‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 13 sur 177 · I)f Florence, le 24 iKjvoiiilue IHiiT · texte numérisé non relu

I)f Florence, le 24 iKjvoiiilue IHiiT

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le président lut cette lettre et, se tournant vers son auteur, lui dit : « Il est impossible de considérer cela comme l'équivalent du serment. Votre intention est-elle de le prêter? » Hénon répondit : « Mon intention n'est ni d'interpréter ni de refuser le serment, j'ai voulu seulement expliquer ma conduite. » Le président lut alors la formule, et Hénon répondit : <( Je le jure. » On avait annoncé que Carnot et Goudchaux se rendraient à la séance et refuseraient eux-mêmes solennellement de jurer. On s'attendait à une belle scène de Convention; on n'eut que deux lettres insignifiantes dont le président donna lecture sans y rien ajouter.

Xos collègues ne nous firent pas une aimable bienvenue. Dès que nous abordions un groupe, on s'écartait de nous comme de pestiférés. Un de mes anciens amis de l'Ecole de droit, le comte de Chambrun. qui avait été dans le Jura un des préfets les plus fougueux du coup d'État ', me fit prévenir de ne pas lui adresser la parole, parce qu'il me tourneraitle dos. M'étant approché d'un

1. Maréchal de Castella.ne, Journal, 18 aoùl 18o2. « Le jeune vicomte de Chambrun, très jeune jiréfet du Jura, était avant sous-préfet à Saint-Étienne, où il a laissé une médiocre réputation de capacité. 11 a fait son avancement en faisant parade d'un ultra-dévouement à la personne de Louis-NapohMjn. Nous allons avoir IKnipire... M. de Cliamlirvni voudrait qu'il aille plus vile; il vient de faire un acte imprudent pour le prouver. 11 a donné un dîner de cinquante })ersonnes à la suite duquel il a porté le toast suivant : « Je <■<■ porte deux toasts, le premier à l'Empereur Napoléon I" « et l'autre à Napoléon III, à l'Empereur. » Des cris de Vive Napoléon ! ont répondu. »

des membres élus comme indépendants, Brame, je remarquai sur son visage de l'embarras, puis un véritable trouble; enfin il me dit d'une voix saccadée : « Vous me parlerez dehors, Morny nous regarde. » Hénon surtout inspirait la terreur. Dans la salle des conférences où il alla écrire, tous ses voisins emportèrent leur papier et s'éloignèrent, il avait été, disait-on, le chef des Voraces de Lyon, et comme il écrivait pendant toutes les séances, on prétendait qu'il envoyait des rapports au comité de salut public occulte. Cependant c'était le plus constitutionnel de nous, puisqu'il se procura un uniforme afin d'assister régulièrement, aux Tuileries, aux séances d'ouverture, ce que ni Darimon ni moi ne finies.

Notre serment amena un prolongement de polémique fatal au journal la Presse. Nefftzer n'en était plus le rédacteur en chef. Le prince ÎNapoléon se plaignait qu'il apportât dans leurs relations une raideur qui frisait la grossièreté et qu'il le contrecarrât sur toutes les questions. 11 l'obligea à se retirer, menaçant d'exhiber sa démission en blanc. Nefftzer partit, et, devenu ennemi implacable, attendit dans l'ombre l'heure delà vengeance. Darimon avait refusé de prendre hi place de son ami évincé ; elle fut donnée au jacobin Peyrat, qui se idia à ce que le Prince exigea. Le lendemain de notre serment, il écrivit un article d'approbation. Mais ce jacobin apportait de la violence même dans la modération. Son article plut fort à son patron, moins au ministre de l'Intérieur. Le IM'ince avait appelé

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Peyrat et était en train de le féliciter, quand le gérant de la Presse, fît irruption dans l'appartement, tenant à la main un arrêté qui suspendait le journal pour deux mois.

Dans le Courrier de Paris, Emile de Girardin avait commencé une série d'articles dont la conclusion était : « L'entrée de messieurs Hénon, Ollivier, Darimon à la Chambre est le point de départ d'une politique nouvelle qui peut se résumer en ces termes : liberté par la constitution, liberté par les élections, liberté par le suffrage universel, liberté enfin par l'opposition constitutionnelle. » On invita le Courrier de Paris à arrêter au plus tôt cette polémique, et en attendant on lui refusa la vente sur la voie publique.

On ne s'explique pas comment l'Empereur omnipotent n'a point, pendant sa dictature, enlevé au Corps législatif la discussion des élections contestées et ne les a pas déférées, comme on le fait en Angleterre, à un tribunal spécial offrant des garanties d'impartialité impossibles à obtenir d'une assemblée déterminée uniquement par ses passions. Le Corps législatif eut donc à statuer sur les élections contestées. 11 n'y en avait que trois.

L'une, celle de M. de Ségur, dans la Meuse, offrait un si grand nombre d'illégalités palpables que pour ne pas laisser à nos critiques l'occasion

LE SERMENT. Gl

de s'exercer, on engagea M. de Ségur à donner sa déaiission avant le dépôt du rapport. Ce fut notre premier succès. Je n'acceptai pas cette échappatoire et je demandai que la démission fût rejetée, le rapport lu et discuté afin que la moralité publique eût satisfaction. Les cris : « Aux voix ! » partis de tous côtés, coupèrent mes observations. Comme cette querelle ne valait pas un drame, je me contentai de dire : « Je ne puis lutter seul contre deux cents voix; vous ne voulez pas me laisser parler ; je cède à la violence. » Cependant pour ne pas laisser établir le précédent, j'écrivis à Morny une lettre motivée de protestation. Les objections qu'il me fît' étaient si peu sérieuses que plus tard lui-même, à propos d'une élection Laferrière, fît prévaloir la thèse qu'il m'avait empêché de développer-.

1. Voir les lettres échangées entre Morny et moi dans le 19 Janvier.

2. Rapport de M. Josseau : « On a toujours admis qu'une démission survenue au cours de la vérification des pouvoirs ne peut enlever à la Chambre, et par conséquent à ses bureaux préalablement saisis, le droit de rechercher si l'élection n'était point eiitacliée de manœuvres de nature à en altérer la sincérité... Quoi ! il pourrait être permis à un candidat qui y aurait eu recours pour capter les sutlVages de ses concitoyens, de se soustraire par. une habile retraite au Juf.'ement de la ('haml)re et de se présenter de nouveau comme simple di^nissioimaire au suflVage des électeurs. Le Ikueau n'a pas pensé qu'il en fût ainsi. » - Ki mars 1800.)

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