CHAPITRE VII
Le 19 février 1861 le premier parlement italien se réunit à Turin. L'élection des députés avait été faite par 394865 électeurs sur une population de 21737 334 habitants. Ce que va décréter et faire ce parlement ne sera donc pas l'expression de la véritable volonté delà majorité de la nation italienne. C'est une minorité qui va agir, parler, se disputer le privilège d'organiser à son gré les pays annexés et les pays conquis, et de conquérir ou d'annexer les provinces qui ne sont pas réunies, Venise et Rome.
La première question débattue est de savoir si le pouvoir restera aux révolutionnaires modérés qui, sous la direction de Cavour, poursuivent la révolution avec sens pratique et mesure, ou s'il passera à ceux qui, avec Garibaldi, veulent la précipiter sans frein et sans prudence.
C'est surtout au sujet de Rome que le dissentiment s'accentue, Cavouriens et garibaldiens s'accordaient sur le principe, Ricasoli était aussi
tranchant que Garibaldi : « L'Italie, sans Rome, n'est rien : il faut tuer le pouvoir temporel bientôt, tout entier et pour toujours, tosto, tutto e per sempre. » Cavour, dans le discours qui avait préparé l'annexion des Marches, de l'Ombrie et du Napolitain, avait montré Rome la .s7^///i!, l'étoile vers laquelle il fallait marcher. Les quelques sages tels iMassimo d'Azeglio, Gino Capponi, Alfieri, Ferrari soutenant que Rome serait une mauvaise capitale, étaient considérés comme des radoteurs auxquels on refusait tout crédit. Mais l'entrée à Rome rencontrait deux obstacles, l'un direct, immédiat, la présence des Français; l'autre, moins tangible, mais plus sérieux encore : l'opposition des catholiques et de la sentimentahté religieuse du monde non catholique ^ « Que nous importent les Français, s'écriaient les garibaldiens, les cinq cent mille volontaires italiens les sul)mergeront : ils sont l'étranger, nous les traiterons en conséquence, nous imiterons, s'il le faut, le peuple des Vespri'^. Quant aux catholiques, nous les laisserons crier et nous nous en moquerons: que leur Pape nous rende iiome, et ils s'arrangeront ensuite comme
* \. MoLTKE, Rome, 20 arril /.S'76" .• « Plus on se rapproche de Homo, plus on voit s'évanouir le prestige de l'Église romaine; tuais elle a pour elle les femmes de tous les pays catholiques et quelquefois niêm»,' Cflles des pays protestants. Le sentiment, rimat'ination, la faiblesse d'esprit, ce sont là dejbion puissants auxiliaires; nulle force extérieure n'est capable de détruire la Papauté; elle a déjà surmonté des crises plus terribles que c<;lles-ci. »