‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 93 sur 173 · Kreutzer. « Le télé.sramme d'Abeken, en outre des · texte numérisé non relu

Kreutzer. « Le télé.sramme d'Abeken, en outre des

La manipulation de Bismarck se fût-elle réduite à ces suppressions et à cette concentration provoquante de la forme, l'accusation d'avoir falsifié le texte d'Abeken serait pleinement justifiée. 11 a fait plus : dans la dépêche d'Abeken, il était bien question du refus d'audience à Benedetti, mais ce fait n'était pas mis en vedette; il était présenté accessoirement comme la conséquence naturelle d'une discussion épuisée ; Bismarck le jette en avant comme étant l'essentiel ou pour mieux dire le tout de la dépêche : l'ambassadeur n'est pas reçu, non parce que lui ayant tout dit il ne reste plus rien à lui dire, mais parce qu'on n'a pas voulu lui dire quoi que ce soit. Ce texte de Bismarck ne mentait pas en affirmant que le Roi avait refusé de recevoir Benedetti; il interprétait mensongèrement un fait vrai et transformait un acte naturel en préméditation offensante. Enfin il réahsait une troisième aggravation plus perverse que les précédentes. Dans la dépêche d'Abeken, le Roi avait autorisé, sans le prescrire, à rendre pubHc... quoi? Pesez bien les termes : la nou-

égards patients qu'avait eus le roi Guillaume en présence des événements de la Chambre française et qu'il avait aussi manifestés en présence de l'importunité de l'ambassadeur de France, ne signifiait pas rupture de toutes les négociations. Il ressortait de la dépêche de Bismark que l'on considérait les nouvelles demandes comme une provocation devant laquelle on ne reculait pas d'un pas, même au péril d'une rupture complète. La dépêche ne respirait plus la résolution de négocier avec l'adversaire, mais celle de le combattre. »

velle réclamation de Benedetti et le refus qui y avait répondu*; il n'avait nullement autorisé à rendre public le refus de recevoir l'ambassadeur, c'est-à-dire de faire savoir au monde qu'il avait fermé sa porte au représentant d'un de ses frères en royauté. Bismarck, lui, va au delà et c'est surtout ce qu'il ne lui était pas permis de révéler qu'il met en lumière, de telle sorte que le télégramme se résume en un mot: « Le roi de Prusse a refusé de recevoir l'ambassadeur de France. »

Le télégramme ainsi arrangé, sa publicité décidée, il s'agissait de le lancer, de façon qu'il produisît son effet foudroyant. Bismarck explique à ses convives comment il va procéder : u Le succès dépend avant tout des impressions que l'origine de la guerre provoquera chez nous et chez les autres. Il est essentiel que nous soyons les attaqués; la présomption et susceptibilité gauloises nous donneront ce rôle si nous annonçons publiquement à F Europe^ autant que possible sans r intermédiaire du Reischtag^ que nous acceptons sans crainte les insultes publiques de la France^. )> Pourquoi attacher tant d'importance à ce que le refus fut notifié, non dans une discussion du Reichstag^ mais par une communication exceptionnelle faite à l'Europe? Parce que la publicité obligée qui résulte des explica-

1. Seine Majestilt stellt Ew. Exzellenz anheim ob nicht die neue Forderung Benedetti's und unsere Zurûckweisung so^leich sowohl unsereri Gesandten als der Presse mitgeteilt werden soll.

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