‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 31 sur 177 · L'Empire libéral, tome III, p · texte numérisé non relu

L'Empire libéral, tome III, p

son congé, il ne lui cacha pas son véritable motif: (( Je me suis décidé, bien à mon regret, à vous remplacer au ministère de la Guerre par le maréchal liandon. Je dis bien à regret, parce que vous savez toute l'amitié que j'ai pour vous, et que je reconnais tous les services que vous m'avez rendus. Mais dans les circonstances graves dans lesquelles nous sommes, je désire surtout que vous restiez auprès de l'Impératrice et de mon fils. En faisant partie du conseil privé, vous pourrez la seconder de vos conseils. Ouant à l'administration de la Guerre, je crois utile de vous en décharger, parce qu'il faut bien reconnaître que, quoique la politique vous ait empêché de vous mieux préparer, F armée vous en veut de tout ce que nous n avons pas pu faire. — J'espère, néanmoins, que vous voudrez bien seconder Randon de votre expérience et de vos lumières, car il ne faut pas se dissimuler que nous sommes dans une situation critique et que nous pourrons dans quelques mois avoir toute r Allemagne sur les bras (5 mai 1859). » — « Sa lettre est mauvaise, écrit Vaillant dans son carnet, il me sacrifie ; je le lui dis, je le dis à l'Impératrice, qui se met à pleurer, »

Les duretés de l'Empereur envers ses serviteurs n'étaient jamais longues. Vaillant, déjà membre du Conseil privé, fut nommé majorgénéral à la place de Randon. — Pendant les quelques jours où il traita avec son successeur, il semble n'en avoir pas été satisfait. « Le maréchal liandon, écrit-il dans son carnet(25avril),

est encore plus faible que je ne croyais. » — Le maréchal Randon paraît avoir éprouvé des sentiments analogues envers son prédécesseur^ « L'armée, écrit-il dans ses Mémoires, manquait de tout excepté de courage. » — Injustice évidente, car si le 23 avril l'armée eût réellement manqué de tout, quelle que fut l'activité déployée, elle n'aurait pas pu le 26 mai se mettre en marche et vaincre ; aucune activité n'eût réussi en un temps aussi court à mettre le suffisant où il y aurait eu le manque absolu. La préparation la plus prévoyante ne supprime pas l'inévitable désordre de la première mise en train; et c'est ce désordre exagéré qui donne une apparence de vérité aux attaques superficielles ou de parti pris, qui se sont produites et se produiront dans tous les pays au début d'une guerre quelconque.

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