Pensées et souvenirs. Mémoires, t. II, p
lions inévitables d'un ministre à la tribune n'a pas le caractère provocateur de la publicité volontaire résultant d'une communication insolite.
Il ne suffît pas au chancelier de nous souffleter, il veut que ce soufflet ait un tel retentissement qu'il ne nous soit plus permis de ne pas le rendre. « Si maintenant, dit-il, usant de la permission que me donne Sa Majesté, je l'envoie aussitôt aux journaux et si, en outre, je le télégraphie à toutes nos ambassades, il sera connu à Paris avant minuit; non seulement par ce qu'il dit, mais aussi par la façon dont il aura été répandu, il prodmra là-bas^ sur le taureau gaulois, r effet du drapeau rouge. 11 faut nous battre si nous ne voulons pas avoir l'air d'être battus, sans qu'il y ait seulement combats »
Ces explications dissipent la morosité des deux généraux et leur prête une gaieté qui surprend même Bismarck. Ils se remettent à boire et à manger. Roon dit : (( Le dieu des anciens jours vit encore et il ne nous laissera pas succomber honteusement. » Moltke s'écrie : « Tout à l'heure j'avais cru entendre battre la chamade, maintenant c'est une fanfare. » Regardant gaiement le plafond et frappant sa poitrine de sa main : « S'il m'est donné de vivre assez pour conduire nos armées dans une pareifle guerre, que le diable emporte cette vieille carcasse ^ »