‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 86 sur 173 · T. VII, p · texte numérisé non relu

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velles de Werther, Abeken répondit qu'en effet un rapport était arrivé dans la matinée, qu'il l'avait transmis à Berlin, mais que les deux ministres avaient pensé que ce document n'était pas de nature à être communiqué officiellement à Sa iMajesté : « Eh bien, dit le Roi, supposez un instant que nous soyons de simples particuliers et donnez-m'en lecture. » Le rapport de Werther, surtout lu et interprété par les agents de Bismarck, produisit sur lui une violente indignation. « A-t-on jamais vu une pareille insolence? écrit-il à la reine. Il faut alors que je paraisse devant le monde comme un pécheur repentant dans une affaire que je n'ai pas mise en mouvement, conduite et menée, mais c'est Prim et on le laisse hors de jeu. Malheureusement Werther n'a pas quitté tout de suite la salle après une pareille prétention, et envoyé ses interlocuteurs au ministre Bismarck. Ils sont même allés si loin qu'ils ont dit qu'ils chargeraient Benedetti de cette affaire. Malheureusement il faut conclure de ces procédés inexplicables qu'ils ont résolu coûte que coûte de nous provoquer et que l'Empereur malgré lui se laisse conduire par ces faiseurs inexpérimentés. »

Le premier mouvement calmé, le Roi fut bien obligé de s'apercevoir qu'il ne s'agissait pas d'une proposition officielle du gouvernement français, mais d'une simple suggestion de deux ministres parlant en leur nom personnel. Il avait pu constater le matin même, que Benedetti, dont

les instructions étaient postérieures à la conversation avec Werther, n'avait pas, comme l'annonçait à tort celui-ci, reçu l'ordre de demander une lettre d'excuses. Son véritable ressentiment fut alors contre Werther plus que contre nous. En accueillant notre désir, l'ambassadeur avait implicitement admis que son Roi avait quelques torts à réparer, ce qui était en effet dans notre pensée et dans la sienne, et le Roi, blessé qu'il ne se fût pas révolté contre cette hypothèse, écrivit à Abeken : « R est cependant indispensable de chiffrer à Werther que je suis indigné de la suggestion (umutzung) Gramont-Ollivier et je me réserve l'ultérieur. » Cet ultérieur ne serait jamais venu et les « faiseurs inexpérimentés » lui auraient montré qu'ils respectaient trop leur propre dignité pour offenser celle des autres. Le rapport de Werther ne modifia nullement l'attitude du Roi vis-à-vis de Renedetti. N'eut-il pas existé, notre ambassadeur n'aurait pas été reçu. Le matin même, à la suite de son insistance sur la promenade des Sources, et après les télégrammes impératifs de Rismarck, Guillaume avait résolu d'interrompre toutes relations personnelles avec lui. L'arrivée du rapport ne produisit pas le seul effet qu'on en pouvait redouter : elle ne changea pas les formes polies de l'aide de camp envoyé à notre ambassadeur, à ce point que Renedetti ne soupçonna même pas cet incident. Par la publication des documents diplomatiques seulement, il connut plus tard ce rapport qu'il a si peu honorablement exploité.

A deux heures, l'aide de camp, Radziwill, se rendit auprès de Benedetti, non pour l'appeler auprès du Roi comme celui-ci le lui avait promis la veille, mais pour lui apprendre que la lettre attendue du prince Antoine était arrivée à une heure : c'était un premier refus d'audience. Radziwill exposa que la lettre du prince Antoine annonçait à Sa Majesté que le prince Léopold s'était désisté de sa candidature à la couronne d'Espagne ; par là Sa Majesté considérait la question comme terminée. En remerciant le Roi de cette communication, Benedetti fît remarquer qu'il avait invariablement sollicité l'autorisation de transmettre, avec le désistement du prince, Fapprobation explicite de Sa Majesté; il dit en outre qu'il avait reçu un nouveau télégramme qui l'obligeait à insister sur le sujet dont il avait eu l'honneur d'entretenir le Roi dans la matinée; qu'il se voyait dans la nécessité, avant d'adresser à son ministre les informations que Sa Majesté voulait bien lui donner, d'être fixé sur ces deux points, et qu'il sollicitait une audience afin de recommander encore une fois le vœu du Gouvernement français. Le Roi lui fait répondre encore par son aide de camp (trois heures), qu'il avait donné son approbation au désistement du prince dans le même esprit et dans le même sens qu'il avait fait à l'égard de l'acceptation de la candidature, qu'il l'autorisait à transmettre cette déclaration à son gouvernement; quant à l'engagement pour l'avenir, il s'en référait à ce qu'il avait lui-même notifié le matin; c'était un second refus d'audience.

