‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 30 sur 177 · Du nom de l'officier autricliieii inventeur de la balle · texte numérisé non relu

Du nom de l'officier autricliieii inventeur de la balle

à remplir. Le 6 mars 1858, le système proposé par le général avait été adopté. Mais une si importante transformation demandait du temps. A la déclaration de guerre nous n'avions de disponibles que dix batteries complètes, soit (30 bouches à feu sur les 366 que devait compter l'équipage de l'armée ; les parcs d'artillerie et le grand parc roulant n'étaient pas constitués. On se trouvait encore plus en retard pour l'équipage de siège : il restait à rayer les pièces, à couler les projectiles, à réunir les accessoires. Les équipages du train faisaient défaut. On ne possédait pas le nombre suffisant de chirurgiens et d'infirmiers.

Dans les services administratifs, les déficits étaient considérables en souliers, approvisionnements, effets de linge ou d'habillement, ferrures, musettes, bissacs, entraves, forges de campagne, etc. Quant aux objets existant en quantité suffisante dans les magasins, on manquait de moyens pour les en faire sortir et les amener aux troupes. Ainsi le 22 juillet il y avait à Gênes 1800 colis; le 14 août 600, le 6 septembre 2 696 marqués des plombs des magasins de France, contenant des linges à pansements et des fournitures complètes d'hôpitaux, etc.

Vaillant déploya une activité prodigieuse pour ses soixante neuf ans. 11 recevait lui-môme toutes les dépêches télégraphiques, passait les nuits sans se coucher, afin de donner un peu de repos à ses officiers d'état-major sur les dents'. Des

\. Ceci n'est pas incompatible avec l'affirmation du général [,eiirun, (jue s'étant ])résenté à dix heures du soir au Mi-

achats de chevaux furent faits, les ateliers de l'artillerie renforcés, des souliers fabriqués ou achetés, des manutentions complémentaires établies, une fabrication mensuelle de huit à dix millions de rations assurée, des hôpitaux temporaires établis, des amas de matériaux expédiés, des effets d'habillement commandés partout, des marchés conclus pour le foin et le fourrage, des médecins et des infirmiers recrutés jusque parmi les étudiants en médecine.

Quelle que fut l'ardeur intelligente du ministre, quand le Piémont fut envahi, les troupes rassemblées en hâte manquaient encore d'objets de campement, d'habillement, etc. Que fallait-il faire? gémir, récriminer, attendre les pieds cloués au sol, comme, pour notre perte, on l'a fait en 1870 dans une situation bien meilleure, attendre que l'on fût gorgé, jusqu'à ne pouvoir plus se remuer, de tout ce dont on était dépourvu au premier moment ? Par bonheur, les doctes, les critiques, les raisonneurs, les Trochu petits et grands, n'avaient pas encore glacé le

nistère de la ^'uerre, on lui répondit que le maréchal, voulant reposer toute la nuit, avait donné l'ordre de ne le réveiller sous aucun prétexte. Quoi d'étrange qu'après s'être fatigué plusieurs nuits le mai^échal se soit assuré une nuit entière de repos si nécessaire à son âge? Le général lui-même n'en fit-il pas autant à Milan ? 11 demanda au maréchal de Mac- Mahon de lui accorder un sommeil qui ne fût pas du tout dérangé. Il dormit douze heures de suite, et on ne le dérangea pas, quoique son corps eût reçu l'ordre de se porter en hâte sur Melegnano. A son re'veil il ne le trouva plus à Milan et fut ohligé de courir après. {Souve^iirs de la Guerre d'Italie, p. 282 et suiv.)

^aug dans les veines des chefs de notre armée. \ aillant appartenait à la génération héroïquement offensive à laquelle nous avons dû notre splendeur militaire. Il savait qu'au prix de privations momentanées, coûte que coûte, au risque de se l'aire casser la tête, il ne faut jamais se laisser prévenir par l'ennemi, qu'il faut aller de l'avant quand même, avec une bonne préparation si l'on peut, malgr('' une mauvaise s'il n'y en a pas d'autre, qu'en payant de confiance et d'audace on déconcerte, on fait croire qu'on est cent quand on est dix, qu'on est pourvu de tout quand on n'a rien. Il avait retenu la lettre de feu de Napoléon I"" à Augereau qui se plaignait, lui aussi, de nôtre pas prêt : « Quoi! six heures après avoir reçu les premières troupes venant d'Espagne, vous n'étiez pas en campagne ! Six heures de repos leur suffisaient. J'ai remporté le combat de Nangis avec la brigade de dragons qui, de Bayonne, n'avait pas encore débridé. Les six bataillons de la division de Nîmes manquent, dites-vous, d'habillement et d'équipement et sont sans instruction : quelle pauvre raison donnez-vous là, Augereau! J'ai détruit 80000 ennemis avec des bataillons composés de conscrits mal habillés et sans gibernes! Les gardes nationales, dites-vous, sont pitoyables; j'en ai ici iOOO venant d'Angers et de Bretagne, en chapeaux ronds, sans gibernes, avec des sabots, mais ayant de bons fusils; j'en ai tiré un bon parti, il n'y a pas d'argent, continuezvous: et d'où es[)érez-vous tirerde l'argent? Vous

