Lord Bloomfield au comte de Granville, 13 juillet
rien ù ce qui s'était passé et il attendait une confirmation par l'ambassadeur d'Espagne à Berlin ; de plus il ne considérait pas comme sérieuse une renonciation n'émanant pas du prince lui-même ; des hommes d'État tels que Silvela avaient conseillé aux ministres de passer outre la renonciation et de faire proclamer Léopold parles Cortès K « Il renoncera de nouveau si cela lui convient quand il aura été nommé », disaient-ils. Serrano calma cette ardeur; l'intervention d'Olozaga et la menace de sa démission achevèrent d'en triompher. Nous qui ignorions ces circonstances, nous acceptâmes ces assurances et nous considérâmes la question comme close du côté de l'Espagne. On devine si je remerciai chaleureusement Olozaga. Je lui dis : (( L'approbation du Roi ne nous est point parvenue, mais je n'en doute pas, et j'ai pris mon parti de ne pas obtenir le reste. Nous tenons donc la paix. Demain matin, avant le Conseil, je préparerai une déclaration aux Chambres dans ce sens. J'y parlerai de l'Espagne et de vous et je tiens à ce que vous soyez content de mon langage. Venez donc me voir demain de bonne heure; je vous soumettrai ma rédaction. » Il me promit de venir. J'allai ensuite aux Affaires étrangères chercher, si elle était enfin arrivée^ la seule pièce qui me manquât, la réponse d'Ems. Gramont n'y était pas.
1. Récit que m'a fait Del Mazo, ambassadeur à Rome, en mai 1882.
Il avait reçu, indépendamment de la communication d'Olozaga, un troisième et un quatrième télégramme de Benedetti, vers les dix heures et demie et onze heures. Le troisième (de 3 h. 4o) disait : a Le Roi a reçu la réponse du prince de Hohenzollern : elle est du jrr'mce Aritoine et annonce à Sa Majesté que le prince Léopold, son fils, s'est désisté de sa candidature à la couronne d'Espagne. Le Roi m'autorise à faire savoir au gouvernement de l'Empereur qu'il approuve cette résolution. Le Roi a chargé un de ses aides de camp de me faire cette communication et j'en reproduis exactement les termes. Sa Majesté ne m'ayantrien faitannoncer au sujet des assurances que nous désirons pour l'avenir, j'ai sollicité une dernière audience pour lui soumettre de nouveau et développer les observations que je lui ai présentées ce matin. J'ai de fortes raisons de supposer que je n'obtiendrai aucune concession à cet égard. »
Le quatrième télégramme (d'Ems, sept heures du soir) disait : « A ma demande d'une nouvelle audience, le Roi me fait répondre qu'il ne saurait consentir à reprendre avec moi la discussion relative aux assurances qui devraient, à notre avis, nous être données pour l'avenir. Sa Majesté me fait déclarer qu'elle s'en réfère à ce sujet aux considérations qu'elle m'a exposées ce matin. Le Roi aconsenti, aditencore son envoyé, au nom de Sa Majesté, à donner son approbation entière et sans réserve du désistement du Prince ; il ne peut faire davantage. J'attendrai vos ordres
avant de quitter Ems. M. de Bismarck ne viendra pas ici : je remarque l'arrivée des ministres des finances et de l'intérieur. » Gramoiit s'était empressé de porter à l'Empereur, à Saint-Cloud, ces documents importants.
A ma rentrée, après une longue promenade, je trouvai le billet suivant qui m'attendait depuis quelque temps et qu'il avait écrit avant de partir pour Saint-Cloud^ : « Cher ami. Je vais à Saint- Cloud. Encore une nouvelle. lia (le Roi) communiqué la lettre de HohenzoUern et approuvé^ c'est peu. Figurez-vous que je ne me console pas de ce mot de ma réplique de tantôt. Cela me navre de penser qu'on pourrait croire que j'ai voulu vous nuire. C'est si loin de mon cœur et de ma pensée. Tout à vous. » Il faisait allusion aux paroles dédaigneuses sur les bruits de couloir qu'on aurait considérées comme me visant. Le texte des télégrammes de Benedelti n'était pas joint à ce billet. Je répondis immédiatement : « Cher ami, je suis heureux du mot de votre réplique, puisque cela mepermetd'apprécier €t daimer davantage votre cœur. Ne songez plus à cette misère. Je ne trouve pas que le approuvé soit peu, rapproché surtout de la dépêche qu'Olozaga vous a communiquée. Ne vous engagez pas, même vis-à-vis de vous-même, avant discussion entre nous. Tout à vous. »
A Saint-Cloud, Gramont se heurta à Jérôme David, qui y avait dîné. En vérité, on eût dit