Malgré ce refus, Benedetti insista encore pour un dernier entretien, « ne fût-ce que pour s'entendre répéter par Sa Majesté ce qu'elle lui avait déjà dit. » Et sans attendre une nouvelle réponse du Roi, il télégraphia à Gramont celle qui venait de lui être apportée (3 h. 45).

Persuadé comme il l'était qu'il n'obtiendrait aucune concession, Benedetti aurait dû comprendre qu'on ne dérange pas un roi pour l'entendre répéter ce qu'il a dit en termes péremptoires, et que toute insistance manquerait de tact et lui vaudrait des rebuffades désagréables. Sans doute Gramont lui avait envoyé l'instruction d'insister, mais le ministre ne pouvait se rendre un compte exact de l'état d'esprit du Roi, et il n'eût certainement pas réitéré cet ordre s'il eût été sur les lieux. Les conséquences de l'importunité si peu sagace de notre ambassadeur furent immédiates. Le Roi, fatigué de ses obsessions, après des refus auxquels il avait donné la forme la plus absolue, fit appel à Bismarck. Il ordonna de lui raconter où l'on en était et de mettre l'affaire entre ses mains. Ce fut fait par un télégramme de deux cents mots d'Abeken rédigé avec Eulenbourg et Camphausenet qui fut expédié en chifTres à Bismarck: « Ems, 13 juillet, 3 h. 40 — Sa Majesté m'écrit : « Le comte Benedetti m'a arrêté à la promenade pour me demander finalement, d'une manière très pressante, de l'autoriser à télégraphier aussitôt que je m'engageais à ne plus donner mon consentement dans l'avenir si les HohenzoUern posaient

de nouveau leur candidature. J'ai refusé d'une façon assez sérieuse à la fin, parce qu'on ne doit pas el qu'on ne peut pas prendre de tels engagements à tout jamais. Je lui dis, naturellement, que je n'avais encore rien reçu, et, puisqu'il était informé avant moi de Paris et de Madrid, il voyait bien par là que mon gouvernement était de nouveau hors de cause. » Sa Majesté a reçu depuis lors une lettre du prince Charles-Antoine. Comme Sa Majesté avait dit au comte Benedetti qu'elle attendait des nouvelles du Prince, le Roi a décidé, sur la proposition du comte Eulenbourg et sur la mienne, de ne plus recevoir le comte Benedetti en raison de la prétention exprimée plus haut, et de lui faire dire par son adjudant que Sa Majesté avait reçu maintenant du Prince la confirmation de la nouvelle que le comte avait reçue déjà de Paris, et que Sa Majesté n'avait rien de plus à dire à l'ambassadeur. Sa Majesté s'en remet à Votre Excellence du soin de dérider si la nouvelle prétention du comte Benedetti et le refus qui lui a été opposé doivent être communiqués de suite à nos ministres, à l'étranger et à la presse. »

Le Roi dîna tranquillement et ensuite en finit avec Benedetti en lui envoyant une troisième fois Radziwill (5 h 1/2). L'aide de camp répéta, toujours très poliment, que le Roi « ne saurait reprendre avec lui la discussion relative aux assurances qui devraient être données pour l'avenir : il consentait à donner son approbation entière et sans réserve au désistement

du prince; il ne pouvait faire davantage ». C'était un troisième refus d'audience dont Benedetti aurait fort bien pu nous éviter le désagréments

Enfin, ce qui s'était passé à Ems n'ayant pas été constaté par des dépêches officielles et le Roi craignant les versions inexactes, il voulut qu'un récit officiel fût écrit sous ses yeux par le prince Radziwill, son intermédiaire entre Benedetti et lui, et il fit rédiger deux procès-verbaux. Le premier explique ce qui s'est passé depuis l'arrivée de Benedetti, le second relate les incidents de la journée du 13.

