‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 81 sur 173 · Drouyn de Lhuys à Malaret, 10 juillet · texte numérisé non relu

Drouyn de Lhuys à Malaret, 10 juillet

quête de la Belgique en 1866. 11 se Tétait rappelé dans cette négociation d'Ems même : il avait tenu un langage plus modéré que celui qu'on lui avait prescrit, il n'avait point voulu parler d'ordres mais de conseils, et avait refusé d'informer le Roi de l'envoi, par Serrano, d'un messager au prince Léopold. Les instructions de Gramont du 12, à sept heures, étaient, j'en conviens, plus impérieuses que les autres, mais elles étaient aussi plus graves, et, loin de dispenser du devoir d'observations, elles l'imposaient d'autant plus que les effets d'une démarche mal inspirée devaient, à son avis, être plus irréparables. (( J'étais en dissentiment, a-t-il écrit depuis, avec le duc de Gramont. >> Mais ce n'est pas en 1895, dans des Essais diplomatiques, qu'il fallait manifester ce dissentiment, c'était le matin du 13 juillet , par une dépêche d'avertissement et d'objection. En ne le faisant pas, il s'est ôté le droit de censurer Gramont et de se considérer comme à l'abri de tout reproche.

Xon seulement il accomplit sa mission sans envoyer à Paris aucune critique, mais il y mit autant d'insistance que s'il exprimait une conviction personnelle. Le matin du 13, à la première heure, il se rend auprès de l'aide de camp de service, Radziwill, etlui demande de solliciter une audience. Le Roi était déjà sorti. Néanmoins, on put l'informer du désir de l'ambassadeur et il répondit qu'il le recevrait après sa rentrée. En attendant, Benedetti s'était rendu au parc près des Sources. Il se trouve brusquement en face du

Roi (9 h. 10). Guillaume marchait avec son frère, le prince Albrecht, suivi d'un adjudant; sur le bord de la Sahr, près de la maison des bains, il aperçoit Benedetti. L'ambassadeur avait trop de politesse pour aborder le Roi; ce fut le Roi qui s'avança vers lui. Les promeneurs, ayant aperçu ce mouvement, regardaient avec curiosité, comme pour essayer de pénétrer le sens de cette rencontre. Alors le prince Albrecht et l'adjudant s'arrêtèrent à quelques pas en arrière, pour contenir la foule afin qu'elle n'entendît pas la conversation entre les deux interlocuteurs. Le visage du Roi était éclairé par le contentement d'un homme qui va sortir d'une affaire pesante à son cœur. « Le courrier de Sigmaringen, dit-il, n'est pas encore arrivé, mais voyez ici une bonne nouvelle. » Et en même temps il lui tend une feuille supplémentaire de la Gazette de (7o/o^/26? contenant le télégramme de Sigmaringen. <( Par là, ajouta-t-il gaiement, tous nos soucis et toutes nos peines ont pris fin '. » Il s'attendait à des remerciements empressés et satisfaits. Au lieu de cela Benedetti lui dit d'un ton sérieux : (( Un télégramme du duc de Gramont m'annonce la renonciation du prince à la couronne d'Espagne. L'Empereur Napoléon a reçu avec satisfaction cette nouvelle et il espère que ce fait mettra fin à l'incident; mais il désire obtenir de Votre Majesté l'assurance que la candidature, qui vient d'être retirée, ne sera pas reproduite à

Page 1