LA SESSION DE
à qui la vie a été facile. Il avait brillamment conquis le premier rang à la tête des avocats d'affaires. Député à la fin du règne de Louis- Philippe, il devança la justice du peuple en demandant la mise en accusation du ministère Guizot. La révolution, à laquelle il contribua involontairement, l'épouvanta; devenu procureur général à Paris, il se signala par son énergie contre elle devant la Haute Cour dans le procès fait aux députés compromis le 15 mai. Depuis le rétablissement de l'Empire, il dirigeait les travaux du Conseil d'État et soutenait, au nom du gouvernement, la discussion devant le Corps législatif. Le talent de la plupart des avocats d'affaires s'évapore dans les assemblées politiques ; celui de Baroche, en restant souple, lucide, abondant, agréable, alerte à esquiver les difficultés ou à les expliquer, s'ennoblit, et sans atteindre aux puissances magistrales, gagna en relief et en autorité. Le ton de prépotence que lui permettaient ses hautes fonctions et la docilité de la Chambre, ne dégénéra point en outrecuidance blessante ou provocatrice, il sut garder la politesse de la force et ne pas nous obliger aux révoltes de la dignité blessée.