‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 9 sur 173 · Séance du 30 novembre · texte numérisé non relu

Séance du 30 novembre

ténébreuse négociation. Prim la leur raconte à sa façon, en dissimule ou en atténue les dangers, obtient une approbation unanime et le rappel des Cortès pour le 20 juillet. Il estimait à 200 voix la majorité certaine.

Quoique averti de notre résistance, le o juillet, il envoie au prince Léopold, par le contreamiral Polo di Bernabé, la décision du Conseil des ministres. Le 6, il la communique par voie télégraphique à tous les représentants diplomatiques, en insistant sur les avantages que trouverait l'Espagne dans son union avec une puissance militaire de premier ordre. Ces actes signifiaient que nos observations ne seraient pas accueillies, qu'on ne consentirait pas à discuter avec nous et que nous étions en présence d'un parti pris irrévocable.

A Berlin, la démarche de Gramont n'eut pas meilleure fortune. Le 4 juillet Lesourd se rendit chez Thile. Au premier mot sur la candidature Hohenzollern, Thile l'interrompit avec une vivacité singulière : s'il était chargé de provoquer officiellement de sa part des explications sur le fait qu'il lui signalait, dans ce cas, il devait avant de lui répondre prendre les ordres du Boi. Lesourd répondit qu'il ne prétendait pas donner actuellement à sa question cette portée solennelle, mais que, connaissant l'émotion qu'avait causée à Paris la nouvelle dont il l'entretenait, il avait seulement en vue d'édifier le duc de Gramont sur la part que le gouvernement prussien entendait assumer dans

la négociation qui venait d'aboutir. Alors Thile^ un des membres du Conseil du 15 mars, sur un ton d'indifférence qui ressemblait à de Fironie, affecta la plus complète ignorance : il avait, il est vrai, lu parfois le nom du prince Hohenzollern parmi les candidats au trône d'Espagne, mais il avait attribué si peu d'importance à ces rumeurs qu'il en était encore à se demander auquel des deux princes elles se rattachaient, au prince héritier, époux d'une princesse portugaise, ou au prince Frédéric, major de cavalerie dans l'armée prussienne. Le gouvernement prussien ignorait complètement cette affaire; elle n'existait pas pour lui ; en conséquence, il n'était pas en mesure d'offrir au gouvernement français des explications ; les hommes d'État et le peuple d'Espagne avaient le droit d'offrir la couronne à quiconque leur convenait et, à la personne seule à qui l'offre avait été faite, il appartenait d'accepter ou de refusera

Lesourd s'imagina que Thile était gêné parce qu'il n'avait pas encore les instructions du Roi et de Bismarck, et qu'il eût parlé autrement s'il les avait eues. En réalité, Thile ne parlait qu'en vertu d'instructions formelles du Roi et de Bismarck. Sa réponse, selon Schultze, résultait du plan bien mûri de Bismarck, « de faire en sorte que l'indignation française ne pût trouver personne en Prusse pour répondre à ses réclamations avant que l'affaire ne fût arrivée à sa con-

1. Lesourd à Gramont, 4 juillet. — Loftus à Granville, 6 juillet.

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clusion à Madrid^ y>. Bismarck a indiqué de son côté la raison pour laquelle , par Forgane de Thile, il nous renvoyait à l'Espagne : « Il était difficile pour la France de trouver un prétexte de droit public pour intervenir dans l'élection d'un roi d'Espagne. Je comptais que le point d'honneur espagnol s'élèverait contre cette intervention-. »

ïhile ne fît pas mystère de sa réponse. Il la répéta aussitôt à Loftus^ l'ambassadeur anglais, puis successivement aux ministres étrangers qui vinrent l'entretenir de l'événement. Comme un soldat qui exécute une consigne, il redit imperturbablement à tous que « le gouvernement prussien répudiait toute responsabilité à l'égard de la candidature du prince Léopold, et qu'elle ne pouvait être l'objet de communications officielles entre les gouvernements^». Cette réponse fut immédiatement communiquée et accentuée à Londres par l'ambassadeur prussien Bernstorff. Il vint voir Granville et lui dit a que le gouvernement de l'Allemagne du Xord ne désire pas se mêler de cette affaire; qu'il laisse à la France le soin de prendre les mesures qui lui conviennent, et que le représentant de Prusse à Paris a reçu Tordre de s'abstenir de s'en occuper. Le gouvernement de l'Allemagne

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