Septembre
DE LACTIVITÉ INTELLECTUELLE, 85
pend l'ensemble d'une œuvre d'artiste. Sacy sortaitde sonincognito de journaliste par des études littéraires d'une savoureuse perfection. Saint- Marc Girardin endoctrinait, brillait, lançait de tous côtés des flèches légères. Sainte-Beuve préparait l'édition définitive de Port-Royal, se délassait par une étude sur Virgile et continuait ses instructives Causeries du Lundi, dont le seul défaut est de trop accorder aux médiocres, pas assez aux grands. Cousin, encore ébloui des clartés du Vrai, du Beau et du Bien, s'éprenait de belles pécheresses du siècle de Louis XIV, les idéalisait dans des récits achevés qui les eussent ravies peut-être de surprise, certainement d'admiration. Michelet, révélant en plein le trésor de sensibilité et de génie poétique déjà montré dans son livre du Peuple, sans interrompre sa résurrection du passé [la Ligue, etc.), charmait le présent par son délicieux petit poème de l'^^iseau, cri de pitié en faveur de ces candidats à la vie plus générale et plus harmonique où nous sommes parvenus : il nous faisait entendre audessus du sourd battement des Ilots, dans les bruissements des arbres agités, dans le silence des nuits tièdes, les notes stridentes de l'oiseau des mers, les douces assonances des oiseaux familiers et les cadences éperdues des rossignols.
Les historiens ne chômaient pas. Poirson nous montrait le véritable Henri IV ; Nisard poursuivait son tableau de la littérature française; Villemain évoquait les souvenirs des Cent jours ; Viel-Castel
réhabilitait la Restauration, maltraitée par Vaulabelle, effleurée par Lamartine. Duvergier de Hauranne parait de séduisantes couleurs les souvenirs des beaux temps du régime parlementaire afin d'en réveiller le regret. Thiers s'avançait dans son histoire de l'Empire, narrateur toujours clair, animé, entraînant, toujours fidèle à la gloire du grand homme, malgré ses mécontentements contre le neveu. Guizot, écrivain de plus en plus consommé, racontait son temps dans des pages d'une netteté vigoureuse et ample où l'on retrouvait l'accent de son éloquence souveraine. Montalembert, dans son Avenir polilique de ï Angleterre, moins âpre contre la démocratie, mais beaucoup plus contre l'Empire, à l'imitation de Tacite fustigeant les Romains par le tableau des vertus des Germains, poursuivait de ses satires le régime impérial par l'apologie des libertés britanniques : « Au xvi" siècle l'Espagne est le plus vaste empire du monde, l'Angleterre est une petite île. Au xix'' siècle l'Espagne est un néant, l'Angleterre ne voit plus le soleil se coucher sur ses dominations... et cela pourquoi? c'est que la première a été abrutie par le despotisme, la seconde grandie par la liberté. »
Deux œuvres fortes et originales entre toutes furent F Ancien régime et la Révolution, de Tocqueville, et la Justice clans la Révolution et dans l'Église, de Proudhon.
Tocqueville avait révélé au monde la démocratie, il expliqua à la France sa Révolution. Sa thèse est que la centralisation, le mépris de la