‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 139 sur 177 · Vêpres siciliennes · texte numérisé non relu

Vêpres siciliennes

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ils rentendront ailleurs; nous ne sommes pas chargés de leurs affaires. » Les Cavouriens n'admettaient pas l'idée de traiter les Français en étrangers. Et en cela ils pensaient comme Massimo d'Azeglio : « Etrangers! en Italie, c'est un mot sinistre. Qui a lu notre histoire depuis Odoacre jusqu'à nos jours en sait la raison. C'est pourquoi il ne me plaît pas d'appliquer ce mot au corps d'occupation français, fraction de cette noble armée à laquelle, ainsi qu'à son chef, l'Italie doit une reconnaissance éternelle' ! » Ils ne considéraient pas non plus comme sans valeur l'opposition des catholiques, en majorité même autour d'eux. Mais ils se flattaient de l'illusion qu'avec de la souplesse ils obtiendraient le retrait des troupes françaises, qu'elles parties, ils mettraient l'Empereur en présence d'un fait accompli auquel il ne s'opposerait pas plus qu'il ne s'était opposé aux faits précédemment accomplis sans son consentement. Ils croyaient apaiser les catholiques en assurant à leur pontife une ampleur de liberté spirituelle qui compensât la perte de son pouvoir temporel.

Dès l'ouverture de la session, dans le discours de la couronne, Cavour croise le fer avec les garibaldiens. Il adresse à l'Angleterre des compliments fort de leur goût : « Le gouvernement et le peuple anglais, patrie ancienne de la liberté, ont affirmé hautement notre droit d'être les maîtres de notre propre destinée et furent pro-

i. Au Sénat, 4 décembre J 864.

digues d'assistance réconfortante, dont nous garderons à jamais l'impérissable mémoire. » Mais à côté il y avait, ce qui déplut fort à ces messieurs, de bonnes paroles pour la France : (( L'Empereur des Français, en maintenant fermement le principe de non-intervention, à nous souverainement utile, a cru cependant devoir retirer son ambassadeur. Ce fait, en nous inspirant des regrets, n'a pas altéré notre gratitude ni notre confiance en son affection pour la cause italienne. La France et l'Italie dont la race, les traditions, les coutumes sont semblables, ont serré sur le> champs de bataille de Solférino et de Magenta une union qui sera indissoluble. » — Il n'était pas dit un mot de Venise et de Rome. La fin du discours était un avertissement encore plus direct aux turbulents : « Dévoué à l'Italie, je n'ai jamais hésité à risquer ma vie et ma couronne, mais personne n'a le droit de risquer la vie et la destinée d'une nation. » Ainsi Garibaldi était averti et défié. Le roi et Gavour n'admettraient pas à côté d'eux une armée, une politique, un gouvernement, et ils ne permettraient pas qu'on commençât contre Venise et Home une expédition semblable à celle de Sicile et de Naples,

Quoique d'accord avec Gavour, Victor-Emmanuel, qui coutinuait à ne pas aimer son premier ministre, eût désiré charger un autre de la politique commune. La Chambre l'ayant proclamé àrunanimité,sousletitrede Vittorio-Emanuelell, roi d'Italie par la grâce de Dieu et la volonté de

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la nation (14 mars), Cavoiir remit la' démission du ministère pour se donner la faculté d'y introduire les éléments nouveaux choisis dans les provinces annexées. Le roi prit cette démission au sérieux. Il appela Ricasoli, et, avec une insistance afTectueuse poussée très loin, le supplia de devenir le chef d'un nouveau ministère : il tenait à montrera l'Europe qu'il y avait en Italie d'autres hommes. Ricasoli répondit franchement qu'un seul motif pouvait justifier l'insistance du roi : le désir de se débarrasser de Cavour; pour lui c'était un motif de persévérer dans un inflexible refus; d'ailleurs personne ne pourrait gouverner à côté de Cavour, sans lui, ou contre lui, la majorité lui appartenait absolument. Le Roi fut donc contraint de lui remettre le soin de former le nouveau ministère. Il y introduisit des Siciliens, Napolitains, Toscans et Romagnols, Minghetti, Peruzzi, Bastoggi, etc. (22 mars).

Le silence du discours du trône sur Venise et sur Rome, qui avait choqué même quelques alliés du ministère, s'expliquait par des raisons d'un ordre différent. Cavour n'avait pas rappelé Venise par déférence pour ses nouveaux amis les Anglais, bien plus contraires que l'Empereur à toute agression, même en phrases, contre l'Autriche. Il avait voulu attendre, pour s'expliquer sur Rome, l'issue d'une négociation secrète qu'il poursuivait.

ROME CAPITALE. b37

Un certain docteur Pantaleoni, médecin distingué de Rome, lui avait fait miroiter la perspective de se tirer d'embarras en obtenant du Pape la renonciation volontaire à son pouvoir temporel, moyennant la concession d'une ample liberté spirituelle et de privilèges matériels à distribuer, pensions, sièges au Sénat, etc. Le docteur consulta le jésuite Passaglia, savant tbéologien, simple autant qu'érudit, professeur de droit canonique, consulteur du Pape dans la question de l'Immaculée Conception, sur l'orthodoxie des propositions que le gouvernement sarde comptait faire. Ces pourparlers durèrent plusieurs mois sans aboutir à aucun résultat pratique. Pour en finir, sous prétexte d'obtenir du Père une consultation plus précise, Cavour demanda qu'il se rendît à Turin. Le jésuite n'osa pas se risquer à cette démarche sans savoir ce que penserait le Pape, non des propositions elles-mêmes, non encore formtdées, mais (l'une négociation avec le gouvernement piémontais sur certaines questions rela tires à la religion. Ce fut dans ces termes que le cardinal Santucci, son ami, interrogea le Saint-Père. A la suite de l'audience, l\antaleoni fit télégraphier à (Cavour : <( Le cardinal Santucci, malgré mes instances, a cru devoir tout dire au Pape, qui lui demandail quel était ce projet d'arrangement; le cardinal

lui a parlé de la perte inévitable du temporel. Sa Sainteté a montré se résigner à tout. On a appelé Antonelli qui, d'abord, s'est opposé, mais après s'est résigné aussi. Il a demandé au Pape de le relâcher, lui et Santucci, du serment pour traiter du possible abandon du temporel. » — Ainsi le Pape et le cardinal Antonelli n'avaient pas consenti à l'abandon des Légations en retour d'une garantie collective du reste des États pontificaux, et sur la suggestion vague et sans autorité d'un jésuite, après une seule conversation, ils se seraient résignés à traiter du possible abandon du pouvoir temporel! Et Cavour a pu croire à une pareille bourde ! Il a fait plus que d'y croire, il l'a télégraphiée incontinent à Paris au compère Vimercati, afin d'en informer l'Empereur. Celui-ci ne fut pas aussi crédule : il répondit « qu'il verrait avec plaisir ces négociations avec Rome, qu'il souhaitait leur succès^ mais qu'il l'espérait peu ».

Or voici ce qui s'était passée Dès que Santucci eut exposé la demande du Père Passagha, le Pape lui reprocha sévèrement de s'être chargé d'un tel message : — Si le roi de Sardaigne voulait lui proposer des arrangements dans l'intérêt de la religion pour ce qui concerne les Etats sardes et la Lombardie, il était disposé à négocier avec Victor- Emmanuel aussi bien qu'avec le Sultan, mais si le Roi voulait entrer en pourparlers pour des affaires rehgieuses ou

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