r)K Mo.NTKHKi.U), l.'i juin IHCiO
L'Empereur ne promit pas le secours matériel; il tenta l'assistance morale. Il pria Cavour de ne pas empêcher par ses menées une entente entre François II et ses sujets et d'accueillir les négociateurs napolitains en route pour Turin. Cavour promit tout ce qu'on lui demanda, et à voir l'empressement cordial avec lequel il reçut les envoyés de François II, le plus incrédule n'eût pu douter de sa sincérité: — Nul ne pouvait suspecter ses bonnes intentions et celles de son roi envers le jeune souverain, qui se rattachait par sa mère à la maison de Savoie ; il était prêt à nouer l'alliance, mais il était obligé de tenir compte des faits accomplis et des aspirations nationales; sous peine de constituer Garibaldi le roi moral -de l'Italie à la place de Victor-Emmanuel, il devait stipuler comme préliminaire d'une entente que, quoi qu'il arrivât des négociations, la Sicile resterait libre de disposer de son sort, et qu'en aucun cas on n'essaierait de la réduire par la force. — Là était le venin : « Si Naples consent, écrivait-il à Ricasoli, le parti municipal, qui désire la conservation d'un royaume autonome, abandonnera un gouvernement qui en sacrifie la plus belle partie; s'il refuse, c'est la rupture, et une rupture ouverte entre Naples «t nous. » En même temps il télégraphiait à son ministre de Naples : « Conduisez-vous en sorte de rendre impossible une transaction du roi avec le parti national, et que Tltalie ne puisse point croire que par complaisance ou faiblesse nous sommes prêts à fraterniser avec le roi de Naples. »
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On voyait à Naples ce qu'on a vu partout, que les concessions in extreinis déshonorent et ne sauvent pas. La liberté concédée ne servait qu'à précipiter une effroyable désorganisation. Ceux qui la détestaient, — c'était le plus grand nombre, — étaient furieux qu'on l'eût accordée; ceux qui l'avaient demandée n'en usaient que pour mieux miner le roi qui s'était confié à eux. Les souvenirs des perfidies royales de 1848, la duplicité sauvage avec laquelle feu Ferdinand s'était vengé de ceux qui lui avaient arraché des institutions libérales, réveillaient une incrédulité invincible. « Il fera comme Bomba, disait-on, ne nous y fions pas. » Déjà la défection se prononçait de tous les côtés. Le commandant de la Veloce, Anguizola, le général Nunziante, quoique enrichi et comblé d'honneurs par les Bourbons, offraient leur concours; l'oncle même du roi, le comte de Syracuse, se proposait moyennant le paiement de ses dettes; Persano annonçait de Palerme le ralliement à peu près certain de la Hotte napolitaine. Garibalfli allait de l'avant : vainqueur une fois de plus à Milazzo (20 juillet), il préparait ouvertement de Messine sa descente dans les Calabres. A Naples même la sécurité matérielle périclitait, elle ne fut assurée que par v\\\q heureuse inspiration de Liborio Romano. Lui aussi
fit de l'ordre avec le désordre, en mettant dans la police tous les coquins de Naples, les camorristes; ce trait lui valut la reconnaissance générale, le porta au ministère de l'Intérieur et le rendit l'homme le plus considérable du gouvernement.