Premier rapport : « Le 9 du mois courant, le comte Benedetti sollicita du Roi, à Ems, une

1. Benedetti a soutenu que les ambassades de Radziwill auprès de lui, pour lui notifier que le roi déclinait une nouvelle discussion, ne constituaient pas un refus d'audience : « Le Roi, dit-il, n'a pas refusé de me recevoir. » Puis il ajoute aussitôt : « Il ne m'a pas reçu, il est vrai, mais il donnait pour raison que nous n'avions pas à continuer notre entretien sur le troisième point. » (Déposition devant la commission d'enquête, p. 87). Quelle que soit la raison du Roi, en fait il ne l'a pas reçu. Gomment alors a-t-il pu dire qu'on n'a pas refusé de le recevoir? Plus tard, dans ses Essais diplomatiques, il a répété : « Le Roi ne m'a pas fermé l'accès de sa porte, il a uniquement décliné d'examiner à nouveau notre dernière proposition. Il m'a reçu d'ailleurs le lendemain à la gare avant son départ. » Ne pas recevoir, par n'importe quel motif, quelqu'un qui vous demande avec insistance de vous entretenir, n'est-ce pas lui fermer l'accès de sa porte? Nous verrons ce qui s'est passé le 14, mais, en ce moment, il s'agit de savoir si le 13 le Roi a refusé de recevoir Benedetti. Or, il est constant que ce Jour-là, le Roi ]ui a fermé trois fois sa porte : à deux heures, à trois heures et à cinq heures et demie.

audience qui lui fut accordée sur-le-champ. Pendant cet entretien, le ministre demanda que le Roi ordonnât au prince héritier de Hohenzollern de retirer son acceptation de la couronne espagnole. Le Roi répondit que, comme il était intervenu dans toute cette affaire uniquement comme chef de famille et nullement comme roi de Prusse, et comme, en conséquence, il n'avait point donné d'ordrepouraccepterlacandidatureautrône,ilne pouvait pas non plus ordonnerle retrait de celle-ci. Le 11, le ministre français demandait et obtenait une deuxième audience, pendant laquelle il chercha à exercer une pression sur le Roi, afin que celui-ci engageât le prince à renoncer à la couronne. Le Roi répliqua que leprince était libre de ses résolutions, et que, quant à lui, il ne savait même pas où le prince, qui se proposait, disait-il, de faire un voyage dans les Alpes, se trouvait en ce moment. A la promenade des Sources, dans la matinée du 13, le Roi remit au ministre un numéro extraordinaire de la Gazette de Cologne, qu'il venait de recevoir lui-même, contenant une dépêche télégraphique particulière de Sigmaringen sur le désistement du prince. Le Roi ajouta que, pour sa part, il n'avait pas encore reçu de lettre de Sigmaringen, mais qu'il croyait pouvoir en attendre une dans la journée. Le comte Benedetti réponditque, déjà dans la soirée de la veille, il avait reçu de Paris la nouvelle du désistement. Le Roi considéra alors la question comme vidée, lorsque l'ambassadeur demanda inopinément au Roi qu'il donnât l'assurance

positivé de n'accorder jamais plus son consentement, si éventuellement la candidature en question revenait sur l'eau. Le Roi refusa absolument et maintint ce refus, lorsque le comte Benedetti revint itérativement et d'une manière de plus en plus pressaate sur sa proposition. Néanmoins, le comte Benedetti sollicitait quelques heures plus tard une troisième audience. Comme il lui fut demandé de quel objet il s'agissait, l'ambassadeur fît répondre qu'il désirait revenir sur la question qui avait été agitée dans la matinée. Par ce motif, le Roi refusa une nouvelle audience, attendu qu'il n'avait pas d'autre réponse à donner et que, à partir de ce moment, toutes les négociations devaient avoir lieu par l'entremise des ministres. Ainsi, le ministre a obtenu du Roi trois audiences qui ont eu chaque fois le caractère d'entretiens particuliers, le comte Benedetti ne prenant jamais le caractère de mandataire ou de négociateur. »