ne pourrez en avoir que quand nous aurons arraché nos recettes des mains de l'ennemi. Vous manquez d'attelages : prenez-en partout. Vous n'avez pas de magasins : ceci est par trop ridicule. Je vous ordonne de partir douze heures après la réception de la présente lettre pour vous mettre en campagne. Vous devez avoir un noyau de plus de 6000 hommes de troupe d'élite; je n'en ai pas tant, et j'ai pourtant détruit trois armées, fait 40000 prisonniers, pris 200 pièces de canon. »

Animé de ce souffle. Vaillant ordonne à nos troupes de partir comme on est, au galop, en brûlant les étapes ; on se complétera en route ; les canons rejoindront au fur et à mesure de leur fabrication ; on suppléera à l'absence des parcs par l'envoi de munitions en caisse ; on empruntera des souliers aux Piémontais qui en possèdent de reste; on vivra sur le pays. « Sans doute, dit le maréchal dans ses notes, des vivres manquèrent parfois, des effets de campement, etc., tout cela n'eût rien été avec des troupes moins dorlotées, moins habituées aux douceurs que la sollicitude exagérée de l'Empereur leur avait données depuis son avènement. » Souffrir les privations est, plus encore que mourir, la loi de la guerre. Finalement, quand on se trouva en face de l'ennemi, nonobstant le décousu précipité du début, on ne manqua d'aucun des moyens de vaincre.

Le commandement de l'armée fut moins difficile à constituer que l'armée elle-même. L'Empereur se réserva le commandement supérieur avec Randon, chef d'état-major. Parmi ses aides de camp il mit le général Fleury. L'armée fut divisée en quatre corps plus la garde. A la tête du 1'' corps le maréclial Baraguay d'Hilliers: au 2'' corps Mac-Mahon; au 3'' corps le maréchal Canrobert; au 4" Niel; la garde au général Regnault de Saint-d'Angely.

Les corps des maréchaux se composaient de trois divisions d'infanterie et d'une de cavalerie; les corps des trois généraux, de deux divisions d'infanterie et d'une brigade de cavalerie.

On éprouva quelque peine à savoir comment on emploierait le prince Napoléon. Depuis son retour de Crimée il avait été comme étranger à l'armée, n'avait exercé aucune charge militaire et semblait s'être décidé au rôle d'un prince civil. Vaillant fut très étonné qu'il vînt lui demander le commandement de la garde. Le maréchal refusa. « Pourquoi? interroge le Prince. — Parce que vous seriez trop puissant », répond le ministre. 11 y avait de meilleures objections que le maréclial ne présenta point par courtoisie. On créa pour le Prince un 5" corps. Parmi les généraux rt'partis entre ces cinq corps se trouvaient les vaillants qui s'étaient déjà illustrés en Afrique et en Crimée : Mellinet, Trocliu, Ma-

nèque, Picard, For.ey, Ladmirault, Bazaine, Lebrun, Ducrot, Douay, d'Autemarre, etc. Le général Lebœuf commandait l'artillerie, Frossard le génie, et Paris de Bollardière était l'intendant général. Notre armée totale était de 119000 hommes, 10200 chevaux, 432 pièces.

En dehors du corps expéditionnaire, deux armées furent constituées en France, une de réserve à Lyon sous le maréchal de Gastellane, une d'observation sur la frontière du Rhin sous Malakoff, rappelé à cet effet de son ambassade de Londres. Gastellane eût voulu un commandement actif devant l'ennemi, et il déplaisait à Pélissier de quitter sa belle ambassade pour un rôle en seconde ligne dans une campagne qu'il n'approuvait pas. Gastellane écrivit de nobles lettres au ministère et à l'Empereur, se plaignant de l'inactivité à laquelle on le condamnait. Pélissier ne déguisa pas son mécontentement'. Il

1. A Wale\vski,2o avril 1859. — «Le courrier de dimanche m'a apporté votre dépèche du 28 avril qui m'annonce que l'Empereur me confie le commandement de l'armée d'observation de l'Est. J'avais en effet écrit à Sa Majesté pour lui rappeler qu'elle avait ici un de ses mare'chaux. Soldat, je ne pouvais l'aire autrement, car en aucune circonstance je n'ai pour coutume de retirer mon épinyle du jeu. J'aurais désiré une position plus militante, mais soldat toujours, j'obéiiai sans observation, d'autant plus que je puis avoir là un grand rôleà remplir. Vous devez croire ([u'après le regret de voir mon pays lancé dans des aventures dont il serait difficilcdecalculerlaportéesûre, j'éprouve un réel chagrin de quitter un poste ou j'ai la confiance d'avoir été utile et d'avoir entretenu avec vous des rapports dont je saurai garder aussi un bon et cordial souvenir. » Maréchal Pelissier.

