LA SESSION DE I
n'a aucun moyen de faire prévaloir les réductions qu'elle désire ; le budget est le budget du Conseil d'État plus que celui de la Chambre. Il avait la confiance qu'un jour le Souverain, envers qui personne ne pouvait douter de son profond dévouement, interviendrait pour rendre au Corps législatif un peu plus de liberté dans l'exercice de son contrôle. » A ces paroles, les membres de la majorité se regardèrent. Il se préparait donc quelque chose qu'ils ignoraient? Les commissaires du'gouvernement, Vuitry, puis Baroche, se hâtèrent de les rassurer. Ils ne répondraient pas à des observations déplacées, la Constitution ne pouvant être ni critiquée, ni défendue devant la Chambre. Ils s'étonnèrent qu'on eût pu dire que le budget était celui du gouvernement et non celui du Corps législatif, parce que le Conseil d'État s'était refusé à une réduction de 2 millions de francs : chaque fois que le gouvernement croit pouvoir adopter des amendements proposés par des commissaires du Corps législatif, il le fait avec empressement; dans le doute même, il se rallie au sentiment de la (Jianibre; le nombre des amendements accueillis, soit sur des projets de loi ordinaires, soit sur les budgets, était plus considérable qu'il ne le fut jamais sous l'ancien système parlementaire.
L'Empereur, à la réception des Tuileries, dit sèchement à Calley de Saint-Paul : « Vous avez prononcé. Monsieur, un discours révolutionnaire; je ne souffrirai pas qu'on attaque la Constitution, et je vous engage à ne pas recom-
mencer. » Calley de Saint-Paul se le tint pour dit et ne recommença plus.
A propos de l'inauguration du boulevard de Sébastopol (5 avril 1858), l'Empereur éperonnant d'une manière publique le Corps législatif, toujours un peu rétif à voter des subventions en faveur des travaux de Paris, le félicita, pour les lui inspirer, « des sentiments d'abnégation qui lui avaient fait abdiquer tout égoïsme de province », Haussmann était en butte déjà à de violentes attaques de la part des personnages les plus éminents de l'Empire, et peu en faveur au Corps législatif. L'Empereur le protégea contre ces attaques et contre cette défaveur en lui donnant un témoignage d'entière satisfaction « pour avoir, tout en maintenant dans les finances de la Ville un ordre digne d'éloges, au milieu des obstacles suscités sans cesse par l'esprit de routine et de dénigrement, mené à bonne fin, en si peu de temps, de si nombreuses entreprises ». Cette intervention ne fut pas inutile On vota, mais en écorchant un peu Haussmann. Il était question dans le monde d'une de ses aventures avec une danseuse, et l'Assemblée tout entière éclata d'un rire satisfait quand un des orateurs, Leclerc d'Osmonville, à propos du projet d'Opéra qu'on désavouait alors, dit : « Il est fâcheux que M. le Préfet de la Seine fasse entrer l'Opéra partout où il ne devrait pas être. »
Pendant toute cette session, notre contradicteur habituel était Baroche. Il y avait en lui du glorieux qui a une belle figure, qui le sait, et