L'Empereur, nonobstant sa patience bienveillante, commençait à trouver qu'on le prenait bien à l'aise avec lui. Talleyrand ne le déguisa pas au Roi qu'il ^'it ce jour-là pour lui notifier la mort du roi Jérôme : il emboucha le thème ordinaire, l'esprit révolutionnaire , les périls qu'il ferait courir à la monarchie piémontaise,etc. « Ah bah! bah! s'écria le Roi du ton gaillard et rodomont qui lui était ordinaire, la révolution, je ne la crains pas; elle ne viendra jamais chez moi. A Naples elle a beau jeu, je l'avoue, mais aussi quel gouvernement ! quelle sottise ! quelle lâcheté ! quelles gens qui s'humilient avec chacun et ne se battent avec personne! Us ne se sont battus ni à Palerme ni à Messine, ils ne se battront pas à Naples, et vous savez que moi je fais peu de cas des gens qui ne savent pas se battre. Tout va là-bas à la diable : il faut s'attendre à de prochaines catastrophes. On me mande qu'il y a de nouveaux mouvements dans la capitale et que les Abruzzes s'agitent. — Tout tombera probablement, répondit Talleyrand, si Votre Majesté ne vient pas en aide, sinon la conflagration s'étendra sur l'Italie entière. — Eh! mon Dieu! on se tire de tout dans ce monde. Il y a quinze jours, j'étais fort agité; je suis allé à la chasse, et maintenant que
mon parK est pris, je regarde les choses tranquillement et je suis prêt à tirer l'épée s'il le faut. Voyons, voyons, ne soyez pas si sérieux, je ne vous aime pas avec cet air-là. Quoi que je vous dise, je ne me refuse pas à faire une tentative. Je viens d'écrire à Garibaldi pour l'engager à rester en Sicile et à ne pas porter la guerre en terre ferme. C'est une idée à moi, Cavour s'y est opposé hier, et ce matin le conseil ma approuvé. Peut-être vous montrerai-je plus tard ma lettre qui part ce soir. Garibaldi m'obéira-t-il? je l'ignore. Ce n'est pas mon ami, mais c'est un fameux soldat. Prendre la Sicile avec 1 oOO hommes et tenir en échec une armée de 150 000 hommes! Ce n'est pas que personnellement j'en veuille au roi François. Avec Ferdinand c'eût été différent; il s'était réjoui des désastres de mon père; je complais bien me réjouir des siens, mais il est mort, mort trop tôt, le misérable ! y> En congédiant Talleyrand, il prit sa main dans les siennes avec une affectueuse familiarité, et, lui reprochant de nouveau l'air sérieux qu'il n'avait pas quitté : « Allons, allons, conservez-moi un peu de bonne amitié, soyez bienveillant pour la cause italienne, et tout ira bien. » Lit lettre à Garil)aldi, que le Roi montra en effet plus lard, disait : « Cher général, vous savez que lorsque vous êtes parti pour la Sicile vous n'avez pas eu mon approbation. Aujourd'hui, dans les graves circonstances du moment, je me décide à vous donner un conseil, connaissant la sincérité de vos sentiments à mon égard. Pour
mettre fin à la guerre entre Italiens, je vous engage à renoncer à l'idée de passer avec votre troupe valeureuse sur le continent napolitain, pourvu que le roi de Naples s'engage à évacuer l'île entière et à laisser les Siciliens libres de discuter et de statuer sur leur sort. Je me réserverais toute liberté d'action à l'égard de la Sicile dans le cas où le roi de Naples ne voudrait pas accepter cette condition. Général, pesez mon conseil, et vous verrez qu'il est utile à l'Italie, à la reconnaissance de laquelle vous pouvez acquérir de nouveaux droits en montrant à l'Europe qu'en sachant vaincre vous savez faire bon usage de la victoire. » Le 27, de Milazzo, Garibaldi répondait : « Sire, Votre Majesté sait de quel respect et de quelle affection je suis pénétré pour sa personne et combien je désire lui obéir. Mais Votre Majesté doit comprendre dans quel embarras me mettrait aujourd'hui une attitude passive vis-à-vis des populations du continent napolitain, que je suis obligé de retenir depuis si longtemps et auxquelles j'ai promis mon appui immédiat. L'Italie me demanderait compte de cette attitude, et il en résulterait un mal immense. Au terme de ma mission, je déposerai aux pieds de V^otre Majesté l'autorité que les circonstances m'ont conférée, et je serai bien heureux de lui obéir tout le reste de ma vie. Avec affection, son très dévoué. »
Persuadé de l'inutilité de ses efforts à retenir Garibaldi en Sicile, Cavour change de tactique : il avait d'abord dissuadé, puis toléré, puis aidé.
