Schleinitz à Pouitalès, 28 juin
n'y était pas. Au moment de partir, l'Empereur se présenta à l'improviste dans son salon ; le Roi cette fois ne put se dérober. Il fut tellement charmé de sa conversation avec ce Napoléon 111, qu'il avait jusqu'ici considéré comme un être diabolique, qu'il ne cessa depuis d'en chanter le louanges et qu'il en accepta la Légion d'honneur. Dans ces entretiens de Bade avec le Régent et les rois, l'Empereur avait pu se convaincre que, sans a|)prouver ce qui se passait dans le Napolitain, nul, pas même la Russie, quelles que fussent ses sympathies napolitaines, ne songeait à une intervention tant que l'Autriche ne serait pas attaquée en Vénétie, et que quoi que fit Victor- Emmanuel, on le regarderait faire sans remuer. 11 demeurait donc l'arbitre de la situation.
Lors du départ de Garibaldi, Talleyrand avait interpellé Cavour. <( Ilm'a trompé grossièrement, répondit celui-ci, car il m'avait envoyé sa parole d'honneur de ne point prendre part à cette expédition de Sicile. Puisqu'il en est autrement, je dois convenir que son absence diminue beaucoup les embarras du présent. Il était le centre des mécontents, et tant qu'il a été dans le pays je me sentais comme un homme blessé, maintenant je suis comme un homme guéri. » Il lit insérer dans la Gazelle officielle du 1S mai (jue « le gouvernement a désapprouvé l'expédition du général (jiaribaldi et a cherché à l'ompôclier par tous les moyens suggérés par la priubMice et permis par la loi ». La tentative d'attaque dans les Étals
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romains, préparée à Talamone, avait inquiété l'Empereur et lui avait fait suspendre jusqu'à nouvel ordre l'évacuation convenue avec le gouvernement pontifical. Cavour ne s'en étonna pas : (( Comment l'Empereur pourrait-il choisir pour abandonner Rome et le Pape, le moment où la moitié de l'Italie est ou va être en révolution? » Maintenant que l'aventurier, maître de la Sicile, annonçait tout haut son intention de débarquer et d'attaquer Naples et ensuite Rome, l'intérêt français était directement en jeu. L'annexion de l'Italie centrale avait pu être envisagée sans trop de crainte puisque, par celle de ?Nice et de la Savoie, on s'était assuré une garantie contre cette extension. L'annexion probable du royaume de Naples entraînait la constitution définitive de l'unité contre laquelle aucune garantie n'avait été stipulée et ne pouvait l'être. Cette unité, jusque-là perdue dans les nuages lointains, se rapprochait. L'Empereur pouvait l'empêcher en donnant du secours au roi de Naples.
Le jeune souverain l'implorait. Devenu docile aux conseils qu'il avait repoussés jusque-là, il constituait un ministère libéral sous la présidence de Spinelli (25 juin), remettait en vigueur la constitution de 1848, convoquait le parlement, décrétait une amnistie générale, remplaçait le ministre exécré de la police Aiossa par Liborio Romano, avocat en renom de talent et d'intégrité, ordonnait l'évacuation de la Sicile et l'envoi de plénipotentiaires à Turin pour y négocier une alhance. En retour de cette condescendance
qui ressemblait à une soumission, l'Empereur interviendrait-il pour protéger au moins son État de terre ferme?
Le cabinet anglais le déconseillait. Assuré par les déclarations de Cavour que plus un pouce de territoire ne serait cédé à la France et que la Vénétie ne serait pas attaquée, il recommandait le principe de non-intervention : — Sans doute ce serait plus avantageux pour tout le monde que l'Italie format deux groupes amis plutôt que de courir après une unité périlleuse; cependant, s'il convenait aux Italiens d'agir autrement, il n'y avait qu'à les laisser libres de suivre leurs inspirations. — Gortschacow donnait le conseil opposé : « Je suis fort surpris de vos irrésolutions. Que voulez-vous? L'unité de l'Italie ne peut vous convenir. Si vous n'y prenez garde, la Sicile va être livrée à l'Angleterre ; vous n'aviez là qu'un mot décisif à dire, et toute l'Europe aurait été de votre côté. L'Europe donne à un aventurier un bill d'indemnité qu'aucun souverain n'obtiendrait d'elle. La transaction la plus légitime, la plus irréprochable de ces derniers temps, la cession de Nice et de la Savoie à la France, est la seule qui ait été attaquée, et on laisse faire Garibaldi ! Les puissances maritimes devraient avoir des croisières dans les mers de Sicile et arrêter les renforts qui arrivent à (iaribaldi. La Russie est prête à réunir tout ce qu'elle a de bâtiments à sa portée '. »