‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 145 sur 177 · Je tiens ce Irait directement du sénéral Cu^ia · texte numérisé non relu

Je tiens ce Irait directement du sénéral Cu^ia

sonnes de sa famille y pensèrent et décidèrent d'appeler le curé de sa paroisse, Santa Maria degli Angell, le Padre Giacomo. C'était un homme simple, humble, parlant toujours tète basse à Monsieur le Comte, à qui il venait demander de l'argent pour ses aumônes. Au moment de l'excommunication prononcée contre les usurpateurs des biens de l'Église, Cavour, le rencontrant, lui avait dit en plaisantant : « Hé bien, mon Père, si je mourais, refuseriez-vous de m'assister? — Oh 1 Monsieur le Comte, comment pouvez-vous dire cela? " répondit humblement le Padre. — Comme il n'y avait eu rien de plus entre eux, Farini demanda avec inquiétude à Castelli si l'on pouvait compter sur ce religieux, car son refus aurait provoqué une violente irritation populaire.— Je n'en doute pas, répondit Castelli, il est bon et éclairé, il viendra. » En effet le Père Giacomo accourut. Introduit dans la chambre du moribond, il le trouva incapable d'entendre et de répondre, et sortit au bout de quelques minutes. Castelli vint au-devant de lui ; il lui dit: « Vous savez que je connais le Comte, il m'a suffi d'une étreinte de main'. » Le Padre Giacomo fut appelé à Uorae et suspendu a dïc'nm pour avoir assisté un excommunié qui n'avait rien rétracté. — Mesure de logique et de fermeté, non de fanatisme et d'intolérance.

Cavour expira le 6 juin 1861, à six heures du

1. Castelli m'a maintes lois raconté ces détails, plus oxplicitemenl i\\v"\\ ne l'a fait dans ses Ricordi, p. 135, en en ajoutant dauties «lue je ne puis redire.

matin, dans sa cinquante et unième année. Cette mort prématurée désola Turin ; elle y fut un deuil public. A Milan Fémotion paraît avoir été moins vive. Le préfet Pasolini dut dépêcher des agents à toutes les boutiques pour les inviter à fermer, et quand on chanta au Duomo une messe solennelle, craignant que le temple ne demeurât vide, il le remplit en y envoyant tous les enfants des écoles '.

A Rome, le Pape leva les bras au ciel en s'écriant : « Prions pour lui, la miséricorde de Dieu est infinie. » Plus tard il dit à notre ambassadeur Sartiges qui lui en parlait mal : « C'était un grand patriote ! » Les grands personnages, qui n'étaient pas affiliés au sanfedisme regrettèrent en Cavour le modérateur des opinions extrêmes et le négociateur des transactions de l'avenir. Antonelli prévit une recrudescence des forces du parti républicain. Dans le peuple, à l'exception de quelques centaines d'individus qui s'abstinrent du théâtre, aucun signe extérieur ne trahit la plus petite émotion, le moindre sentiment de sympathie. On vit dans les lieux de plaisir autant de monde que de coutume. Cette population, qu'on représentait comme dévorée de la fièvre unitaire, demeura indifférente'. Le fédéraliste Ferrari célébra magnifiquement le créateur de l'Unité : « Il nous a vaincus, s'écria-t-il, quelque chose que vous fassiez dé-

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