‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 140 sur 177 · I.Gramoxt, 9 février · texte numérisé non relu

I.Gramoxt, 9 février

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politiques dans les parties de l'Italie où son autorité s'exerce illégalement, le Pape ne pouvait lui reconnaître aucun titre, et devait repousser toute ouverture. D'ailleurs, une démarche aussi indirecte et aussi tortueuse ressemblait plus à une intrigue, dans un but facile à comprendre, qu'à un désir sincèrement religieux. 11 fallait cette comédie pour que le gouvernement sarde pût justifier qu'il ne demandait l'abolition du pouvoir temporel et le rappel de l'armée française que par un sentiment de piété catholique et de sollicitude envers la religion compromise par un coupable attachement à l'autorité temporelle.— Le Pape n'avait pas mandé auprès de lui Antonelli, ce fut Santucci qui, au sortir de l'audience, se rendit chez le secrétaire d'État pour lui expliquer qu'il s'était chargé de ce message, non pour rapi)uyer, mais pour soulager sa conscience qui portait avec peine le poids d'une semblable confidence.

De son côté le P. Passaglia vint se défendre d'avoir reçu aucun mandat de source piémontaise : il n'en eût jamais accepté; consiillé comme canoniste, il avait cru, en répondant, rendre d'utiles services à la cause du Saint-Siège auquel il était entièrement dévoué, et c'est dans cet es|)rit qu'il irait à Turin si le Saint-Père ne le lui interdisait pas. Pie IX, curieux de pénétrer à fond l'intrigue, ne s'opposa pas au départ du jésuite.

Celui-ci débarqua mystérieusement à Turin, descendit dans une chambre préparée par Ca-

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vour, chez lui. « Le Père Passaglia est ici, écrit Cavour à un ami;* d'après ses récits qui sont passablement longs, Antonelli ne traitera pas tant quil lui restera le moindre espoir de voir les affaires d'Italie s embrouiller et le Pape sera conciliant un jour, cassant le lendemain. Il n'a pas encore vidé son sac. Je pense que nous conclurons qu'il faut entamer des négociations'. » On négocia donc. On s'entendit sur un projet d'abolition du pouvoir temporel moyennant des avantages matériels assurés au sacré Collège et au Souverain Pontife et une entière liberté du ministère apostolique. Cavour mêla à ces manèges le Rosminien Molinari, un certain Isaïa, prêtre sicilien convaincu d'escroquerie et de pis, un Napolitain de même acabit, Aguglia, qui racontèrent au bon Passaglia des contes tels que ceuxci : le cardinal Antonelli avait été gagné moyennant la promesse d'une somme de trois millions et la reconnaissance des concessions accordées à sa famille.

La réponse à ces mauvaises plaisanteries ne se fit pas attendre. Ce fut au lendemain même du retour de Passaglia avec son projet, et à l'occasion d'une nouvelle brochure de la Guéronnière-, une remarquable lettre d'Antonelli ilélrissant et raillant ceux qui, non contents de

1. Lettre de Cavour, 9 février 186L — C'est le démenti du télégramme de Panlaleoni.

l. C'était Persigny et non l'Empereur qui avait inspiré la brochure. Tliouvenel, pour se dégager de toute responsabilité, avait olitenu qu'elle lut signée.

spolier le Saint-Père, se plaignaient qu'il ne favorisât pas la spoliation par sa propre condescendance (26 février 1861). Vint ensuite une allocution véhémente de Pie IX contre ceux qui l'invitent hypocritement à se réconcilier avec le Piémont et à sanctionner, au mépris du droit, l'usurpation des provinces injustement et violemment dérobées (18 mars 1861). Le Pape témoigna en outre un vif mécontentement au cardinal Santucci et à Passaglia, et il ordonna de mettre un terme à ces combinazioni ridicules en expulsant ceux qui se les permettaient, Pantaleoni, Isaïa, Aguglia. Cavour et ses partenaires ont coloré leur déconfiture en alléguant que cette (( recrudescence de violence )j, comme ils disaient, était due à la présence à Rome du roi et de la reine de ïNaples. « Cette excuse, écrivait Gramont, est plus que plaisante pour ceux qui connaissent Pie IX, lequel ne s'émeut pas si facilement à propos des affaires d'aulrui et surtout de François H'. ->

ilevcMu à la réalité Cavour reprit sa manière de combattre les révolutionnaires qui était d'opérer lui-môme la révoluliou. 11 engagea un de ses amis, Audinot, à provoquer une déclaration de

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