‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 111 sur 177 · ZiM · texte numérisé non relu

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Garibaldi victorieux se trouvait impuissant à pousser plus loin sa victoire et menacé d'être submergé par le désordre qu'il avait déchaîné ; «i le gouvernement piémontais l'eût laissé à luimême, il se fût certainement effondré. Mais Cavour et le Roi, qui jusqu'alors avaient seulement toléré, se mettent à aider. Ils fournissent des armes, de l'argent, équipent le corps de Medici et de Cosenz et le font escorter par la flotte. La Farina est envoyée Palerme, pour concerter avec l'amiral Persano et le commandant d'Aste la défection de la flotte napolitaine, en promettant à ceux qui arboreront la bannière nationale de leur assurer une brillante carrière. La Farina doit obtenir de Garibaldi le vote immédiat de l'annexion, ce qui le dégagera des affaires de la Sicile et lui permettra de passer dans lesCalabres.

Garibaldi ne demandait pas mieux que d'opérer une descente sur la terre ferme, mais il ne voulait pas entendre parler d'annexion immédiate; il ne céderait la place qu'après l'achèvement de son œuvre révolutionnaire; il entendait rester libre en ses mouvements, n'être gêné par personne dans sa marche sur Naples et sur iiome, et garder sur ses derrières la Sicile comme une base d'opérations dont il serait le maître absolu. La Farina eut l)eau insister, caresser, menacer : il ne l'ébranla pas, il finit même par l'impatienter, par l'irriter, et un soir il se vit saisi et conduit à bord de la Maria- Adélaïde par trois agents de police qui en demandèrent un reçu à l'amiral Persano. L'amiral refusa avec indignation, tout

en gardant La Farina qu'il expédia à Gênes. Cette expulsion souffletait Cavour; cependant il évita Téclat d'une rupture ouverte et consentit à remplacer La Farina par Depretis, mais il retira provisoirement sa main des affaires de Sicile et télégraphia au préfet de Gênes de ne plus rien fournir aux agents de Garibaldi sans un ordre précis, et à Persano d'empêcher son passage sur le continent.

Le baron ilorentin, dont l'orgueil patricien consentait à se soumettre à un roi d'ancienne race, non à devenir le séide d'un aventurier plébéien, frémissait plus encore que Cavour des insolences démagogiques du dictateur. Il n'y avait cependant pas moyen de le combattre; on ne pouvait qu'essayer d'aller plus vite que lui. «. J'espère, écrivait-il, que bientôt le royaume de Naples sautera en l'air; s'il ne le fait pas de soi, il faut l'y envoyer. On ne peut revenir en arrière ni rester immobile, il faut se précipiter en avant avec impétuosité », et cette impétuosité devait aller jusqu'à une déclaration de guerre formelle au roi de Naples. « Nous sommes obligés, répondit Cavour à l'impatient baron, de ne pas rompre avec l'Empereur, sans lequel nous ne pourrions pas supporter une guerre, de temporiser et d'user d'artifice, »

Le sort de l'Italie à ce moment, comme après Villafranca, se trouvait dans les mains de l'Em-

pereur. La terreur de l'Autriche qui, sincèrement ou non, hantait Cavour, n'avait aucun sérieux : à l'intérieur l'empire était en réorganisation complète, ses finances en un désarroi déplorable; Rechberg, était décidé à ne se mêler, ni par une intervention morale, ni par une intervention matérielle, des affaires de l'Italie; il avait pris son parti de l'expulsion des grands-ducs, et il ne se croyait tenu à quoi que ce fut envers le roi de Naples, dont le père avait refusé de devenir son allié pendant la guerre; il ne se préoccupait que de l'éventualité d'une attaque contre la Vénétie; tant qu'elle ne se produirait pas, il ne remuerait pas et on n'avait à redouter de lui que des protestations platoniques'.

La Prusse n'était pas davantage à craindre. Leliégent ne pensait alors qu'à ne pas provoquer la France. A la veille d'un voyage à Saarbruclv, il fit exprimer à notre ambassadeur par Schleinitz le " regret que la précipitation avec laquelle ce voyage avait été décidé ne lui eût pas permis d'organiser une rencontre avec l'Empereur et de préparer convenablement une démarclie aussi importante qui, accomplie sans que l'opinion publique défiante y eût été préparée, aurait augmenté les inquiétudes et les embarras. Cette rencontre était vivement désirée par Son Altesse Royale, et elle pourrait peut-être avoir lieu, si cela convenait à l'Empereur, à la fin do juin, quand le Régent reviendrait de Kœnigsbcrg^. » Thouvenel

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