Lyons ù Granville, 13 juillet
tien, tirer parti de nos avantages: il se maintint dans la fiction d'un retrait officiel de la candidature du prince Léopold, au point d'autoriser Lyons à en induire l'adhésion personnelle du fils au désistement de son père, ce qui n'était pas alors et ce qui n'a eu lieu que plus tard. Il eût été bien plus simple, parlant à un ambassadeur avisé et vraiment loyal, de lui raconter la vérité sans réticences et de lui expliquer comment notre ardent désir de ne pas augmenter l'excitation des esprits et de ne pas diminuer les chances d'accommodement nous avait décidés, malgré les mises en demeure perfides, à maintenir imperturbablement un caractère officiel à la communication d'Olozaga, bien que, avant l'assentiment de Madrid, elle n'eût pas ce caractère ; la confiance et le bon vouloir du gouvernement anglais ne se fussent certes pas affaiblis par cette confidence. Gramont fut encore moins bien inspiré lorsque, s'acharnant à cette demande de garanties, que le Conseil avait imphcitement désavouée, il invoqua en sa faveur une médiation de l'Angleterre. Il exposa cette exigence, qui d'heure en heure devenait plu& incompréhensible, par la note suivante remise à Lyons : « Nous demandons au roi de Prusse de défendre au prince de Hohenzollern de revenir sur sa résolution. S'il le fait, tout l'incident est terminé. » Lyons lui fit la réponse que. de tou& les coins de l'Europe, lui adressaient les gen& sensés, qu'il avait peine à concevoir comment le Gouvernement français pouvait sérieusement
appréhender qu'après tout ce qui s'était passé, le prince Léopold se représentât comme candidat au trône, et pût être accepté par le Gouvernement espagnol^ Gramont se mit encore plus en contradiction avec la pensée du Conseil lorsqu'il ajouta « que si le Roi se refusait à formuler cette défense, la France ne pourrait que lui supposer des desseins hostiles et prendrait ses mesures en conséquence )>. Cela ressemblait à un ultimatum, et le Conseil avait décidé qu'il n'y aurait pas d'ultimatum.
Bismarck avait été informé immédiatement par iVheken de la démarche de Benedetti. Aussitôt il télégraphia que, « si le Roi recevait une fois encore Benedetti il donnerait sa démission ». Aucune réponse ne lui ayant été adressée, il télégraphie derechef que « si S. iM. reçoit l'ambassadeur une autre fois, il considérera ce fait comme équivalant à l'acceptation de sa démission- ». Cette sommation était inutile car. depuis l'insistance prolongée de Benedetti pour soutenir une demande qui, à la réflexion, le révoltait de plus en plus, le Roi était certainement décidé à ne plus entrer en conversation