‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 96 sur 173 · Jahrbiich, p · texte numérisé non relu

Jahrbiich, p

une offense. Les récits allemands de ces événements omettent complètement de reconnaître ce tort, ils sont en cela injustes. » — Karl Bleibtren juge ces faits avec une équité louable. Il déclare sans ambages que le télégramme contient indubitablement « une offense publique préméditée, un outrage pmhUc » ; il va même jusqu'à dire qu'il constitue indubitablement une offense impardonnable \ » — « Cette dépêche changeait complètement la couleur des événements d'Ems : aucun échange de nouvelles et de déclarations, comme Radziwill les avait transmises, n'y était mentionné, c'était un refus général et d'une concision tranchante. Le Roi faisait, d'après cette dépêche, ce que Bismarck et ses amis auraient fait à sa place; il passait, sans transition, de la défense à V attaque la moins scrupuleuse et la plus irrévocable. Cette dépêche était un soufflet appdiqué sur le visage de la France, et dont les conséquences devaient l'obliger à faire la

1. Tout en clierchant à atténuer la sévérité du jugement porté par lui, dans « La dépêche d'Ems » (Jahrbuch, t. III) sur cet acte de Bismarck (en raison de Témotion que ce jugement avait causée en Allemagne et des attaques dirigées contre lui); Georg Rathlef reconnaît encore dans un nouvel ouvrage, publié en 1903, à Dorpat, relatif à l'attitude de Bismarck dans la période qui précéda la guerre franco-allemande, que l'opinion que la dépêche d'Ems contenait une contre-provocation, une contre-offense à la France, fût-elle justifiée, méritée, a de plus en plus pénétré en Allemagne. Erich Marcks, Kàmmel, Horst Kohi lui-même en jugent ainsi, et cette opinion ne peut être que fortifiée parle fait que dans ses Pensées et Souvenirs, Bismarck parle de la dépêche comme « du drap rouge déployé sous les yeux du taureau gaulois ».

guerre ^ ». C'est à ce jugement d'Ericli Marks que j'ai emprunté le mot de soufflet placé à la tête de ce chapitre.

Bismarck met aussitôt son plan à exécution. Il envoie le télégramme à son journal officieux, la Gazette de V Allemagne du Nord^, pour qu'il le publie immédiatement dans un supplément spécial et qu'il le fasse afficher sur les murs. Dès neuf heures du soir, des crieurs en grand nombre se répandirent dans les rues et les heux les plus fréquentés de Berlin, distribuant gratis le supplément qui donnait le télégramme. J'ai sous les yeux, en écrivant, le placard qui contenait cette fatale rédaction et qui fut aussitôt collé aux fenêtres des cafés, lu, commenté par des groupes nombreux. Une foule immense circula jusqu'à minuit dans la grande allée des Tilleuls. « La première impression, dit un témoin oculaire, fut une stupéfaction profonde, une surprise dou-

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