‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 102 sur 177 · TuEirscuKE, Ciiiour · texte numérisé non relu

TuEirscuKE, Ciiiour

Nice. Le dialecte niçois n'est qu'une forme du provençal, et la langue officielle était le français non l'italien. Amédée VII, dit le Comte rouge, auquel les Niçois s'unirent était un prince français établi à Chambéry terre française. En 1792, les Niçois n'avaient pas été conquis, ils s'étaient donnés par leurs libres suffrages. Depuis longtemps les Italiens de bonne foi avaient reconnu que les deux provinces n'appartenaient pas à la nationalité italienne, et Mazzini, qui fulminait contre le traité du 24 mars, avait fait de leur abandon à la France un des articles du programme de la Giovine Italia.

N'eussent-elles pas été françaises, nous n'aurions pas pu les laisser entre les mains du Piémont; une raison de sécurité nationale nous l'interdisait. Ouvrez la carte, vous y verrez Turin au centre d'un arc de cercle de près de 150 lieues de développement, d'un rayon à peine de 26 lieues; en peu de temps une ar-

1. Empire libéral, t. III, p. 102. — En I80I, 9 et 10 juin, il y eut au parlement sarde une discussion sur le port franc de Nice. Personne ne songeait alors à l'annexion. Dans cette discussion, le député de NiceDeforesla dit : «Je ne puis taire que par notre situation géographique nous sommes naturellement plutôt inclinés vers la France quoique notice pensée soit sans cesse avec vous, avec notre mère patrie; mais pour venir en Piémont nous devons combattre avec les éléments, traverser trois hautes chaînes de montagne et, quand c'est dans la rigueur de l'hiver, exposer notre vie. Pour rester Piémontais nous devons continuellement vaincre la nature ; si nous ne trouvons pas un appui dans le gouvernement pour résister à la pente qui emporte ailleurs, soyez convaincus que ce sera une question de temps mais que le résultat ne saurait être douteux. »

mée peut se porter à l'une ou à l'autre extrémité de l'arc et menacer soit Toulon, soit Lyon. Mesurez la distance entre Chambéry et notre grande artère ferrée de Marseille à Paris, vous vous convaincrez qu'en vingt-quatre heures une armée pourrait, entre Vienne et Lyon, couper la France en deux. La possession des versants français des Alpes était inquiétante même entre les mains du petit prince de Savoie toujours prêt, l'expérience le démontrait, à devenir par une alliance l'avant-garde d'une grande puissance; elle était intolérable dès qu'il s'agrandissait aussi peu que ce fût. Cliaque fois qu'il fut question de lui donner le petit Milanais, Nice etla Savoie nous étaient attribuées en compensation. Henri IV l'avait stipulé dans son plan de pacification générale; Guillaume III l'avait admis dans son second projet de partage de la succession espagnole; les princes de Savoie ne l'avaient pas contesté dans leurs projets de confédération sous Louis XV. Si, après un agrandissement qui portait à douze millions d'âmes un État de trois millions, en train d'embrasser l'Italie entière, un souverain français n'avait pas exigé les garanties indiscutées contre l'annexion du petit Milanais, il eut mérité d'être passé par les armes.

Concéderons-nous que si la reprise de Nice et de la Savoie se justifiait par des raisons de droit, de sentiment et de sécurité, elle s'est opérée par des moyens déloyaux? Où donc a été la déloyauté? Est-ce dans la promesse de l'Empereur que son entreprise serait désintéressée?

Obtenir de celui qui détient votre bien perdu qu'il vous le rende en retour d'un service capital, ce n'est pas manquer de désintéressement. L'Empereur n'aurait en effet manqué de désintéressement que s'il s'était approprié pour lui ou pour les siens une parcelle quelconque du sol italien ; il n'en eut pas même la tentation. Jamais il n'a pensé au trône de Toscane pour le prince Napoléon et à celui de J\aples pour Murât ; les documents authentiques le démontrent surabondamment; j'en ai reçu mainte fois l'assurance du prince Napoléon. L'ayant interrogé sur les arrière-pensées muratistes que Cavour prête à l'Empereur dans son récit de l'entrevue de Plombières et ailleurs, le Prince me répondit : a Cavour peut dire ce qu'il veut, mais je vous affirme que l'Empereur n'a jamais soutenu ni de près ni de loin les prétentions de Murât sur Naples '. »

Verra-t-on la déloyauté dans les dénégations opposées aux -interrogations indiscrètes des Anglais? D'abord, en principe, on n'est pas tenu d'avouer l'existence d'un traité secret, et elle est vraie la maxime de Metternich, « qu'on ne doit pas la vérité à ceux qui n'ont pas le droit de vous la demander ». Mais, en réalité, chaque fois que l'Empereur ou ses ministres ont nié qu'ils pensassent à Nice ou à la Savoie, leur affirmation était vraie, parce que, à ce moment-là. cette éventualité n'était pas survenue ou s'était évanouie; dès qu'elle a été ouverte ils n'en ont plus fait mystère. Dès le commencement de janvier

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