il s'efforcera maintenant de devancer. 11 télégraj)hie à Persano : « Si iasci fare a Garïhaldï : laissez-le passer, seulement essayez de le retarder, allez à Naples avec votre escadre, abouchez-vous avec Villamarina. Je vous envoie un million, les généraux Mezzacapo et Ribotti , des hommes d'aclion intelligents et décidés, Nisco et Devincenzi; des bersagliers et des artilleurs que vous répartirez nuitamment sur vos navires ; tâchez de voir Liborio Uomano, qu'on dit bien disposé, et avec toutes ces ressources fomentez un soulèvement qui oblige le roi à fuir sa capitale et vous permette d'organiser un gouvernement provisoire, soit avec Liborio Romano si vous l'y décidez, soit avec le comte de Syracuse, en manœuvrant toutefois de façon que vis-à-vis de rEuro|)e cela paraisse un acte spontané. Si, à son arrivée, Garibaldi trouve un gouvernement institué au nom de Victor-Emmanuel, tout est sauvé, sinon la situation sera très grave. En avant et courage ! »
Persano se met à l'œuvre, envoie des émissaires dans les provinces, débarque des armes, s'abouche avec Liborio Romano. 11 ne lui donne pas de l'argent, mais force compliments. Ce (jalanluomo se laisse convaincre qu'il y a du patriotisme à livrer son roi : « Je suis avec vous, leur dit-il, en lui serrant très fort la main; seulement ma situation m'oblige à tergiverser; faites revenir Nunziante, on ne peut rien tenter sans lui. ►> Nunziante, alors réfugié en Suisse, arrive, se cache dans une maison à l'extrémité de la ville,
et essaie de réunir dans le Champ de Mars le plus grand nombre de soldats de son ancien bataillon de chasseurs; mais il n'en \ient aucun, et il ne trouve personne à qui remettre les armes dont on Ta pourvu. « Quoique la monarchie des Bourbons soit pire qu'un cadavre, personne n'ose la regarder en face, toutes les incitations venues de Turin sont inefficaces, ce peuple attend d'être conquise » Nulle haine véritable contre les Bourbons, ni aucun amour de l'unité et de l'indépendance de la patrie ; une seule passion, la curiosité de voir cet homme rouge devant lequel s'enfuyaient les armées. Cavour a beau s'égosiller à crier de Turin : En avant ! aucune de ces « poules mouillées » n'étend ses ailes; Villamarina luimême n'est guère fringant ; les seuls conspirateurs décidés sont les partisans de Garibaldi, et ils ne veulent pas que la révolution éclate avant l'arrivée de leur héros, afin qu'il en ait le mérite et la force. La ressource du soulèvement faisant défaut, on recourt à celle de la trahison : puisqu'on ne peut contraindre par l'émeute le roi à s'éloigner, il faut l'y amener par les conseils. Liborio Bomano s'en charge. Il adresse une belle lettre au roi : « Toute confiance est désormais impossible entre le prince et le peuple ; l'armée elle-même partage la défiance générale; la marine est en pleine dissolution ; une résistance à outrance ferait couler des fleuves de sang et ne réussirait pas. Que Votre Majesté s'éloigne pour quelque
\. Lafarina à Cavour.
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temps du pays et du palais de ses ancêtres, qu'elle attende de l'avenir et de la justice de Dieu le triomphe de ses droits légitimes. Si le roi repousse ces conseils, le ministère ne pourra conserver ses fonctions. » Le comte de Syracuse appuie : « Sire, sauvez votre maison de la malédiction de toute l'Italie, déliez vos sujets du serment d'obéissance, sacritiez-vous à la grandeur de l'Italie. >> Dans son angoisse, François II adresse à Napoléon III un nouvel appel désespéré : « Il avait suivi ses conseils il n'avait plus d'espoir qu'en lui. »
Libre d'écouter les inspirations généreuses de son cœur, ISapoléon III ne fût pas resté sourd à cet appel; mais il s'était rivé à l'Angleterre, et ne voulait agir que de concert avec elle en Italie. Or acharné à se venger de son échec de Savoie, dont son amour-propre ne prenait pas son parti, Russell suivait à l'égard de l'Empereur la marche tortueuse de Cavour à l'égard du roi de Naples. Il lui promettait d'appuyer ses conseils de modération, et il engageait les Piémontais à ne pas les écouter. « Lord CoNvley, disait Talleyrand à Cavour, ne manque pas à Paris une occasion de proclamer que l'annexion de la Sicile lui paraît aussi impossible en soi que contraire au voni des populations. — Eh bien ! répondait Cavour, sir James Hudson me dit exactement le contraire,
et c'est lui qui me pousse à aller de l'avant et jusqu'au bout. »
Une circonslance nouvelle ravivait le mauvais vouloir du cabinet anglais. Des massacres horribles, commis dans le Liban sur les Maronites, les Français d'Orient, avec la complicité ou la tolérance des autorités turques, menaçaient d'exterminer les campagnes et les villes; sans l'héroïque dévouement d'Abd-el-Kader, des milliers de chrétiens eussent péri à Damas. L'Empereur, d'un mouvement spontané, envoya sa flotte avec ordre de débarquer. Cela ne suffisant pas, il prépara un corps de sept mille hommes sous le commandement du général de Beaufort, et convia les grandes puissances à une entente, en offrant à l'Angleterre d'unir ses troupes aux nôtres, comme en Chine. Gortschacow envoya une adhésion empressée : « il verrait sans jalousie, avec confiance et plaisir, notre drapeau flotter sur ces parages de préférence à tout autre >). Russell refusa ses troupes, et subordonna son assentiment au départ des nôtres à des conditions défiantes : l'engagement de signer au plus tôt une convention avec les cinq puissances et la Porte, la limitation de notre occupation à six mois. Il eût même voulu subordonner notre action militaire à une réquisition du commissaire de la Porte. L'Empereur trouva que c'était trop et refusa de se placer sous la férule d'un Turc.