Second rapport : « Dans la matinée du 13 juillet, à la suite d'un entretien entre S. M. le roi et le comte Benedetti, à la promenade des Sources, Sa Majesté me fît l'honneur de m'envoyer l'aprèsmidi, vers les deux heures, chez le comte avec la communication suivante : « Sa iMajesté a reçu, il y a une heure, par une communication écrite du prince de Hohenzollern,à Sigmaringen, la confirmation complète de ce que le comte lui-même a communiqué le matin, comme l'ayant appris directement de Paris, au sujet du désistement du prince Léopold à sa candidature au trône d'Es-

pagQe. Parla, Sa Majesté considère cette question comme terminée. » Après que j'eus exécuté cet ordre, le comte Benedetti dit que, depuis son entretien avec le roi, il avait reçu une nouvelle dépèche de M. de Gramont qui le chargeait de solliciter une audience de Sa Majesté et de lui recommander encore une fois le vœu du gouvernement français, c'est-à-dire : 1" d'approuver le désistement du prince de Hohenzollern, 2° de donner l'assurance qu'également dans l'avenir cette candidature ne serait plus reprise. Sa Majesté a fait alors répondre par mon entremise au comte qu'elle approuvait le désistement du prince Léopold dans le même sens et dans la même étendue qu'elle avait approuvé antérieurement l'acceptation delà candidature. Sa Majesté, avait reçu la communication écrite de la renonciation de la part du prince Antoine de Hohenzollern, qui avait été autorisé à cet effet parle prince Léopold. Quant au second point, l'assurance pour l'avenir, le roi ne pouvait que s'en référer à ce qu'il avait répliqué personnellement dans la matinée au comte. Le comte Benedetti accepta cette réponse de Sa Majesté avec reconnaissance et déclara que, comme il y était autorisé, il la ferait connaUre à son goureniement . Mais, en ce qui concerne le second point, il devait, comme l'en chargeait expressément la dernière dépêche de M. de Gramont, maintenir sa demande d'un nouvel entretien avec le roi, ne fût-ce que pour entendre de nouveau les mêmes paroles deSaMajesté d'autant plus que cette dernière dépêche renfermait de

nouveaux arguments qu'il désirait soumettre au roi. Sa Majesté fit répondre au comte Benedetti, par mon entremise, après le dîner, vers les cinq heures et demie, et pour la troisième fois, qu'elle était obligée de refuser absolument d'entrer dans de nouvelles négociations au sujet de ce dernier point (une assurance qui lierait pour l'avenir). Ce que Sa Majesté avait dit le matin était son dernier mot dans cette affaire, et l'ambassadeur pouvait s'y référer purement et simplement. En réponse à l'assurance que positivement on ne devait pas compter sur l'arrivée du comte de Bismarck à Ems pour le lendemain, le comte Benedetti déclara que, de son côté, il se contentait de cette déclaration de S. M. le roi. Ems, le 13 juillet 1870. »

Entre ces deux documents, il y a une contradiction : le premier prétend que le comte Benedetti n'a pas pris le caractère de mandataire ou de négociateur, et le contraire résulte du second qui constate que le Roi l'avait autorisé à faire connaître sa réponse à son gouvernement; donc, il était un mandataire ou un négociateur. Pourquoi le Roi aurait-il discuté avec Benedetti s'il ne s'était pas présenté comme le mandataire et le négociateur du gouvernement français ? Dans le premier document, il est une autre inexactitude : le Roi est montré comme ignorant, le 13 au matin, au moment de la rencontre à la promenade des Sources, la résolution des princes Hohenzollern : or il en était instruit depuis la veille par le colonel Strantz ainsi que

cela résulte de ses lettres à la Reine. En ce qui concerne les relations avec Benecletti, le rapport ne constate pas les procédés gracieux dont le Roi les a toujours accompagnés ; il donne à son langage un ton sec qu'il n'a point eu en réalité. Au fond il est exact et établit que Benedetti a obtenu trois audiences, dans lesquelles il a discuté avec le roi et que c'est seulement après ces trois audiences que trois autres lui ont été refusées, par cette raison que le Roi n'avait plus rien à ajouter à ce qu'il avait déjà dit. Il n'est nullement question de la prétendue lettre d'excuses, et certainement si le rapport de Werther avait paru l'exiger, on l'eût mentionnée comme une cause de refus d'audience encore plus justifiée que la demande de garantie.

La contradiction qui existe entre les deux rapports de Radziwill est de peu d'importance comparée aux difPérences entre le télégramme d'Abeken et le rapport sur la journée du 13. C'est la preuve de l'origine différente des documents : les rapports sont d'un officier indépendant de la discipline bismarckienne ; le télégramme, signé par Abeken, est rédigé d'accord avec Eulenbourg et Camphausen, les instruments de Bismarck. Il constitue une première falsification très grave de la vérité telle qu'elle est constatée par les rapports de RadziAvill. J'ai été agréablement surpris de voir cette circonstance capitale, à laquelle n'a point pris garde la légèreté de nos écrivains français, relevée par la critique tiistorique allemande : « La

