TuRR, hiposla alCopmcolo Bertani, « Ire d'OKre tomba
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des provinces de l'Italie centrale ou méridionale qui manifesteraient librement, par le suffrage direct, la volonté des populations de faire partie de la monarchie constitutionnelle (11 octobre).
Le Roi accompagné de Farini se dirigea avec son armée vers Naples avant le vote de l'annexion, afin d'obliger Garibaldi, à l'ordonner. 11 prévint l'Empereur par une dépêche laconique : « Regrettant de n'avoir pu avertir d'avance Votre Majesté, je pars pour passer dans les États de Naples atîn d'empêcher la proclamation de la république. » Il s'annonça aux populations par un manifeste qui tour à tour remerciait et flagellait Garibaldi : « Toute l'Italie a craint qu'à l'ombre de mon drapeau, d'une glorieuse popularité et d'une probité antique , ne se reconstitue une secte prête à sacrifier le triomphe national prochain aux chimères de son ambitieux fanatisme... Mes troupes s'avancent pour rétablir l'ordre. »
La sommation de se soumettre arrivait donc à Garibaldi à la fois de Cavour et du Roi. Il se débattit plusieurs jours, comme un homme blessé à mort se cramponne avant de tomber, tantôt se préparant à résister, tantôt se résignant à reculer; à la fin, le peuple, lassé, se mit de la partie, et, un si à son chapeau, se répandit dans les rues aux cris de : « A bas Crispil à bas Mazzini! » Pallavicino menaça de se retirer; Tïirr présenta une pétition couverte d'innombrables signatures. — Si tel est le désir du peuple napolitain, dit le dictateur, il sera satisfait. — Et il convoqua les
électeurs à un plébiscite (13 octobre). Toutefois, en cédant, il veut faire mine de prépolence révolutionnnaire, il décrète lui-même, de son autorité dictatoriale, sans attendre le vote qu'il sollicite, cette annexion à laquelle il s'est jusque-là refusé. « Les Deux-Siciles, qui doivent leur rédemption au sang italien forment partie intégrante de l'Italie une et indivisible sous le roi constitutionnel Victor-Emmanuel. » (15 octobre.)
Le jour du vote (21 octobre; une écume de bandits armés jusqu'aux dents parcourt les rues, dénonçant comme des traîtres ceux qui voteraient non. Autour d'une urne vide on avait disposé deux paniers, l'un plein de s/, l'autre de no, l'électeur choisissait publiquement devant la garde nationale et devant la foule. Ceux qui avaient l'héroïsme de choisir le no s'exposaient tout au moins à des injures et parfois à un coup de stylet'. Il y en eut 667 contre 439 000. Ce
1. Elliotà Lord Russell, 16 octobre 1800 :<■ ...Le vote, se fera par le sunruee universel, et bien que l'on ailecte de parler du scrutin secret, ou s'est arrangé de façon que chaque votant soit connu, et que l'opinion publique soit à même de se porter sur lui. Je n'appréhende pas qu'en aucune circonstance la proportion des votes négatifs eût jamais été bien considérable, mais avec les arrangements (ju'on vient de prendre on a encore réduit leurs chances. Il y a encore, notamment dans la capitale, beaucoup de personnes, formant une t;rande portion des classes éclairées, qui eussent préféré que Naples formât un royaume séparé, jjourvu (ju'ils fussent à l'abri du retour de la dynastie des Bourbons. Mais, d'après les termes du plébiscite, ils sont obligés de donner ou im vote afllrmatif pour l'unité sous le roi Victor-Emmanuel, ou un vote négatif, qui inipli(iuerait simplement le maintien de l'état
plébiscite sans liberté, sans sincérité, n'était qu'un déguisement hypocrite de la conquête^ Bien autres avaient été les plébiscites de l'Italie centrale, ceux-là vraiment libres et sincères.
Ce n'était pas de la parade plébiscitaire organisée à Naples, que le Roi avait souci au milieu de son armée. 11 attendait avec impatience de savoir comment les puissances accueilleraient son équipée. L'approbation de l'Angleterre fut entière; Russell, d'arrogant fauteur de la domination autrichienne devenu chaud promoteur de l'indépendance nationale et des droits des peuples, déclara « que les populations de l'Italie méridionale avaient d'excellentes raisons de résister à leur gouvernement, et que l'Angleterre ne pouvait blâmer le roi de Sardaigne d'avoir accordé son assistance à ces populations, ni approuver le blâme que les autres puissances avaient jeté sur ses actes ». La réponse de la Prusse, sans être aussi approbative, ne fut pas hostile. Elle ne blâma qu'avec des atténuations qui ressemblaient à des pressentiments : le ministre prussien de Turin ne fut pas rappelé, malgré les vives instances qu'on fît auprès de Schleinitz. Il
xictuel de désorganisation dont tout le monde a hâte de sortir, et beaucoup de ceux qui sont séparatistes au fond du cœur donneront en conséquence un vote affirmalif. » 1. Voir Empire libéral, t. I^'', p. 169.
GAKIBALDI A NAPLES. i'.).}
y avait, répondit-il, une analogie trop frappante entre le rôle du Piémont en Italie et celui de la Prusse en Allemagne, pour qu'il ne tînt pas compte de la situation délicate du roi Victor- Emmanuel
A Popoli, le 19, le Roi reçut des informations moins satisfaisantes : le Tsar avait rappelé sa légation; l'empereur d'Autriche, après avoir' fait des concessions aux Hongrois en vue de les désarmer, renforcé ses troupes dans le quadrilatère et mis à leur tète l'archiduc Albert, assisté de Benedek comme chef d'état-major, allait se rencontrer dans peu de jours à Varsovie avec le Tsar et le Régent pour concerter un plan d'attaque contre le Piémont. Cavour, toujours prompt à grossir les espérances ou les craintes, croyait le moment des mesures graves arrivé. Il se réconciliait avec son ancien ami le général La Marmora, écrivait à Persano de tenir son escadre prête à partir pour l'Adriatique, de faire une levée forcée de marins et de prier même Garibaldi, si une attaque avait lieu, d'arriver avec deux de ses divisions sur le Mincio.
