‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 95 sur 173 · Le récit de cette scène a été fort désagréable aux · texte numérisé non relu

Le récit de cette scène a été fort désagréable aux

Le jugement que les deux généraux portèrent sur la signification, l'intention et l'effet de la dépêche falsifiée a été depuis confirmé par tout ce qu'il y a d'honnête et de sérieux parmi les Allemands. — Sybel lui-même cesse un moment d'être invinciblement partial et résume, avec l'insolence d'un vainqueur mais avec la précision d'un historien expert, cette manœuvre bien digne du machinateur d'embûches qui, en 1866, conseillait aux Italiens de se faire attaquer par un corps de Croates acheté* : « Par la plus grande concision de la forme et l'omission des circonstances déterminantes, l'impression de la communication était changée d'une manière complète. La publication doublait le poids du refus, sa concision le décuplait; c'était maintenant l'affaire des Français de voir s'ils voulaient avaler Tamère pilule ou mettre leurs menaces à

chauvins allemands et les explications qu'en donne notamment Oncken, pour en diminuer l'importance et la grandeur, sont tellement comiques que cela ne mérite pas la discussion. D'autres ont imaginé de soutenir que cette scène, racontée si souvent par Bismarck avant d'être écrite dans ses Souvenirs, a été une pure invention de sa part et, à preuve, on prétendait qu'une lettre établissait que ce soir du 13 juillet il avait dîné chez sa sœur M"^^ d'Arnim. M. Paul Matter fait remarquer que, pour placer cette lettre au 13 juillet, il faudrait admettre que Bismarck a passé une partie de la journée avec Roon dans la propriété de celui-ci à Giitergotz, à une heure de Berlin, ce qui paraît inadmissible en raison des nombreuses réceptions du chancelier : Gortchakow, Lof tus, etc.. et de l'échange continuel de télégrammes entre Ems et Berlin.

1. La Marmora : Vn po'piu di luce, Rapport, de Govone, p. 276.

exécution^ » — « La dépêche, dit Rathlef-, se présente comme un rapport sur ce qui s'est passé à Ems, et comme rapport historique elle est susceptible d'en donner une fausse représentation, ou d'éveiller le soupçon que l'ambassadeur a eu peut-être à subir ce qu'il n'a pas subi, et que le Roi a peut-être agi comme il n'a pas agi, et comme il ne pouvait non plus agir ; elle peut faire considérer ce qui était une réponse courtoise mais ferme comme un congé grossier et faire penser que le Roi était homme à répondre à une proposition qui le froisse, par une offense, ce qui n'a jamais été. Ce qu'il y a de plus désagréable, et même à mon sentiment de plus pénible pour les Allemands dans la dépêche d'Ems, c'est d'abord la représentation fausse qu'elle évoque. Mais la réponse que donnait la dépêche ne visait pas seulement les provocations d'alors des Français, elle constituait la réponse à tous les froissements que Rismarck avait subis de la part de la France, pendant son ministère, la réponse définitive aux actes des Français depuis deux cents ans. 11 est tout à fait injuste de méconnaître que la propagation officielle et officieuse d'une semblable nouvelle, qui, précisément parce qu'elle ne donnait pas la physionomie exacte des faits, fut envisagée et célébrée comme un défi à la France^ constituait par là une offense réelle à ce pays. Bismarck aurait certainement envisagé une telle façon de procéder à V égard de F Allemagne comme

Page 1