Ibid., p
apercevoir et qu'il a vus, lui qui a examiné les visages, entendu les paroles et pénétré les dispositions. « Il ne doit pas surtout se porter avec précipitation à exécuter les ordres forts et violents qu'on lui donne, afin de laisser à son maître le loisir de revenir à lui et de s'adoucira » Nonobstant, Tordre est-il impérativement réitéré et n'y a-t-il plus à douter de la constante volonté de son gouvernement, alors seulement son obéissance est exempte de tout reproche. Ce devoir de l'ambassadeur a été mis en lumière avec un grand éclat dans une circonstance solennelle. Thiers étant premier ministre et Guizot son ambassadeur à Londres, le traité du 15 juillet 1840, à propos de l'Egypte, mit brutalement la France hors du concert européen ; Thiers fut obligé de quitter le ministère; des discussions passionnées s'ensuivirent ; un des griefs de Thiers fut que Guizot avait incomplètement rempli son devoir d'ambassadeur. « En principe ilestbien vrai que le ministre est seul responsable; il est bien vrai que, lorsqu'il y a division d'avis entre le ministre et l'ambassadeur, l'avis du ministre doit l'emporter; mais que cela entraîne cette consé quence que l'ambassadeur doive à peine donner un avis et même ne pas exprimer son opinion sur la direction de la politique, c'est ce qu'il est impossible d'admettre. L'ambassadeur doit avertir son gouvernement, l'éclairer, le presser de faire ou de ne pas faire, au besoin le contredire. » Guizot
i. De Wicquefort. Mémoire sur les Ambassadeurs.
ne contesta pas le point de départ théorique de Thiers; il reconnut que l'ambassadeur a le devoir de donner son avis : « Je n'hésite pas à affirmer, dit-il, que j'ai rempli ce devoir, que j'ai fait tout €e qui dépendait de moi pour faire triompher la politique du cabinet et qu'en même temps je l'ai averti, à toutes les époques, des obstacles que rencontrerait cette politique, raisons qui pouvaient le déterminer à modifier telle ou telle de «es résolutions \ »
Les ambassadeurs de l'Empire n'ignorèrent pas ces maximes. En 1866, Drouyn de Lhuys avait écrit à Malaret, notre ambassadeur à Florence, une dépêche dans laquelle il informait ritahe, désireuse que la Prusse ne conclût pas un armistice, que son opinion pèserait beaucoup sur la résolution de son alliée. Malaret objecta^ : Il pourrait, selon moi, ne pas être sans inconvénient de dire nous-mêmes à l'Italie qu'elle est appelée à exercer une influence décisive sur la résolution de son alliée. Ce serait lui donner une certitude qu'elle n'a pas et dont elle ne manquerait pas de tirer parti. Drouyn de Lhuys approuva cette réserve ^ Benedetti lui-même pratiqua souvent avec à-propos cette règle : il dissuada de demander à l'ïtaHe la .garantie du pouvoir pontifical et fit écarter certaines clauses dans le traité relatif à la con-