Le Roi en une telle incertitude n'avançait qu'à petites journées, non sans faire exécuter en route quelques-uns de ses futurs sujets, qui, par excès d'amour, l'accueillaient à coups de fusil'. Il est vrai que les évêques continuaient à le bénir ; celui de Salmona ajouta à VOrenit/s : Vitforio Einniannele, re nostro. Pour tromper l'attente, il brù-
1. SoLAROLi, Diario, 22-23 octobre 1860. — Carlo Tivaroni, t, II, p. 3:>.H. — Dkixa Hooca, t. II, p. 7:1.
lait de se battre un peu, mais impossible d'aborder les Napolitains : ils étaient en perpétuelle retraite, on ne voyait que leurs dos. Au moment où on allait les atteindre sur le Volturne, ils reculèrent au Garigliano. Enfin, à défaut des Napolitains, Victor-Emmanuel rencontra leur vainqueur, Garibaldi.
Ce fut le 26 octobre, à Quadriglia, non loin de Teano, le général était à cheval avec sa chemise rouge et son béret, son manteau gris et un ample foulard rouge flottant au cou. Il leva son chapeau, cria : « Vive Victor-Emmanuel! » et s'avança. Le Roi, à cheval aussi, lui tendit la main, sans se découvrir, disant : « Je vous salue, mon cher Garibaldi, comment ètes-vous? — Très bien, fit Garibaldi, et Votre Majesté? — Bien. » Et ils se mirent à chevaucher l'un à côté de Fautre. Garibaldi dit qu'une bataille étant imminente vers le Garigliano, il demandait l'honneur de diriger cette prochaine rencontre. Le Roi répondit : «Vous vous battez depuis longtemps, à moi maintenant ; vos troupes sont fatiguées, les miennes sont fraîches, restez en réserve. » Ils se séparèrent à Teano. Le Roi n'invita pas même à sa table l'homme qui lui avait conquis un royaume; il le laissa déjeuner seul dans un coin, avec du fromage, du pain et de l'eau.
« On me met à la queue » , dit-il tristement à ses amis. En effet, le général Délia Rocca fut chargé d'aller prendre sa place devant Capoue, dont il s'empara en trois jours. Et le Roi se remit à courir après les Napolitains. Ils ne tinrent pas
plus derrière le Garigliano qu'ils n'avaient fait derrière le Yolturne. Ils se retirèrent sur Gaëte. Le Roi était exaspéré : « Ils ne veulent absolument pas se battre ! » Aiin de les y contraindre le génie et la marine allaient jeter un pont à l'embouchure du Garigliano, quand notre amiral Le Barbier de Tinan vint se mettre en bataille en face des navires piémontais, déclarant qu'il les coulerait si on ne suspendait pas toute opération entre le Volturne et Terracine. « Je suis sûr que c'est de son cru, écrivait Victor-Emmanuel, car je suis sûr que l'Empereur n'a pas de ces idéeslà. » Et il ne se trompait pas. L'amiral n'avait pas compris ses instructions. On ne l'avait pas envoyé pour qu'il intervînt, ce qui eût été bien tardif, et encourageât le roi de Naples dans une lutte dont l'issue n'était que trop certaine; sa mission était simplement d'humanité ; on supposait que François II, renonçant à une résistance sans espoir et abandonnant Gaëte comme il avait abandonné sa capitale, nos vaisseaux devaient recueillir son infortune et le soustraire à l'amertume d'une capitulation. Dès que l'Empereur eut été informé de l'erreur de son amiral, il lui prescrivit de ne pas gêner les opérations piémonlaises et de se contenter de croiser dans la rade de Gaëte en empêchant le blocus par mer de la place (2 novembre).
L'armée napolitaine prise de flanc par la flotte s'enfuit « honteusement' ». Le l{oi, accouru sur
1, Victor-Emmanuel à Délia Rocca, AiUobioijrafUi, t. Il, p. 87.
les lieux, demande à un de ses officiers : « Combien étiez vous? — Sept mille. — Et eux? — Plus de vingt mille. — Quand se battront-ils donc? — Jamais. »
Fanti les débusqua sans résistance du môle de Gaëta. Menacés d'être coupés, ils passèrent au nombre de dix mille à Terracine sur le territoire pontifical. Le général de Goyon ordonna par le télégraphe de les obliger à se rendre et à déposer leurs armes. « Ces canailles de Français, s'écria Victor-Emmanuel, m'en font une grosse; c'est une conduite indigne ; ils ne devaient pas m'enlever tant d'hommes et surtout tant de matériel! » L'Empereur désapprouva le général de Goyon, fit rendre le matériel, mais non les hommes ni les chevaux.
Le Roi dit à ses généraux : « .le suis fatigué de courir après des gens qui fuient toujours ; je m'en vais à Naples; vous ferez, vous autres, à votre aise, ce qu'il faudra faire. » Les nouvelles arrivées sur les résultats de l'entrevue de Varsovie lui permettaient, non moins que la couardise des Napolitains, de s'avancer sur Naples.