La condescendance envers la Russie accrut l'aigreur anglaise. Lavalette avait proposé d'ouvrir les détroits, afin que les puissances pussent inti-
mider la Porte en faisant paraître leur pavillon à Constantinople. Gortschacow répondit qu'il l'eût fait volontiers si la Russie avait encore des vaisseaux dans la mer iNoire^ mais dans la situation que lui avait faite le traité de 1836, la fermeture des Détroits est la seule garantie qui lui reste pour la sécurité de cette partie de son empire ; il ne saurait consentir à la suspension, même momentanée, de cette règle tutélaire. Qu'on revise le traité ! La Russie n'en prendra pas l'initiative, mais elle ne demande pas mieux ; tant que cela ne sera pas fait chacun doit respecter les règles établies. — L'Empereur, se rendant à ces objections, n'accueillit pas la suggestion de Lavalette : au contraire, il appuya l'addition proposée par Gortschacow d'un article, qui resterait secret si on le voulait, et par lequel « les puissances s'engageraient, d'accord avec la Turquie et conformément à ses promesses solennelles, à ce que la situation des chrétiens fut réellement améliorée, et qu'il fût remédié aux intolérables abus et que le retour en fût empêché par des mesures administratives organiques ». Russell déclara qu'il faisait du rejet de l'article russe la condition sine qiia non de la signature de la convention. Thouvenel obtint du moins, ce qui parut encore trop à l'Anglais, que l'article additionnel rejeté serait reproduit dans un protocole. La convention fut signée le 5 septembre 1860.
On devine l'accueil que reçut à Londres, en une telle recrudescence d'ombrage, la proposition de Thouvenel d'empèchcr (iaiibaldi de
franchir le détroit. On ne pouvait cependant reprocher à cette proposition de violer le principe de non-intervention, car nous serions venus le sauvegarder en écartant des Piémontais, et à plus forte raison des Français, des Suisses, des Anglais, des Hongrois, qui se mêlaient sans droit des affaires du roi de Naples et de ses sujets. Si des bandes américaines, conduites par quelques Irlandais, avaient préparé un débarquement sur les rivages d'Eryn, Russell l'aurait-il toléré sous prétexte de non-intervention? mais il n'y a rien de plus accommodant que la conscience des hommes qui font profession de rigidité : nous l'avons déjà vu par Ricasoli ; Russell nous le démontre à satiété dans ces mêmes affaires ^ Quand Garibaldi parlait d'envahir la Vénétie, terre aussi italienne au moins que Naples, avec ses Hongrois, ses Français, ses Suisses, ses Piémontais, accrus de quelques Vénitiens, Russell se récriait : « Ce serait une intervention illi-
1. A en croire ce que Cobden écrit à son ami Gilpin (28 mars 1858), ce travers ne serait pas particulier à John Russell : « Que nous sommes un peuple prétentieux et hypocrite dans nos rapports avec le monde extérieur ! Nous iDUimons (^t nous menaçons le roi Bomba parce qu'il ne gouverne pas ses lazzaroni d'après nos idées constitutionnelles ! Mais si vous proposez d'appliquer notre amour de la liberté à nos sujets de l'Inde, la Chambre vous répond par des « Oh! « oh! » Et pourtant vous obtiendriez sans peine les applaudissements de celte même Chambre en lui offrant de mettre en Amérique et à Cuba les esclaves sur le même niveau politique que leurs maîtres. Notre nation éprouvera un jour de terribles revers si elle ne fait pas de progrès dans la science du Self-Knowledge. »
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cite, contraire à l'honneur, une violation intolérable du droit des gens ; le roi de Sardaigne en porterait la peine, dût-il y perdre la Lombardie. » Ce qui est illicite et contraire à Thonneur au Nord devient cependant admissible et légitime au Midi, dès que cela est désagréable à l'Empereur et profite à un aventurier qui se déclare tout haut son ennemi. On compte quelques Italiens dans la bande d'envahisseurs, c'est donc une affaire de famille entre Italiens dont personne ne doit se mêler; si l'armée et le peuple de Xaples étaient attachés à leur roi, Garibaldi serait défait; s'il trouvait bon accueil, l'arrêter serait intervenir dans les affaires intérieures de Naples et prendre la responsabilité de la contrerévolution qui suivrait l'éloignement de Garibaldi. Le rogue personnage n'allait pas jusqu'à défendre à l'Empereur d'intervenir seul, mais il le menaçait de l'expression publique de son mécontentement (2() juillet). Malgré loutrecuidance de ce langage, l'Empereur ne voulut pas augmenter la tension des rapports, grelfer une nouvelle difficulté sur celle de Syrie : le roi de Naples fut sacrifié aux chrétiens d'Orient.
