dit: « Le Président est à la chasse, je le remplace. — S'il en est ainsi, sachez que j'apporte l'acceptation de Léopold de Hohenzollern à la couronne. » Et il montre à Rivero ébahi une lettre du prince Léopold luimême disant « qu'il était très flatté des ouvertures qui lui avaient été faites et serait très heureux d'accepter la couronne d'Espagne, si elle lui était ofTerte par la majorité des Co;^tès; dès lors, il ne serait plus qu'Espagnol ». — (( Il faut, ajouta Salazar, faire voter immédiatement les Cortès. — Mais les Cortès ne sont plus là! » Salazar déconcerté s'écrie: «Il faut les rappeler immédiatement! » Rivero mande Zorrilla, le président des Cortès, et lui donne la nouvelle. Il n'en est pas moins étonné que son collègue. Mais on ne peut convoquer les Corlès sans
l'assentiment de Prim; l'urgent est donc de le rappeler. On en charge Herreros de ïejada, le seul qui fût dans la confidence ^ Il eût été sage de ne pas ébruiter la nouvelle avant l'arrivée du maréchal, mais Zorrilla ne se crut pas tenu à un secret qu'on ne lui avait pas demandé; il en instruisit son ami Ignacio Escobar, directeur de la Epoca. Une confidence faite à un journaliste se répand aussitôt dans la rue. En un instant elle éclatait au centre des commérages, la Puerta ciel Sol^ et tous répétaient : « Ya tenemos Bey -. »
Prim, informé, se hâte d'accourir dans la nuit du 30 juin au 1^' juillet. Victor Balaguer, le député, et deux amis l'attendaient à la gare. Ils manifestent leur joie. Prim fronce le sourcil, tord un gant qu'il tenait à la main et s'écrie d'un ton lugubre: « Peines perdues! candidature manquée ! Et Dieu veuille que ce soit tout ^ ! » En effet, dès son premier pas, le guet-apens éprouvait un à-coup qui pouvait tout compromettre. Il avait été convenu avec le Roi et Bismarck que le secret serait gardé jusqu'à la communication aux Cortès et leur vote immédiat, de façon que l'Empereur abasourdi ne pût déjouer la trame : sûrement Salazar, si discret jusque-là, ne se fût pas montré indiscret s'il avait su les Cortès absentes.
Un contretemps survient-il dans l'exécution