LE PLAN STRATÉGIQUE DE L'EMPEREUR SA MARCHE TOURNANTE DEFLANC
L'Empereur, dans sa jeunesse, avait étudié sérieusement les principes de l'art de la guerre, sous la direction du général Dufour, ancien chef de bataillon du premier Empire, commandant en chef de l'armée helvétique, auteur d'un traité de tactique très estimé. Vers 1835 il avait été nommé capitaine au régiment d'artillerie de Berne sur la proposition de l'avoyer Tavel, qui, à cause de cela, resta toujours son ami; il avait suivi les exercices militaires de l'École fédérale de Thoune. En 1836 il publia un Manuel cï ArtUhne qu'à Ham il transforma en un très remarquable travail sur le Pas><éel f Avenir de rArlillerie. Après son avènement, ce qui concernait l'armée devint sa principale préoccupation. Non sans errer parfois sur des détails pratiques qu'il ignorait, il réalisa d'utiles progrès. En 1853 il fit adopter le canon obusier lisse, quisurles champs de bataille de Crimée se montra très supérieur
au canon russe. Il venait récemment de doter l'armée du canon rayé Lahitte, qui allait nous assurer sur les Autrichiens la supériorité. Il ne se contentait pas de parler des choses militaires avec ce feu et cette compétence qui frappèrent le colonel Roon à Strasbourg', en 1857 il commanda en personne les manœuvres du camp de ChâlonSjOÙ toute la garde se trouvait réunie, et montra des connaissances tactiques que ses généraux ne soupçonnaient pas. Il allait descendre dans cette grande plaine de l'Italie septentrionale, dans cette belle vallée du Pô que son oncle a immortalisée deux fois, par l'extraordinaire campagne de 1796 et par Fadmirable récit de Sainte-Hélène; il allait s'avancer avec une armée superbe à travers ces cours d'eau, la Sesia, le Tessin, l'Adda, l'Ogiio, la Ghiese, le xMincio, rAdige,sur ces routes où était encore imprimée partout la trace des pas de Bonaparte. Serait-il digne militairement du nom qu'il portait.' La France et l'Europe se le demandaient.
Sa première mesure fut d'heureux augure. « Il est de principe, a dit Napoléon, qu'une armée doit toujours tenir toutes ses colonnes réunies, de manière que l'ennemi ne puisse pas s'introduire entre elles. Lorsque, par des raisons quelconques, on s'écarte de ce principe, il faut que les corps détachés soient indépendants dans leurs opérations et se dirigent, pour se réunir, sur un point fixe vers lequel ils marchent sans