‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 121 sur 177 · A Persano, 26 octobre 18fiO · texte numérisé non relu

A Persano, 26 octobre 18fiO

la fête de l'empereur Alexandre, il avait chargé l'ambassadeur de Russie d'exprimer son vif désir d'une entrevue à Varsovie. Le Tsar fît répondre immédiatement qu'il serait le bienvenu (12 septembre). — A peine la nouvelle répandue dans le public, on parla de coalition et de Sainte-Alliance. Le Tsar voulut lui-même nous rassurer; il manda notre ambassadeur et lui dit : <^ Je veux m'expliquer avec vous-même sur les dispositions que j'apporterai à Varsovie ; elles seront amicales pour la France; ce n'est pas de la coalition que je vais faire, c'est de la conciliation; le Prince Régent, et j'en suis heureux, est dans les mêmes sentiments. Quant à moi je désire plaider votre cause pour peu que vous m'en facilitiez les moyens. Dites à l'Empereur qu'il peut avoir confiance en moi et que je resterai fidèle à ce que nous nous sommes promis à Stuttgard. — Puis, après un moment de silence, il ajouta avec une émotion contenue : « La visite que va me faire l'empereur d'Autriche m'était due ; il couchera dans la chambre qu'il a occupée autrefois auprès de mon père. »

Napoléon III répondit à cette invite par un mémorandum de Thouvenel (2o septembre) et par une lettre autographe (20 octobre). Le mémorandum ne se lançait pas dans les hypothèses plus ou moins problématiques, il se restreignait très liabilement à la seule question urgente : la probabilité d'une attaque de la Vénétie par le Piémont. Il se réduisait à deux déclarations catégoriques : la France ne donnerait aucun appui au

LENTREVUE DE VARSOVIE. noi

Piémont : mais quoi qu'il put advenir, elle ne laisserait pas détruire les conventions de Zurich et reprendre la Lombardie. — La lettre de l'Empereur confirmait cette note de son ministre : « Monsieur mon frère, d'après le désir de Votre Majesté, je me hâte de lui dire que j'accepte complètement les idées et les propositions contenues dans la note de M. de Thouvenel, mais Votre Majesté n'oubliera pas que tout le raisonnement de la note est basé sur la supposition d'une attaque des Piémontais contre la Vénétie. En effet,. quoique je déplore vivement la conduite du roi Victor-Emmanuel, je persiste à croire qu'aujourd'hui une intervention autrichienne produirait un effet tout contraire à celui qu'on en attend. L'opinion publique, lasse des empiétements du Piémont, se retournerait contre l'Autriche. La France se verrait forcée d'invoquer avec l'Angleterre le principe de non-intervention, enfin je ne saurais répondre de toutes les complications qu'amènerait une semblable résolution. Si, au contraire, l'empereur d'Autriche a lu patience d'attendre qu'il soit attaqué dans ses possessions par le Piémont, et malheureusement la force des choses doit amener ce résultat, alors la question italienne se trouvera retournée. Tout le monde donnera raison à l'Autriche. Le Piémont restera seul abandonné à lui-même et la France ne le soutiendra nullement, pourvu toutefois que les conséquences de la paix de Villafranca ne soient pas compromises. — En résumé Sire, voici toute ma pensée : je ne crois aucune

intervention possible qu'avec le consentement de l'Europe réunie en congrès. Demain peut-être l'Autriche sera attaquée, et alors je suis décidé à ne point soutenir le Piémont dans son injuste agression. J'espère que Votre Majesté verra dans ce langage le désir que j'ai de voir la confiance et la paix se rétablir en Europe. »

Les souverains se trouvèrent réunis le 22 octobre. Il y eut plusieurs conversations, une seule conférence. Rechberg essaya d'introduire la question d'Orient; il crut qu'il conquerrait le Tsar en parlant de l'abrogation des clauses blessantes du traité de I806. Gortschacow lui répondit que son maître ne voulait entraver par aucune question personnelle son œuvre de conciliation et qu'il ne parlerait pas de l'Orient. Il a prétendu avoir déjoué aussi un projet de coalition qu'au rait nourri l'Autriche. Je crois qu'il se vante.

François-Joseph n'en demandait pas tant, son langage était* plus simple et plus raisonnable : il prenait acte des déclarations de la lettre de l'Empereur^que le Tsar lui communiqua, renouvelait les siennes de ne pas songer à une agression, et il ajoutait « qu'une position dans laquelle l'assaillant serait garanti contre tout risque, tandis que l'assailli ne pourrait tirer parti de ses succès, serait inique, de nature, si elle était connue, à décourager son armée et encourager le Piémont

Page 1