A Persano, 7 seplenihre
celle de Naples, pas un mot de Garibaldi. De retour à Naples, Victor-Emmanuel reçut les plébiscites des Marches et de l'Ombrie, ordonna l'investissement étroit de Gaëte, et le lendemain de Noël regagna sa capitale.
La reddition de Gaëte n'était qu'une affaire de jours. L'investissement par terre avait commencé le 13 novembre, mais il était inefficace tant que la flotte française maintenait les communications par mer. Les instances en sens contraire arrivaient à l'Empereur : « Le gouvernement de Sa Majesté espère bientôt apprendre que la France aura quitté Gaëte », faisait dire John Russell (24 décembre;. « Nous éprouverions une vive satisfaction, faisaient dire le Tsar, le Prince régent, l'Empereur François-Joseph, si la flotte française ne se retirait pas (18 décembre). » Aux uns et aux autres l'Empereur fit répondre : « Je n'ai pas envoyé ma flotte pour protéger une cause politique et intervenir dans des opérations militaires dont nous sommes décidés à nous tenir éloignés. J'ai doiHK' une preuve de sympathie personnelle au roi François II en l'empêchant d'être surpris à l'improviste dans la place où il s'est réfugié. » — Il conseille au Roi de ne pas s'obstiner à une lutte dont les chances sont devenues très inégales; il a satisfait à l'honneur, il peut maintenant, en emportant l'estime univer-
selle, faire cesser une effusion inutile de sang. — François II, redevenu véritablement roi à cette dernière heure de son règne, répliqua : « Mon droit est maintenant mon seul patrimoine, et je suis prêt pour le défendre à m'ensevelir sous les ruines fumantes de Gaëte. » — Maintenir la flotte après cette déclaration, c'eût été se prononcer pour une résistance à outrance que l'Empereur n'avait jamais entendu encourager. La flotte s'éloigna (19 janvier 1861), mais l'aviso la Mouette demeura à Naples, prêt à accourir au premier appel du Roi. Tous les ministres étrangers, sauf celui d'Espagne, quittèrent Gaëte. Le Roi eût voulu que la reine Marie-Sophie de Ravière les suivît. Elle refusa : elle resterait pour être la sœur de charité des malades et des blessés et donner à tous l'exemple de la fermeté et du courage.
Quelques défections se produisirent encore parmi les officiers et les soldats, mais une dizaine de mille restèrent inébranlablement fidèles. Parmi ceux-là un général du génie. Traversa : jadis offensé, persécuté par les Rourbons, il vint, contre-partie des Nunziante, se venger en se rangeant auprès de son souverain trahi. La mer libre, Persano compléta l'investissement; sous la direction active et intelligente de Cialdiîii et Menabrea, les travaux marchèrent vite et la place ne tarda pas à être réduite. M. de Piennes vint à Gaëte porter une lettre de Flmpératrice. Cialdini le laissa courtoisement entrer dans la place. Il en rapporta le message verbal
suivant pour Gramont : « Dites au duc que je lui demande instamment de me faire connaître la vérité de la situation. S'il existe encore pour moi une chance d'être secouru, soit par les souverains, soit par les circonstances, je puis prolonger ma résistance pendant quatre ou cinq semaines. S'il n'y a aucune chance de secours, absolument aucune, alors cette résistance, je le sens, devient inutile, et peut-être mon devoir est-il d'y mettre un terme. Dites-lui que je fais appel à son honneur. Ce n'est plus le roi de Naples qui s'adresse à l'ambassadeur, c'est François de Bourbon qui demande à. un gentilhomme français de lui parler sans détours et qui place sa confiance dans la parole de celui qu'il consulte. » Il avait remis au messager une série de cinq chiffres signifiant : il n'y a plus d'espoir, et une autre signifiant : il y a espoir d'être secouru. «■ Je vous en conjure, écrivait Gramont à Tliouvenel, que le message que je transmettrai au Roi, si je dois en transmettre un, soit en mon âme et conscience la sincère expression de la vérité. Si je venais à découvrir plus tard, que par des raisons politiques, j'ai, sans le savoir, induit le Hoi en erreur, cela ferait le désespoir et la honte de toute ma vie. »
Le Hoi n'attendit pas la réponse. De minute en minute la situation devenait intenable. Sous un i)onihardement terrible le typhus ravageait les troupes; il capitula (l.'i février 18()1). Le siège avait duré quatre-vingt-dix jours. Militairement on se conduisit avec chevalerie des deux côtés.
Le commandant de la place ayant abusé d'un armistice pour réparer des brèches, le Roi le destitua. Cialdini offrit de recevoir dans ses hôpitaux les soldats blessés ou malades qui ne pouvaient être convenablement soignés dans la place assiégée, sengageant à les y renvoyer dès qu'ils seraient guéris.
Le 14 février au matin, pendant que les troupes de Victor-Emmanuel prenaient possession de la ville du côté de la terre, le Roi, la Reine et une petite suite, entre une double file de soldats émus, salués par le canon du dernier fort encore non occupé, s'embarquèrent sur le navire français XdiMouette. Ils se rendirent à Rome, au palais Farnèse. Gramont s'empressa d'aller saluer François II et de se mettre à sa disposition. « Dans la limite de ce que je pourrai, lui dit-il, je suis prêt à vous servir comme si j'étais un de vos ministres. — Oh! non, non, pas comme mes ministres », interrompit vivement le Roi.
Notre ambassadeur ne fut pas édifié de ses relations avec l'émigration napolitaine : « Le petit nombre de iNapolitains qui sont à Rome y ont apporté avec eux toutes les déplorables habitudes de duplicité et de dégradation morale sous lesquelles la dynastie de François II a sombré, et maintenant que je vois de près leur vie et leurs sentiments, je comprends cette déroute et cet atlaissement*. »