Machiavel. Dei discorsi, lib. III, ch. vi
6 LEMPIRE LIBERAL.
toute révolution populaire on trouve ou un déficit financier, ou un déséquilibre économique, ou une tyrannie fiscale, ou une mauvaise administration.
Les querelles religieuses entre catholiques, qui, en général, ont de lointains retentissements, n'émurent pas en dehors des sacristies et des journaux religieux. Et cependant elles furent vives, acrimonieuses. Le parti catholique s'était scindé en deux camps : les libéraux, Montalembert. Falloux, Cochin, Albert de Broglie, Lenormand, Ozanam, Foisset, Corcelles, groupés autour de la revue le Correspondant^ soutenus un peu par le premier évêque du temps, M*"' Guibert de Viviers, futur archevêque de Paris, et beaucoup par le plus batailleur, M?*" Dupanloup d'Orléans; les autoritaires représentés par le directeur de Y Cnicers, Louis Veuillot, qui tient, comme on l'a souvent remarqué, de Rabelais, de Labruyère, et à l'occasion de Voltaire, mais qui avant tout est lui-même, c'est-à-dire un écrivain de grande race, et par-dessus le marché un ferrailleur de première vaillance. Veuillot était encouragé par la majeure partie de l'épiscopat et passionnément suivi par tous les curés « à sa vue éperdus de bonheur ».
Tout sujet devenait matière à combat. Un prêtre, l'abbé Gaume, écrit sous le titre de Ver rongeur une diatribe contre les classiques anciens. Dupanloup, qui dans son séminaire faisait représenter des tragédies grecques, s'insurge, h' Cnicers^vQnà parti pour l'abbé: il juge
la littérature de saint Léon, de saint Thomas, de saint Grégoire, malgré ses barbarismes, bien supérieure à celle du siècle d'Auguste au point de vue des bonnes mœurs et de la foi catholique... Qu'on ne renonce pas à initier les jeunes gens aux chefs-d'œuvre de Rome et d'Athènes, mais à condition de les expurger soigneusement! M^^ Dupanloup interdit la lecture de V Univers à ses curés.
Un autreprêtre,rabbéGaduel, cri tique lesécrits théocratiques de Donoso Cortès, exagération des thèses de Joseph de Maistre, en grande faveur à V Univers. Veuillot prend parti pour l'Espagnol; l'archevêque de Paris, M^^ Sibour, pour l'abbé Gaduel. L'un se sert de sa plume, l'autre du bâton pastoral. Veuillot déborde en invectives enragées, l'archevêque en admonestations sévères; il interdit de lire Y Univers ou d'y écrire. Le débat en s'échauffant s'agrandit : un laïque aura-t-il le droit d'en remontrer à un évêque? sous forme de journal la démagogie presbytérienne et le laïcisme vont-ils s'introduire dans l'Église et se substituer à l'épiscopat pour l'enseignement et le gouvernement des âmes? Pie IX, mis en demeure de se prononcer, passe à côté de la question, comme on le fait souvent à Home. « Continuez, lit-il écrire à Veuillot, mais soyez prudent. Geux qui vous attaquent finiront par reconnaître votre talent et votre zèle. » Et dans une Encyclique aux archevêques et évêques de France, il recommande la concorde et la charité fraternelles. Sur quoi journaliste et arche-
vêque s'embrassent... Pas pour longtemps. La querelle recommença, cette fois bien plus aiguë, elle devint exclusivement personnelle. Un autre prêtre, l'abbé Coignat, ostensiblemenl encouragé par M'-''"Sibour, publia une brochure, /'« Univers'» jugé par lui-même^ où il prétendait démontrer par des citations que V Univers, tour à tour, orléaniste, républicain, légitimiste, bonapartiste, avait professé et déserté toutes les opinions. Louis Veuillot ne se contenta plus des coups d'assommoir ou de stylet de sa plume; il traduisit l'abbé en police correctionnelle comme diffamateur. Le procès était en train de se plaider' quand, le 3 janvier 1857. M'" Sibour tomba à Saint-Étienne-du-Mont sous le poignard d'un abominable prêtre interdit nommé Vergés. Ce malheur éteignit le procès; V Univers retira sa plainte et l'abbé Coignat sa brochure.
Le gouvernement ne rendit pas l'Eglise nationale responsable du mauvais vouloir ou des agressions des catholiques libéraux et il ne lui retira aucune de ses faveurs. 11 respecta la liberté des évêques, ne mit aucun empêchement à leurs relations avec le Souverain Pontife, ne prit aucun ombrage de l'introduction de la liturgie romaine dans un grand nombre de diocèses, laissa dormir la plupart des dispositions des lois organiques. Cependant il ne les abrogea pas et il en appliqua même quelques-unes : ainsi il soumit au Conseil d'État la Bulle définissant l'Immaculée