dépêche d'Abeken ne donne pas du tout l'image exacte des événements, dit Rathlef^ Elle apparaît déjà comme une aggravation parce qu'elle ne met pas en lumière ce qu'il y avait de bienveillant dans l'attitude du Roi, parce qu'elle ne dit rien des divers envois de l'adjudant et des diverses propositions qu'il avait eu à soumettre, et surtout parce qu'elle fait supposer que le Roi avait rejeté, en bloc, toutes les demandes de la France, tandis que, sur trois d'entre elles, il en avait admis deux. Il n'avait rejeté que la troisième demande, celle de garanties, sans même exclure, toutefois, la possibilité d'une négociation ultérieure à Berlin. » De plus le télégramme disait faussement que l'ambassadeur avait eu l'inconvenance cVarrêter le Roi sur la promenade : c'était le Roi qui était allé vers l'ambassadeur. Cette falsification était encore aggravée par la faculté donnée à Bismarck de décider si la nouvelle prétention de Benedetti et le refus qui lui a été opposé devaient être communiqués aux ministres, à l'étranger et à la presse.

Cette autorisation de publicité constitue un acte d'improbité diplomatique. Il est, en effet, d'une règle incontestée, consacrée par une tradition constante, qu'aussi longtemps que dure une négociation, le secret de ses péripéties doit être scrupuleusement gardé. Nous nous étions conformés à cette règle futélaire : nous n'avions parlé publiquement à la tribune; le 6 juillet, que

1. Jahrbuch, p. 458. Voir également Schultze : die Thron KancUdatur Hohenzollern.

parce qu'on nous avait refusé la négociation à Berlin et à Madrid; depuis que le Roi nous l'avait accordée à Ems, nous refusions de répondre aux interrogations réitérées qui nous étaient adressées dans les Chambres. Le Roi avait repoussé la demande de garanties, c'était son droit ; il avait refusé de recevoir Benedetti, parce qu'il lui avait déjà dit son dernier mot, c'était encore son droit ; il informait par télégramme son ministre de ce qui s'était passé à Ems, c'était encore son droit ; m.ais tout ceci fait, il avait le devoir rigoureux, avant de mettre le public dans sa confidence, d'attendre la réponse que nous ferions à son refus. S'il s'était conformé à ce devoir, nous aurions pris acte de son approbation et laissé tomber la demande de garanties. C'eût été encore la paix comme le 12 au soir. Cette paix n'eût pas été aussi triomphante, car un échec partiel en aurait amoindri l'éclat, mais sous un certain rapport ce n'eût pas été sans quelque avantage, car le roi de Prusse, avant ainsi obtenu un adoucissement à son premier déboire, n'eût pas conservé contre nous le même ressentiment d'amour-propre. Par la divulgation prématurée de son refus, il supprimait en fait cette possibilité delà reprise ultérieure de la négociation à Berlin, qu'admettait, selon la juste remarque de Rathlef, le texte même du télégramme. On comprend alors le mot que prête Busch au Roi quand il fait envoyer la dépêche d'Abeken : « Maintenant, Bismarck va être content de nous. »

Bismarck avait passé la journée du 13 en plein dans la crise de fureur, d'anxiété, de désespérance dans laquelle il était plongé depuis son arrivée à Berlin, rugissant comme un lion enfermé dans les barreaux d'une cage. Plus il pesait l'événement, plus il lui apparaissait gros de conséquences pénibles à supporter : il avait cru prendre, il était pris, il s'était découvert sans proQt, son roi était compromis ; il nous avait réveillés en sursaut de notre rêve pacifique, et, désormais, nous allions nous tenir sur nos gardes ; l'Europe était édifiée sur la valeur de ses déclarations rassurantes, le prestige de la Prusse en Allemagne était diminué et l'Unité sous le sabre prussien retardée. Il s'écriait comme son Shakespeare : a France, je suis enflammé d'un courroux bridant, d'une rage dont l'ardeur a cette particularité que rien ne peut l'apaiser, si ce n'est le sang, le sang, et ce sang français tenu pour le plus précieux ^ »

La visite de Gortchakow lui fut un moment de diversion. Il est probable qu'ils concertèrent une entente en cas de guerre et que Gortchakow ne ménagea ni ses encouragements ni ses sympathies. Alla-t-il jusqu'à stipuler le prix de sa neutralité bienveillante ? Non, mais

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