avait les larmes aux yeux en quittant la Reine^ à laquelle il venait de présenter ses lettres de rappel, et une fois sur l'escalier, il embrassa Malmesbury en pleurant fo mai). Il laissait de son côté de vifs regrets, ses manières brusques et sans façon avaient plu à la Reine et il avait réussi auprès des ministres à maintenir l'amitié française. Dans les derniers temps on avait essayé de le desservir auprès de l'Empereur en envenimant un incident de pure courtoisie. Ayant rencontré le duc d'Aumale, celui-ci lui avait adressé un salut amical auquel le maréchal répondit avec empressement. On raconta qu'ensuite un dîner avait été organisé en petit comité dans une maison tierce. Le prince Napoléon, tournant l'affaire au tragique, voyait là une trame menaçante du parti orléaniste; l'Empereur ne s'émouvait pas de si peu. Il n'adressa aucune remontrance au maréchal, et imitant lui-même la courtoisie de son ambassadeur, à la mort de la duchesse d'Orléans survenue peu après, la cour impériale pritledeuil pour quinze jours.

Il eut été mieux, pour ne pas établir un dualisme qui dans des cas difliciles deviendrait dangereux, de laisser la plénitude du gouvernement aux mains de l'Empereur, de fortifier le souverain par le général et non d'annihiler l'un par l'autre. Un président du conseil des ministres

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eût veillé à l'expédition des affaires et un commandant militaire à l'ordre public. L'Empereur institua un président du conseil des ministres en la personne du roi Jérôme, et en même temps il créa l'Impératrice régente.

Le duc de Padoue remplaça au ministère de l'Intérieur Delangle. Très religieux, le nouveau ministre était une garantie donnée aux catholiques que l'on ne poursuivrait pas des desseins hostiles au Pape. L'Empereur eût voulu aussi substituer Persigny àWalewski, notoirement hostile à la guerre; les prières de M'"^ \>'aleNvska l'en empêchèrent; il envoya Persigny à Londres.

Le nouvel ambassadeur, à la fin de sa dernière mission, après la chute de Palmerston, s'était montré tellement contraire au ministère Derby queMalmesbury considéra ce choix comme une démonstration hostile. On craignit même un instant son refus. A la prière de Cowleyil ne le fit pas, mais il répondit fort peu aimablement au chargé d'affaires Malaret que la Reine était prête à recevoir quiconque lui serait envoyé par l'empereur des Français. « La réponse est un peu courte, fit Malaret. — Elle n'en sera que plus facile à télégraphier », répliqua Malmesbury. La Reine reçut Persigny poliment, mais avec une froideur glaciale ; elle ne prononça aucun discours. (18 mai). « Si j'avais connu, écrivait Persigny à Walewski. l'irritation causée par ma nomination, j'aurais peut-être reculé devant des difficultés personnelles à ajouter à tant d'autres. »

A mesure que les troupes s'acheminaient vers

Gênes et Turin, les généraux qui « se plaignent toujours, même quand ils ne manquent de rien ' », et qui pour l'heure manquaient de beaucoup de choses, déchiraient Vaillant à pleines dents. Notre système d'organisation et de mobilisation était le vrai coupable de la plupart des défectuosités, et loin d'accuser le ministre de les avoir produites ou permises, il y avait lieu de le louer de s'être si diligemment employé à les atténuer. Mais accuser le système impliquait une portée d'esprit, une réflexion dont très peu de ces braves étaient capables, et compromettait davantage, car c'était incriminer l'Empereur tout-puissant qui, malgré les expériences récentes de Crimée, n'avait pas détruit la centralisation excessive, cause de tous les désordres, si judicieusement condamnée par lui-même-; au contraire, récriminer contre un ministre vieux et déjà chancelant n'exposait à rien.

L'Empereur se crut obligé d'appliquer au ministre vilipendé la théorie du bouc émissaire, également chère dans tous les pays aux peuples et aux rois; il remit au maréchal Randon le ministère de la Guerre. En donnant à Vaillant

1. Napoléon à Joseph. — « Les généraux demandent toujours; c'est dans la nature des choses. Il n'y en a aucun sur lequel on puisse compter pour cela. 11 est tout simph; que celui qui n'est chargé que d'une besogne ne pense tju'à cela; plus il a de monde, et plus il a de sûreté pour ce qu'il a à faire, c'est une grande faute qu'on fait lorsqu'on prenil en considération leur demamle si elle n'est pas de nature à être accueillie. » (4 mars I.SOO.)

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