A Piscatory, 22 novembre
contribué davantage à obscurcir sa renommée. On s'est refusé à admettre qu'après tant de promesses de protéger les États du Pape et surtout les Marches et TOmbrie, ses troupes étant à quelques étapes de la frontière, l'invasion piémontaise ait pu s'y aventurer, s'il n'en avait pas été l'approbateur ou le complice; ses protestations diplomatiques et le retrait de son ambassadeur ont été taxés de comédie; on lui a imputé à duplicité même la démarche toute d'humanité de laisser pendant quelque temps nos vaisseaux devant Gaëte. Cependant, son seul tort réel a été, dès qu'il s'était donné la règle de ne pas intervenir par la force, de s'engager par le conseil. Il n'est pas digne de conseiller ce qu'on ne veut pas imposer; on n'empêche pas et l'on excite autant de mauvaise humeur que si l'on avait empêché. Les Italiens ne tinrent aucun compte des tolérances de fait, ils ne retinrent que les remontrances de paroles, et ils en marquèrent leur déplaisir par une gratitude bruyante envers les Anglais qui, décidés à ne jamais les aider, n'éprouvant pas les sollicitudes de l'ami qui redoute les faux pas de son ami, approuvaient toujours, sans nul souci des conséquences. Les pontificaux se déchaînèrent en récriminations et en outrages : ils racontaient que [Napoléon III arrêtait sa politique dans des conférences avec le diable.
A Milan, à Florence, à Bologne, le lendemain de l'annexion avait été à la joie et on avait savouré le plaisir de s'appartenir. A Naples, ce lendemain fut celui des conquêtes : le mépris et la dureté des conquérants pour leur proie, la haine puis la révolte des conquis contre leurs dominateurs. D'après Délia Rocca, gouverneur de Naples, l'immoralité au dernier degré, le mensonge, la fausseté, l'hypocrisie, la lâcheté y étaient monnaies courantes'. Pour les populations napolitaines, les Piémontais étaient des oppresseurs contre lesquels s'organisaient partout des bandes de révoltés. Mais le conquérant ne s'arrête pas aux protestations du vaincu, il les dédaigne et les écrase. « Il me semble que les choses vont très mal à Naples, écrivait Cavour, je n'en suis ni surpris, ni affligé, ni découragé; les peuples ne se régénèrent pas en quelques semaines et les difficultés poHtiques ne se surmontent pas au pas gymnastique. J'ai foi dans l'avenir de l'Italie. Elle devait se faire et se fera complètement. Cherchons de vaincre les obstacles par les moyens doux, si cela ne réussit pas nous vaincrons avec les moyens extrêmes. Maintenant que la fusion des différentes parties de la péninsule est complète, je me laisserai tuer dix fois plutôt que de