Article du rèelement
LA SESSION DE iS.'iS. 6!:'
Les menaces de l'Empereur n'étaient pas des paroles mortes ; les rigueurs contre les journaux redoublèrent : la Revue de Paris et le Spectateur furent supprimés ; la Presse même, quoique, sa suspension terminée, elle eût été remise à un ancien Saint-Simonien, Guéroult, autre familier du prince Napoléon, n'obtint pas la permission de vente sur la voie publique ; le Siècle ne fut sauvé que par une démarche d'Havin auprès de l'Empereur. Le territoire fut divisé en cinq grands commandements militaires (Paris, Lyon, Nancy, Toulouse, Tours I confiés à des maréchaux de France.
Le vote de la loi de sûreté générale fut suivi d'exécutions lamentables. Des coupes sombres furent opérées, à raison de tant de victimes par département, parmi ceux qui, quoique étrangers à l'attentat ou k tout autre complot, étaient convaincus ou soupçonnés d'être républicains. Ces innocents, arrachés la nuit à leurs femmes, à leurs enfants, à leur gagne-pain, à leur sécurité, furent jetés, les menottes aux mains, par de brutaux argousins, dans les geôles africaines de la transportation, tandis que la misère et le désespoir s'installaient à leur foyer violé. Un de me^ amis, Schaëfer, fut arrêté, conduit à Mazas, uniquement parce qu'il avait propagé ma candidature. Oue n'a-t-il existé alors un moyen quelconque d'interpeller ! quoi qu'il put m'en advenir.
j'aurais flétri ces férocités de la peur en délire et contribué à allumer un peu plus tôt l'indignation qui, gagnant même les amis honnêtes de l'Empire, finit par arrêter cette œuvre de tortionnaire. Mais introduire un tel incident dans une discussion sur les ordres et saisies immobilières était malaisé.
J'eus assez de possession de moi-même cependant pour prendre part à cette discussion, reconnaître ce que le projet avait de bon et m'efforcer de le rendre meilleur, non par amour de la procédure, mais pour démontrera nos maîtres que nous étions des hommes pratiques, capables de discuter les affaires, non des déclamateurs vides, comme il leur eût plu que nous fussions. Mon discours contre la loi de sûreté générale ne m'avait point gagné d'approbation dans le parti ; ma discussion de la loi des ordres ne me valut que des réprobations. N'ayant pu nous imposer l'abstention extérieure, on prétendait nous condamner à l'abstention intérieure et nous interdire, quoique députés, d'entrer dans les institutions.
Une loi sur les titres de noblesse, inutile si elle n'était pas le commencement de la restauration du système nobiliaire, m'amena à rappeler le principe delaRévolution, quela peine étant personnelle , la distinction honorifique devait l'être aussi. M'étanl servi des termes philosophiques : hérédUé du mal, hérédité du bien, je fus interrompu par des cris. La réplique de Baroche me fit comprendre le sens de cette protestation