L'Empereur poussa plus loin la condescendance jjacifique. Dans une lettre à Persigny rendue pui)lique, il demande en quelque sorte grâce. « Lord Palmerston me connaît, et quand j'affirme une chose il me croira. Et bien! vous pouvez lui dire de ma part, de la manière la plus formelle, que depuis la paix de Villafranca je n'ai eu (ju'une pensée, qu'un but, c'était d'inau-
gurer une nouvelle ère de paix et de vivre en bonne intelligence avec tous mes voisins et principalement avec l'Angleterre; j'avais renoncé à la Savoie et à Nice : l'accroissement extraordinaire du Piémont me fit seul revenir sur le désir de voir réunies à la France des provinces essentiellement françaises. » — Il se défend d'augmenter démesurément les forces militaires de la France, il s'efforce seulement de remédier aux côtés défectueux révélés par les dernières guerres. Il évacuera Rome dès que la sécurité du Pape sera assurée : il ne fait l'expédition de Syrie qu'à son corps défendant, parce que l'opinion publique de son pays l'exige. Il l'a dit en 1852 à Bordeaux, et il le dit encore aujourd'hui : il y a là de grandes conquêtes à faire, mais en France. Il y a là un champ assez vaste ouvert à son ambition et qui suffît pour la satisfaire : « Il m'a été difficile de m'entendre avec l'Angleterre au sujet de l'Italie du (^QwiYQ parce que j'étais engagé par la paix de Villafranca. Quant à l'Italie du Sud, je suis libre d'engagements et je ne demande pas mieux que de me concerter avec l'Angleterre sur ce point comme sur les autres; mais, au nom du ciel, que les hommes éminents placés à la tête du gouvernement anglais laissent de côté les jalousies mesquines et les défiances injustes. Entendons-nous loyalement comme d'honnêtes gens que nous sommes, et non comme des larrons qui veulent se duper réciproquement. — En résumé, voici le fond de ma pensée : je désire que l'Italie se pacifie, n'importe comment, mais sans inter-
vention étrangère et que nos troupes puissent quitter Rome sans compromettre la sécurité du Pape. Je souhaiterais beaucoup ne pas être obligé de faire l'expédition de Syrie et dans tous les cas de ne pas la faire seul, d'abord parce que ce sera une grosse dépense, ensuite parce que je crains que cette intervention n'engage la question d'Orient; mais d'un autre côté, je ne vois pas comment résister à l'opinion publique de mon pays qui ne comprendra jamais qu'on laisse impuni non seulement le meurtre des chrétiens, mais l'incendie de nos consulats, le déchirement de notre drapeau, le pillage des monastères qui étaient sous notre protection'. » Qui ne sera touché de l'accent sincère de celte protestation? Son seul défaut est d'être trop humble. Plus d'un ami de Napoléon III en jugea ainsi. « Je n'ai pas été très content, dit Persigny à iMérimée, de la lettre de l'Empereur. Il me semble que mieux eût valu ne rien dire du tout ou leur dire seulement ce que je leur répète tous les jours, c'est qu'ils sont bien bêtes. »